Stoner Road, drogue’n’roll

 Un bouquin fantastique dans l’univers des concerts de rock Stoner, ça ne pouvait que m’intéresser, moi qui suis amateur de musique pour headbangers chevelus. J’ai donc attaqué Stoner Road, de Julien Heylbroeck aux éditions ActuSF, avec enthousiasme et curiosité. L’auteur pousse le vice jusqu’à proposer une playlist pour accompagner la lecture et éduquer le petit peuple, alors on monte le son, on ouvre les fenêtres pour emmerder les voisins et on y va.

Le Stoner est un style de metal un peu psycho aux basses bien lourdes, mais le livre de Julien Heylbroeck se concentre sur les « generator parties », des concerts clandestins arrosés de bières et drogues en tous genres organisés par les piliers du mouvement : Kyuss et leurs copains qui formaient la Palm Desert Scene. Dans le roman on suit Josh, un amateur de rock camé jusqu’aux oreilles qui cherche son ex-copine disparue pendant un de ces concerts, parce que c’est un tendre et il l’aime encore (même si elle s’est barrée avec son pote). On va plonger dans les coulisses de la scène Stoner à travers un road movie book sillonnant le désert entre USA et Mexique et croiser des drogués, des rednecks, des drogués, des musiciens, des drogués, des démons et des drogués.

Oui parce qu’on se défonce beaucoup dans Stoner Road, c’est même un espèce de super pouvoir pour lutter contre les forces démoniaques, les délires psychotiques et autres bad trip sont un des éléments clés de l’histoire. C’est un des points qui m’a refroidi pendant la lecture, dans le désert californien tous les amateurs de rock se droguent sans exception, un poil binaire mais c’est comme ça. En dehors de toute considération morale, c’est un symptôme du plus gros défaut du livre : le manque de nuance et de subtilité. Tous les metalleux sont des drogués marginaux, tous les autres sont des rednecks racistes, les personnages qu’on croise se placent dans l’une de ces catégories et sont des caricatures de leur propre archétype. Ah, non, j’oubliais, on a le groupe de rock qui viole des jeunes filles droguées dans sa caravane en backstage, c’est original.

Josh va être accompagné dans son enquête par Luke qui cherche sa sœur disparue dans les même circonstances que la nana du héros. Luke est le strict opposé de Josh donc si vous avez suivi : oui, c’est un redneck raciste, et le roman essaye de jouer sur cette opposition pour monter un buddy-movie-book entre les deux, mais il manque quelque chose pour que ça fonctionne. Les dialogues ne sont pas vraiment inspirés et les deux personnages sont beaucoup trop basiques pour être intéressants, ils n’évoluent jamais et sont parfois vraiment cons.

L’enquête qu’ils conduisent est aussi d’une linéarité affligeante, Josh se contente d’aller à un point A pour découvrir un indice ou un témoin qui lui dit d’aller à un point B pour en savoir plus jusqu’au point C, puis D, etc… ceci pendant tout le livre. Et quand ils sont bloqués, ils trouvent un nouvel indice dans un rêve, ce qui est pratique. Tout ça pour nous mener à une conclusion torchée en une page que j’ai du relire trois fois pour être sûr de n’avoir rien raté, l’aventure se conclue sur un grand rien, avec cette impression que l’auteur a oublié d’écrire comment le héros perd ou gagne à la fin. Bon, à ce niveau là on parle plus de déception parce qu’arrivé aux derniers chapitres j’en avais plus grand chose à faire mais c’est plutôt la cerise sur le gâteau.

Bon, maintenant que je l’ai bien descendu, tout n’est pas strictement à jeter parce que Julien Heylbroeck arrive à mettre en place une ambiance plutôt chouette dans ce désert américain, on sent la poussière, la bière et le gaz d’échappement. L’histoire bascule petit à petit dans le fantastique, faisant intervenir des dieux et des démons incas et rappelant forcément « Une nuit en enfer« . C’est plutôt fun même si ça n’égale pas l’écriture du film de Robert Rodriguez (n’est pas Tarantino qui veut) et aucun personnage ici n’a la classe d’un Sex Machine.

Belle déception donc, c’est pas encore aujourd’hui que je lirai une belle aventure dans l’univers rock que j’apprécie, dommage. Pour me consoler je vous laisse avec un peu de musique :

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