Mage de bataille, La bonne recette de grand-père

Mage de bataille est un one-shot massif de Peter A. Flannery, ça aurait donné une brique de 1000 pages en français alors Albin Michel Imaginaire a décidé de couper le pavé en deux. Comme je n’ai aucun respect, j’ai attendu que les deux soient sortis pour tout lire en une fois et je le chronique aussi comme un seul gros roman, vu qu’il a été écrit comme ça.

Dans ce Mage de bataille, l’auteur nous présente Falco Danté, jeune homme malade et tout faiblard qui coule des jours à peu près paisibles dans la bourgade de Caer Dour. Le seul petit soucis c’est la grosse armée démoniaque qui progresse de l’ouest, ravageant les cités les unes après les autres et condamnant les humains à des souffrances éternelles. Leur arrivée s’accompagne d’une aura de désespoir qui décime les armées avant même que le premier coup soit porté. Le seul recours des armées humaines est la présence d’un mage de bataille dont la magie peux maintenir le moral des troupes et vaincre les démons majeurs à l’aide de son dragon. Quand l’armée de possédés arrive donc vers Caer Dour, et que le mage de bataille local se prépare à appeler son dragon, Falco fait une légère boulette qui va forcer l’évacuation de la ville. C’est une colonne de réfugiés qui va se diriger vers la frontière du royaume de Clemonce en regardant Falco d’un œil méprisant.

Heureusement, le jeune homme a toujours quelques amis qui vont l’aider à surmonter ça. Ensemble, ils vont même se trainer jusqu’à l’académie militaire pour participer à l’effort de guerre. Mais que peux faire un gringalet tout malade contre ces armées impies ? Est-ce que sa filiation avec le grand mage de bataille devenu fou Aquila Danté nous glisserait un petit indice dans la cervelle ? C’est donc plus de mille pages de grande guerre épique contre des démons qui nous attendent ici, en compagnie de Falco et ses amis Malaki, Bryna, Alex, Quirren, et tous les autres. Nous allons assister à de grandes batailles épiques, des drames, des victoires et des grosses-boules-de-feu-dans-ta-face, des combats à dos de dragons et des « Oh-mon-dieu-tout-espoir-est-perdu ».

Déjà, si vous cherchez tout autre chose que du médiéval fantastique européen old-school avec des dragons et des mages, passez votre chemin. C’est carrément de la fantasy nostalgique à ce niveau-là. L’auteur jongle avec un bon gros paquet de stéréotypes et de petits schémas désuets, c’est complétement assumé mais si vous êtes pas prêt à vous rouler dans une couverture avec un chocolat chaud pour un revival Baston et Dragons, ce livre n’est pas pour vous. Pour les autres, il y aura peut-être une seconde barrière à passer : Le worldbuilding. Le monde d’Ire est, grosso merdo, l’Europe à qui on aurait filé des coups de maillet dans la gueule. Y’a la pseudo-France, la pseudo-Espagne, la pseudo-Allemagne, et même le… pseudo-pays basque ? Du coup vous aurez des persos avec des noms germanisants, d’autres qui sentent un peu le français, l’italien, etc… Au milieu t’as des noms latins, d’autres qui sortent de Grèce Antique. Ça donne un gros côté foutoir et on tape dans du over-the-top ridicule. Déjà Falco Danté le héros, ça pose la barre haut, puis quand en plus on te sort des hommages sportifs avec Dominic Ginola ou Sébastien Cabal, là tu sais plus trop où t’es. T’en rajoutes une couche avec le royaume méchant qui s’appelle la Férocie, il auraient pu mettre la Méchantie et la Gentillie aussi, tant qu’à faire. Puis t’es perdu quand tu comprends que Ire est à la fois ce grand continent, mais aussi une ville au milieu. Bref, c’est un peu n’importe quoi. Mais partez pas tout de suite.

Parce qu’au final, moi j’ai beaucoup aimé ma lecture. Parce que ses points forts résident précisément dans ce qui compte vraiment pour moi quand je plonge dans une histoire : Les personnages excellents, l’action, l’émotion. J’ai été emporté dans cette aventure grâce à Falco et les fantômes qui le hantent, sa maladie, ses origines, mais il compte sur ses amis pour passer des épreuves dantesques (hohoho). Oui on a une trajectoire classique de « gentil élu », d’épreuves, de formation, de drame. Mais c’est quand même vachement prenant. Les éléments un peu naïfs sont contrebalancés par cette menace démoniaque parfois bien hardcore et gore, c’est littéralement l’enfer qui se déverse sur Ire avec ses promesses de tourments éternels auxquelles une bonne vieille mort serait préférable. Il y a ces moments de désespoir intense, de défaite absolue, et un acte héroïque inattendu (ou pas) va renverser la vapeur, et galvaniser soldats et lecteurs en même temps.

Falco va traverser une succession d’épreuves pour accomplir sa destinée mais au milieu on a beaucoup de moments intimistes, de la tendresse, de la camaraderie joviale ou de l’admiration qui créent une dynamique de groupe très agréable. On finit par apprécier tout le casting et quand tout prend des proportions épiques dans de grandes batailles, aucun élément ne parait secondaire. On regarde de partout pour savoir comment s’en sortent les Exilés, les chevaliers d’Ire, les mages de bataille ou ces couillons de Dalwhinnies. On assiste aux manœuvres, aux marches forcées, aux charges, tout est prenant, épique et exaltant. D’ailleurs le côté militaire est bien maitrisé, à la fois crédible et clair. Il y a plusieurs moments vraiment dramatiques merveilleusement bien gérées qui arrachent une petite larme aux lecteurs qui savent ressentir des émotions. C’est une vraie baffe qui fait oublier ses quelques maladresses (comme appeler un personnage par son nom deux chapitres avant qu’il reçoive ce nom…).

Au-delà de la trame générale « méchants démons qui veulent faire du mal aux gentils », on a quand même une pile de mystères plutôt bien mise en place concernant le père de Falco, les dragons et la Grande Possession. Un passé tragique pèse sur les humains mais le Thaumaturge Meredith va creuser le truc, parce que ça lui parait louche et ça pourra aider Falco, dont il assure la formation. Et nous voilà avec une bonne couche de trahison-mensonge-complot pour donner un peu de corps à cette fantasy de bourrin, pour au final aboutir à quelque chose de très équilibré et satisfaisant.

Si vous pouvez pardonner une fantasy old-school en 2019, si vous pouvez pardonner un monde un peu bordélique qui mélange livres d’histoire-géo de cinquième et albums Panini, il se pourrait bien que vous appréciez ce bouquin épique, prenant de bout en bout, et qui a du cœur. Moi j’ai adoré.

Livres reçus en service presse de la part d’Albin Michel Imaginaire, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Lutin82 (tome 1 et tome 2), Apophis (tome 1), Célindanaé (tome 1), Les chroniques du chroniqueur (tome 1), Xapur (tome 1), Dionysos (tome 1), Lorhkan (tome 1), Phooka (tome 1),

24 réponses

  1. Oh! mais tu t’es lâché question humour!!
    Tu as vu ma critique et si j’étais assez mesurée mais quand même partante pour le tome 2 (car aussitôt reçu aussitôt lu, c’est que j’avais envie de connaitre la suite), j’ai été très emballée par la suite.
    Très prenant, effectivement, il m’a piqué une nuit entière!

    Bravo pour ta critique qui explique vraiment sa force.

  2. Il faut vraiment que je le lise lol

    Du coup je n’ai que survolé ta chronique histoire de me garder le maximum de surprises et de pouvoir me faire mon avis non influencé. Je la relirais quand j’y serais !
    (bon par contre pas demain hein, quand je dis bientôt c’est souvent dans le cours du trimestre voir les 6 mois xD – trop de choses à lire !)

    (oui je sais, commentaire un peu inutile du coup mais c’est pas grave :P)

  3. Ce manque de respect envers la VF. Ce n’est pas un livre mais deux, on veut deux chroniques ! Remboursé !
    Ça confirme en tout cas que ça a l’air bien sympa. Si c’est aussi bien que ton billet, il n’y a pas à douter de la qualité. En espérant juste ne pas trop tiquer sur les légers défauts, notamment sur les noms où ça a l’air de vraiment partir en cacahuètes… >.<

  4. Merci pour cette critique extrêmement intéressante et originale. Je viens de découvrir votre site et j’adore! Par ailleurs, je viens de commander le bouquin. Merci 😉

  5. Pas ma came mais diantre, tu me donnes envie. Je le garde dans un coin de ma tête, je me dis qu’un jour je finirais bien par revenir à la grosse fantasy classique ^^.

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