L’âge des assassins, spy vs spy

Bragelonne démarre toujours de nouvelles séries à la pelle en pêchant dans les auteurs fantasy anglophones du moment. C’est aujourd’hui au tour de RJ barker, écrivain anglais qui s’est fait remarquer avec sa première parution l’âge des assassins, d’être adapté dans notre belle langue par l’éditeur prolifique.

Comme son nom l’indique, le premier tome du Royaume blessé va nous plonger dans un monde fantasy ou les assassins se glissent derrière les tapisseries, complotent dans les couloirs déserts et égorgent leurs victime en toute discrétion, au nez et à la barbe des rois et des chevaliers. Notre héros-narrateur est Girton, un apprenti assassin de quinze ans extrêmement doué malgré son pied-bot. Accompagné de sa maîtresse, il est contraint d’accepter une mission peu ordinaire, infiltrer la cour du château de Maniyadoc et démasquer un autre assassin qui tente de tuer l’héritier du trône. Le problème c’est que la reine qui leur a donné cette mission et son fils, l’héritier en question, sont des cons finis et que Girton n’est pas bien chaud pour la mission, mais ils n’ont pas bien le choix.

Notre jeune zigouilleur va donc intégrer une bande d’écuyers en formation et la vie de futur chevalier. On va vivre avec lui ses rencontres et ses conflits, il se fera quelques amis mais aussi beaucoup d’ennemis, parce qu’apparemment les ados du coin sont tous des sadiques. En parallèle, bien sûr, il devra mener son enquête, fouiller dans les bureaux, écouter aux portes, et faire semblant de ne pas savoir se battre. Beaucoup des situations vont lui demander de résoudre un problème sans faire étalage de ses immenses talents, pour ne pas gâcher sa couverture. Ça crée une tension chez le lecteur qui n’attend qu’une chose : Que Girton se révèle enfin et qu’il castagne tout le monde avec classe !

Le contexte médiéval est assez classique, roi, reine, chevalier, château, la panoplie fantasy occidentale classique. Mais l’histoire de cet univers présente quelques trucs rigolos, on apprends que la magie a disparu parce que les sorciers hors de contrôle ont pourri l’équilibre de la nature, en volant l’énergie vitale des sols. Le petit sous-texte écolo est amusant. Globalement, l’atmosphère rappelle les débuts de l‘assassin royal de Robin Hobb, les personnages sont réussis, on s’attache à Girton (qui démarre avec une belle gouaille ironique qui va malheureusement s’estomper au fil des pages), à sa maîtresse, aux quelques amis qu’il va se faire et aux adultes qui gravitent autour de lui. On voit bien les relations se mettre en place et le roman se lit avec plaisir pour ça.

L’intrigue va évidemment être constituée de secrets, de complots et de buts inavoués que l’entourage royal va cacher sous son chapeau. On va rassembler les pièces du puzzle à travers les découvertes du héros mais pendant un long moment, tout ça passe au second plan, on suit juste Girton dans sa vie d’écuyer, ce qui peut faire perdre un peu l’élan au mystère. C’est globalement satisfaisant quand même, je regrette un peu la révélation finale en mode « Hercule Poirot » où on va nous déballer toute l’intrigue de A à Z dans une grande réunion au sommet pour montrer qu’on est trop astucieux. Et enfin, dernière petite déception : l’affrontement final, car les capacités quasi-surnaturelles de Girton que j’espérais tant voir se déchainer dans une explosion de fureur et de maîtrise… Ben rien du tout, on nous tease tout le roman et au final c’est trois roulades maladroites dans la boue et un coup de chance, anti-épique à souhait.

L’âge des assassins est un roman plaisant, jamais désagréable mais jamais renversant. On s’attache aux personnages, on vit une aventure, on suit Girton dans ses dilemmes et ses combats, mais il manque d’un petit quelque chose pour aller plus loin que ça. Je suis curieux de lire la suite quand même, je veux voir ce que va devenir la série car elle a un potentiel sympathie certain.

Lire aussi l’avis de : Lianne (De livres en livres),

25 réponses

  1. Ah! je ne suis guère étonnée de ton retour. Je me doutais que cela ne serait pas renversant, cela ne l’a pas été un roman super côté en VO, mais il sembvlait effectivement plaisant.
    Bref, un bon divertissement à lire pour se dégourdir les neurones et travailler les zygomatiques, si j’ai bien compris.
    Je le lirai un de ces jours! 🙂

    • Il a quand même plus de 4 de moyenne sur goodreads ce qui est assez rare pour un premier tome de série (en général dans les séries, plus on avance mieux c’est noté vu que les gens qui aiment le moins arrêtent de la lire et seuls ceux qui accrochent le plus vont jusqu’au bout).
      Donc je dirais qu’il est très bien côté en VO, au contraire 😛

      • Quand je l’ai remarqué il était aux alentours des 3,8, donc, non ce n’est pas super côté. Et je lis quelques avis qui mentionnaient qu’il était bon, page-turner, sympathique, mais pas un roman renversant non plus. Je l’ai gardé en « lecture » pour une éventuelle traduction.
        Maintenant, je pense qu’il est légèrement sur-côté et que son 3,8 du début sont justifiés.

  2. On a globalement le même avis. Après j’ai bien aimé la révélation finale moi, même si effectivement ça fait penser à Hercule Poirot (mais en même temps, j’adore les Agatha Christie xD).
    Pour l’instant on n’est qu’au premier tome, et je pense que ce qui a plu en général c’est effectivement le coté ressemblant à l’assassin royal (même si l’AR c’est gentillet à coté de celui ci).

  3. Han, vu ta critique, ça me paraît un tantinet fade comme histoire 🙁 j’ai l’impression que c’est de plus en plus le cas et que seules quelques rares exceptions sortent du lot ces derniers temps. Dommage, la couverture m’emballait pourtant.
    Merci pour cette chronique !

    • Je dirai pas qu’il y a moins de trucs qui sortent du lot, en 2017 j’me suis régalé globalement.

      Bragelonne c’est un peu particulier, j’ai l’impression qu’en ce moment ils cherchent des trucs au potentiel mainstream pour tenter le gros jackpot, mais du coup ça peut sembler être déjà vu, sans pour autant être mauvais.

  4. Bon, j’attendais un premier retour pour me lancer et comme tu n’as pas l’air d’avoir détesté je pense que je vais tenter ma chance quand même 🙂

  5. Je suis en train de le lire et pour l’instant, même ressenti que toi, sympa sans être renversant.
    Je ne peux pas dire que je m’ennuie vraiment, mais je ne suis quand même pas sûr de vouloir suivre les prochains tomes, pour le moment. On en a eu tellement, des histoires d’assassins, dont certaines assez marquantes, maintenant je commence à faire le difficile ^^

    • Oui, je me suis posé la question, si c’était pas moi qui devenait un peu blasé vu que ça fait trois livres coup sur coup que je trouve « bof »… Mais comme j’ai encore des coups de coeur de temps en temps, j’me dit qu’il y a encore de quoi m’émouvoir même en fantasy classique

      • En fait pour moi ça dépend du type d’histoire, je crois. En high fantasy, sword & sorcery, voire intrigues nobiliaires grimdark à la Game of Thrones, je marche encore assez facilement si c’est (très) bien fait, et même si c’est pas révolutionnaire ça ne me dérange pas forcément d’avoir l’impression de relire un peu la même histoire. Parfois (en high fantasy et en S&S surtout) je goûte même assez le plaisir de la familiarité. Mais là dans le cadre très étroit de la fantasy à capuche, et même plus spécifiquement encore de l’ado « apprenti assassin », j’avoue que j’ai du mal à accrocher s’il n’y a pas un petit truc en plus.
        En gros je ne saurais pas vraiment à qui conseiller ce bouquin : à quelqu’un qui ne se sent pas de s’enfiler les mille tomes de l’Assassin Royal de Robin Hobb ? quelqu’un qui veut une sorte d’Ange de la nuit de Brent Weeks mais en plus initiatique/tradi et moins trash ? quelqu’un qui a aimé les deux oeuvres citées et qui en redemande, quitte à ce que ce soit sensiblement moins brillant ? En tout cas je n’étais pas trop la cible, manifestement. Même si les persos sont sympas et tout, je m’attendais à un truc un peu plus moderne ou différent de ce que j’avais déjà lu dans ce registre tout de même très spécifique.

        • Pas faux,
          J’étais mitigé sur Brent Weeks aussi, j’ai jamais continué l’ange de la nuit, peut-être que je suis pas très « fantasy à capuche » au final 😀

          Ce livre sera peut-être mieux reçu par un public plus mainstream qui bouffe pas de la fantasy par paquet de 10 au p’tit dej’, encore que sur goodreads il est plutôt bien noté. Comme Lianne le dit plus haut, c’est sûrement les gens en manque d’ado assassins à la Hobb qui ont trouvé leur fix sans trop d’exigence.

  6. Je pense que ça m’agacerait aussi pas mal de voir le héros se faire malmener sans se défendre alors qu’on sait qu’il en a largement les capacités. Ça doit faire bouillir de l’intérieur !
    Par contre, je suis comme Lianne, j’adore les Agatha Christie, donc je pense que les révélations finales en mode Hercule Poirot ne me dérangeront pas, si je le lis (ce qui n’arrivera que s’il sort en poche). 😉

  7. J’ai adoré Robin Hobb, pas aimé Brent Weeks, et je dois dire que cet Âge des Assassins a été une excellente surprise. J’ai fini le bouquin avant même d’avoir pris 3 inspirations. Les personnages sont très bien travaillés, les intrigues suffisamment complexes pour qu’on s’y intéresse, on ne voit pas venir les rebondissements et le côté huis-clos dans le château m’a vachement plu ! Hâte de lire la suite, qui a priori est dans la même veine ! 😀

    P.S. : Je précise que je ne suis pas « un public mainstream qui bouffe pas de la fantasy par paquet de 10 au p’tit dej’ », puisque je lis de la fantasy depuis mon enfance. À comparer avec le coup de cœur de Brage qu’était Mage de Guerre de Stephen Aryan (et que j’avais trouvé on ne peut plus fade), je trouve dommage que Barker n’ait pas été plus mis en avant cette année…

    • Comme quoi, on a tous notre approche personnelle des lectures, j’avais adoré Mage de guerre 😀

      Pour la mise en avant, je sais pas si elle a été moindre pour celui-ci que pour Mage de guerre, ou tous leurs autres « blockbusters », j’ai plutôt l’impression que c’est kif-kif, ils sont dans une sorte de routine commerciale qui leur fait sortir des séries à la pelle, et du coup on est un peu vaccinés de leurs sons de trompette. Là y’a blackwing qui va sortir en avril mais je me suis hypé tout seul avec les retours VO, même plus besoin d’écouter Bragelonne pour entendre leurs promesses pleines de superlatifs qui veulent plus rien dire.

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