La république des voleurs, Locke perd la boule

 La république des voleurs est le troisième tome de la série des salauds gentilshommes de Scott Lynch dont j’avais déjà parlé ici, les deux premiers volumes marquaient par leur construction exemplaire, leur univers unique et surtout leurs personnages exceptionnels mais si vous n’avez pas lu les deux premiers rebroussez chemin, pauvres fous, ça risque de spoiler un peu. Ce troisième opus (sur 7, parait-il) a mis 6 longues années à nous parvenir, mais le voilà enfin chez nous, Bragelonne l’a sorti en grandes pompes et nous tous, lecteurs avides et impatients, nous jetons  dessus comme la vérole sur le bas-clergé (oui, cette expression m’a fait rire donc je la place).

Au début du livre, nous trouvons Locke en fort mauvaise posture vu que ça fait directement suite à la fin du livre précédent. Nos salauds préférés se terrent tandis que Jean essaye de trouver un remède pour soigner son ami mourant, en vain… En dernier recours, ils acceptent la proposition d’une mystérieuse mage, qui promet de guérir Locke s’ils l’aident à remporter les prochaines élections dans la cité de Karthain, grande ville des mage-esclaves. Oui, les salauds gentilshommes se lancent dans la politique, ça fait peur, mais ils vont bien entendu le faire à leur manière, d’autant plus que le parti d’en face a engagé un adversaire redoutable et bien connu des héros.

Comme à son habitude, l’auteur alterne l’action présente avec des flashbacks nous racontant la jeunesse de Locke en compagnie du Père Chains et de ses camarades, et ici nous suivrons la troupe qui rejoint une troupe de comédiens pour jouer la pièce « La république des voleurs » sur scène. Bien sûr, nous tirons des enseignements précieux de ces parenthèses du passé, notamment sur la relation entre Locke et Sabetha qui hantait déjà le groupe dans les premiers tomes.

La république des voleurs est un livre très bon et on prend énormément de plaisir à sa lecture, les fans des premières aventures de Locke se retrouveront en terrain connu car on retrouve ces personnages aux caractères forts et bien construits, Locke est toujours ce petit génie arrogant et Jean le colosse au grand cœur et à l’amitié indéfectible. Évidemment, le grand retour tant attendu de Sabetha permet d’ajouter une histoire d’amour à l’aventure et il est ici presque l’élément central du livre, on a parfois l’impression que ce dernier n’a été écrit que pour présenter le personnage. La construction de Sabetha est encore une fois solide, son caractère bien trempé la pose directement en pièce centrale de l’histoire et permet d’explorer une nouvelle facette du groupe.

RepubliqueDesVoleurs_Pierre

Pierre nous fait une petite variation sur la couverture

En effet, tout le livre va tourner autour de la relation Locke-Sabetha et une chose est sûre, c’est pas simple et c’est limite fatigant. Personnellement j’aime bien les romances directes et simples, et quand une intrigue amoureuse commence à être compliquée, « je t’aime mais je peux pas rester », « je pars mais c’est pour notre bien », à faire des allers-retours et à danser un tango de 600 pages, ça me gonfle et j’ai envie de sortir les deux couillons du livre pour leur gueuler « arrêtez de nous saouler, roulez-vous une pelle, envoyez chier tout le monde et on en parle plus !! ». L’histoire d’amour qui concerne Jean est pour moi beaucoup plus agréable car directe, sincère et sans concession, mais là les deux ils méritent des claques (Et Jean a l’air de partager ce sentiment).

L’intrigue concerne aussi principalement ces fameuses élections : Locke et Jean ont un temps limité pour rallier la majorité des voix au parti qu’ils représentent et (vous l’aurez compris), Sabetha va devoir faire de même en face. Certaines règles régissent cette campagne électorale, mais nos héros vont enchainer les coups fourrés et les manœuvres sournoises, comme à leur habitude. On va donc se retrouver avec un enchainement de retournements de situations tout le long du livre, et c’est encore là tout le plaisir de cette lecture. J’ai trouvé malheureusement que l’intrigue globale sur les élections manquait de fil conducteur solide, d’un plan d’ensemble qu’aurait pu mettre en place l’un ou l’autre des partis. On a certes la pirouette finale réjouissante, mais le reste de la campagne se résume  à des coups en douce au jour le jour (d’ailleurs c’est marrant, on a l’impression de regarder de la vraie politique française : de la manipulation, des coups bas, aucun fond et des promesses dans le vent…), je trouvais les deux premiers livres de la série beaucoup plus solides de ce point de vue avec leurs plans montés sur le long terme. On comprend bien que Locke n’est plus aussi solide et réfléchi, mais on le trouve ici paumé, à naviguer un peu à l’aveugle, plaçant « la république des voleurs » en retrait par rapport aux deux premiers tomes sur ce point.

J’ai trouvé les passages « flashbacks » beaucoup plus convaincants à ce sujet, les salauds gentilshommes encore en formation font preuve d’astuce et de sang froid pour monter cette pièce et gérer les quelques évènements imprévus qui ne manqueront pas de leur compliquer la tâche. On retrouve ici avec plaisir la dynamique de groupe et la maitrise que le père Chains a inculqué à ses protégés. L’autre point fort du roman est la solidité du monde que nous décrit Scott Lynch, on découvre encore cet univers, et ici particulièrement les mages-esclaves et tout l’équilibre de leur communauté. Le « world-building » reste ainsi pratiquement sans faute, original et passionnant.

La république des voleurs est un roman évidemment incontournable pour tous ceux qui suivent les salauds gentilshommes, même si je le trouve légèrement inférieur à ses prédécesseurs sur les points évoqués, il reste très divertissant et solide et je le conseille. Et ceux qui n’ont pas commencé la série doivent remédier à ça à tous prix (mais si vous lisez ce paragraphe sans avoir commencé la série, vous n’avez pas tenu compte de mon avertissement en introduction, jeune imprudent !).

Lire aussi les avis de : Blackwolf (Blog o livre), Boudicca (Le bibliocosme), Kissifrott (Le Dévoreur de livres)

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