L’empire ultime, d’la brume dans les oreilles

 J’avais déjà touché l’univers de Brandon Sanderson du bout de l’orteil, j’avais lu Warbreaker en me disant qu’il faudrait, un jour, peut-être, attaquer l’œuvre maitresse du bonhomme : Fils-des-brumes. Puis j’ai laissé trainer, y’a tellement de belles choses à découvrir qu’on en oublie les pièces maîtresses.

Deux ans plus tard, j’ai eu envie de m’essayer aux livres audio pour accompagner mes balades quotidiennes, pour m’aérer l’esprit pendant que je me dégourdis les jambes (et couvrir le bruit des bagnoles, parce que c’est chiant le bruit des bagnoles, mais on s’en fout un peu d’ma vie, me direz-vous). Je me suis donc promené sur Audible en cherchant de quoi tester leur mois d’essai avec un bon pavé qui me tiendrait un moment. Et devinez sur quoi que je tombe, dites donc ? Bim, Mistborn Book One : The Final Empire lu par un certain Michael Kramer. 24 heures 39 minutes de VO, tiens mon cerveau, prends donc ça. Et oui, je sais, Audible a un format propriétaire à la con et appartient à Satan/Amazon mais j’ai trouvé aucun service qui rivalise en terme de catalogue, si vous avez je suis preneur.

Mais revenons à nos mistborns : Dans L’empire ultime nous suivons Vin, jeune voleuse qui survit dans les bas-quartiers bien pourris de Luthadel en trainant avec des bandes de voyous peu recommandables, mais elle se rend utile donc on l’a pas encore trucidée. Pendant une mission, elle est repérée par l’équipe de Kelsier qui décide de la recruter en la sortant d’un fort mauvais pas. Kelsier est le chef d’une bande qui est en train de mettre sur pied le coup le plus ambitieux jamais monté dans tout l’empire : Renverser le Seigneur Maître, un presque-Dieu immortel qui règne depuis mille ans sur le monde, il a réduit en esclavage tous ceux qui ne l’ont pas soutenu lors de son ascension, les Skaas, et a anoblit les autres. Tu parles d’un piston.

Kelsier s’interesse à Vin car c’est une Skaa qui a hérité du pouvoir d’allomancie normalement réservé à la noblesse. Il va la prendre sous son aile et, à l’aide de son équipe, va la former aux différents aspects de cette magie. L’allomancie est la capacité de tirer de certains métaux des propriétés particulières, la plupart des nobles maitrisent un seul métal, mais certains rares cas peuvent puiser dans les dix pouvoirs en même temps, ce sont les fils-des-brumes (mistborns). Vin a ce pouvoir, chose inconcevable pour une Skaa ! Dans l’histoire on ne connait qu’un seul Skaa qui a eu cette capacité, et c’est… Kelsier…

finalempirebanner

Nous allons suivre l’évolution du plan insensé de la petite bande, et en même temps la formation de Vin à la maitrise de ses pouvoirs. Brandon Sanderson est réputé pour bien se creuser la cervelle pour nous sortir des systèmes de magie complexes et solides (on avait déjà vu ça à l’œuvre avec les couleurs de Warbreaker) et ce livre en est le parfait exemple. On apprend en même temps que Vin les nombreuses règles qui encadrent l’allomancie, je vais pas tout énumérer parce que ça rendrait cette chronique bien indigeste mais pour vous donner une idée, y’a des gens sur le net qui synthétisent ça très bien. Cette rigueur avec la magie nous immerge vraiment dans l’univers mais ça donne à pas mal de scènes un côté « scolaire » assez bizarre où Vin se contente d’écouter un de ses maîtres qui lui explique, et nous explique par la même occasion, sa spécialité en long, en large et en travers.

Cette rigueur se retrouve également dans la construction de l’univers même si on sent qu’il en a gardé pas mal sous le coude pour les suites, on en apprend finalement assez peu sur ce monde recouvert par les cendres sous un soleil rouge étouffant. Par contre tout le système de classes sociales, l’oppression des Skaas et le poids de leur histoire sont extrêmement bien retranscrits dans le texte. On ressent absolument la rage des personnages contre le Seigneur Maître, mais mille ans de rébellions loupées donnent à tout le monde un certain fatalisme : Le plan est voué à l’échec mais on est des fous, on y va quand même. Cette quête désespérée est réellement passionnante à suivre, et le lecteur est embarqué dans l’aventure sans effort. Le background est très pesant et amène une atmosphère très sombre à l’ensemble, la situation apparait souvent inextricable, Kelsier et son équipe ne sont rien face à la toute puissance de l’Empire Ultime.

VinPetite envie de dessiner, du coup

Cette équipe est un des grands points forts du roman, aux côtés de Kelsier, le chef charismatique un peu timbré et sûr de lui (et au background hyper bad-ass que je vous laisse découvrir), on retrouve une belle bande de magouilleurs. Ham, la grosse brute philosophe du groupe, Breeze le filou manipulateur, Sazed le majordome distingué qui cache bien son jeu (mais qu’il est méga trop classe !!!!), et j’en passe… Ils forment une sacrée équipe et on s’attache bien à eux tous par l’intermédiaire de Vin qui découvre leurs histoires respectives petit à petit. Et bizarrement, le maillon faible du casting est cette héroïne qui apparait un peu faiblarde, l’archétype de protagoniste Young Adult, un peu « facile » au milieu de tout ça. Pendant une grosse partie de l’histoire c’est l’adolescente effacée classique qui doute et apprend, elle est parfois gourde, et son développement utilise de grosses ficelles bien voyantes (surtout face à la noblesse). Et évidemment elle est incomprise par les adultes qui sont trop injustes et elle tombe amoureuse d’un beau jeune homme impertinent inaccessible. Heureusement par moments elle se réveille et fait un truc utile par elle-même, surtout sur la fin.

Malgré ces quelques réserves, Brandon Sanderson arrive à donner beaucoup de souffle à son aventure, on est happés par le texte, par la force de Kelsier et la volonté de Vin. Et surtout, le format Audio m’a semblé bien adapté à l’œuvre. Michael Kramer conte l’histoire en prenant son temps, avec un timbre grave et profond. Il arrive à nuancer son ton juste ce qu’il faut pour donner à chaque personnage une tonalité différente, un caractère unique. Même quand il incarne Vin d’une voix posée et basse, on y croit presque. J’ai beaucoup apprécié cette première expérience du roman audio, moi qui avait peur de décrocher par manque d’attention ça a été tout le contraire, je suis resté immergé dans l’histoire sans problème. Il fallait juste faire gaffe à pas se faire renverser par manque d’attention, ça serait bien con. Par contre on sent aussi bien plus les petites manies de l’auteur, comme répéter 450 fois « he raised an eyebrow » ou « he shrugged » au milieu des dialogues, ça dérange pas vraiment mais on sent l’écrivain qui maitrise pas encore parfaitement son style.

Ce premier tome de Fils-des-brumes est très divertissant, malgré sa taille il tient le lecteur (enfin, l’auditeur, pour le coup) en haleine avec son univers très bien construit et ses personnages attachants, on en redemande ! Ah ben ça tombe bien, v’là le tome 2…

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog-o-livre), Boudicca (Le bibliocosme),

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