Les animaux fantastiques, la formule magique

Voilà plusieurs années que Harry l’Potier a rangé sa baguette (en tout bien tout honneur) et que Dame Rowling nage dans une piscine de dollars pour avoir écrit une des sagas les plus populaires de ces dernières décennies. Mais la foule réclamait sa dose de « stupefix », elle en voulait toujours plus, donc nous voilà avec Les animaux fantastiques qui sort au cinéma, spin-off de Harry Potter scénarisé par J.K. Rowling herself et réalisé par David Yates.

Vous savez tous ce qui arrive quand on prolonge un univers avec une série secondaire, évidemment, ça donne un truc tout naze ! C’est avec cette loi universelle en tête que je suis allé voir ce Fantastic Beasts et j’ai le regret de vous informer que l’univers est cassé, car je me suis régalé. Plus de Poudlard et de jeunes sorciers inexpérimentés ici puisque ce film nous amène à New-York dans les années 20. On y voit débarquer fièrement Norbert Dragonneau, un sorcier naturaliste dont la valise renferme des dizaines de créatures, un vrai zoo de poche. Le bonhomme se passionne pour les animaux magiques et a une mission qui sera malheureusement retardée par une avalanche d’évènements inattendus. Il croisera la route de Jacob Kowalski et Tina Goldstein, avec qui il se retrouvera embarqué dans des aventures qui dépassent largement le cadre de son occupation principale.

animaux-fantastiquesAu premier abord, on pourrait craindre un espèce de Pokémon au pays des sorciers mais le scénario ne se contentera pas de ce pitch niais. Car les bestioles de Norbert ne sont pas les seules à vadrouiller dans la ville, un danger bien plus grand attire les regards et les convoitises. J.K. Rowling entend bâtir une nouvelle franchise et construit une méta-intrigue par petits bouts, comme elle l’avait fait sur Harry Potter avec la menace Voldemort. Sous ses airs de comédie potache avec des bestioles, Les animaux fantastiques cache un côté plus sombre et effrayant avec une histoire d’extrémistes et de maltraitance. L’auteur nous redonne sa vision de la narration, qui fait dans la féérie mais sans prendre son public pour des débiles ou des gamins de trois ans (coucou Disney). C’est ce qui avait fait la force de sa grande saga originale, et c’est ce qu’on retrouve ici.

Pourtant, tout en gardant l’identité de son univers, le film assume ses différences et permet à la franchise de ne pas s’enliser dans un « Harry Potter 14, le petit petit fils de Harry ». Plus de héros enfantins, plus d’école, un monde résolument adulte dans une ambiance « USA prohibition » vraiment bien exploitée. Ce contexte historique et visuel change du ton « anglais-tasse de thé » mais se marie vraiment bien à l’univers des magiciens. Dans tout ce décorum, on nous livre une histoire assez dense, peut-être un peu confuse par moments (faut suivre) mais bien ficelée, elle  regroupe plusieurs trames qui vont s’emmêler pour livrer au final un tout satisfaisant à bien des égards. Il y a de l’action, de l’intrigue, de la bonne comédie subtile. Le film est marrant sans en faire des caisses, il prend à contre-pieds les archétypes du genre et surtout évite les schémas classiques par rapport à ses personnages.

Ce Norbert est extrêmement attachant, avec son air un peu benêt naïf très « Doctor Who-esque » qui cache une force de caractère et une sensibilité très touchantes. Il est secondé par un Dan Fogler épatant dans son rôle de Jacob, très juste, écrit et joué à la perfection, qui dynamite les clichés du « sidekick sympa qui fait des blagues » tout comme Queenie Goldstein joue habilement avec l’image de la cruche blonde. Globalement, tous les acteurs et toutes les actrices font un boulot remarquable, même Colin Farrell en enfoiré (il est toujours bon dans les rôles d’enfoiré, c’est bizarre…).

Finissons par la réalisation… Elle est irréprochable. David Yates évite vaillamment de tomber dans la mode « montage épileptique » pour prendre son temps, il laisse à ses plans le temps d’immerger le spectateur dans leur magie. On souffle un grand coup, rassurés, il reste encore des réalisateurs qui savent filmer l’action avec fluidité et calme. Les décors et les lumières sont magnifiques, les créatures 3D sont créées avec bon goût, filmées avec retenue. L’ambiance visuelle est maitrisée, cette ville de New-York en 1926 a la classe. Yates intègre parfaitement tous les éléments des deux mondes dans un mélange cohérent et vraiment plaisant à découvrir.

Les animaux fantastiques est un film épatant, à la fois beau, drôle, féérique, plein d’aventures et de danger. C’est un divertissement qui tape juste et n’a pas à rougir de la comparaison avec sa série-mère, bien au contraire, il la regarde bien dans les yeux avec un petit sourire en coin, sûr de lui, fier, et il l’a pas volé.

Lire aussi l’avis de : Graour (Le cri du troll), Boudicca (Le bibliocosme),

12 réponses

  1. J’ai beaucoup aimé aussi et, contrairement à la majorité des critiques, pas essentiellement à cause de la magie inhérente à la franchise Harry Potter. Eddie Redmayne est toujours aussi touchant et l’univers est naïf mais passionnant. Déçu concernant Colin Farrell, j’espérais mieux pour son rôle.

  2. Décidémment, je suis en train de ma dire qu’il s’agit là d’un immanquable. Ma fille demande àaller le voir, nous irons donc avec plaisir.
    Merci de cet avis qui donne envie!

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