La quête onirique de Vellitt Boe, Le miroir de Providence

Pour tout vous dire, moi et Lovecraft c’est pas trop ça. Bon, je connais les grandes lignes, j’ai fait quelques parties de Call of Cthulhu dans ma folle jeunesse vaguement rôliste, je suis curieux de voir le prochain jeu vidéo qui va sortir de chez Cyanide, mais quand j’ai essayé de lire un bouquin du bonhomme c’est vraiment pas passé. Vous allez donc avoir une critique de La quête onirique de Vellitt Boe par un gars qui n’a aucune idée de ce à quoi ça fait référence. On vous a pas dit que j’étais inculte ?

Parce que Kij Johnson (Un pont sur la brume) a écrit ce roman en réponse à La quête onirique de Kadath l’inconnue de Henry Pierre AmourDeLArtisanat, mais comme je le connais pas, j’pourrais pas trop comparer. Mais en fait on s’en fout, ça nous aidera pas à savoir si Vellitt Boe est chouette. Ce court roman de 170 pages raconte l’histoire de Vellitt Boe, une prof de l’université pour femmes d’Ulthar, qui va tout quitter pour se lancer dans une quête un peu folle : Retrouver une de ses meilleures élèves qui s’est enfui avec un beau gosse pour rejoindre le royaume de l’éveil, fugue qui pourrait mener à la fermeture pure et simple de l’académie. Vellitt va ranger sa tenue de prof respectable pour ressortir le baluchon d’aventurière qu’elle avait rangé depuis de longues années.

Pour accomplir sa quête, notre protagoniste va nous faire visiter de nombreuses régions des contrées du rêve, de la forêt des zoogs aux côtes de la mer cérénarienne, jusqu’à Ilek-vad, mais tout ça ne vous aide pas parce que ce sont des noms à coucher dehors. Concrètement, Vellitt va crapahuter dans des régions un peu glauques, peuplées de créatures cheloues, avec au-dessus de la tête des dieux tout pourris qui s’amusent à lui foutre des bâtons dans les roues. Parce que oui, qui dit Lovecraft dit dieux merdiques qui jouent avec les hommes comme un gamin devant une fourmilière. Cet aspect-là transparait bien dans le roman et nous fait découvrir un univers vertigineux.

J’ai été un peu déçu par la structure du roman qui n’est, en son cœur, qu’un voyage assez linéaire pour nous faire traverser des trucs… Quand on lit ça, on a un peu l’impression d’être dans un Space Mountain Lovecraft qui veut nous faire voir tous ses super décors en carton, avec quelques péripéties au milieu pour rythmer un peu. Je sais pas si Kadath était pareil, mais ça fait effectivement très old-school. Par contre, là où Kij Johnson se rattrape et donne de la profondeur à l’ensemble, c’est sur l’état d’esprit général du bouquin et surtout son héroïne qui a beaucoup de caractère et d’indépendance. Le professeur Boe est une femme qui a eu une vie bien remplie. Elle repart à l’aventure mais trimballe tout son vécu avec elle, on sent qu’elle sait ce qu’elle veut, et ne veut plus. Certains éléments liés à son rapport au monde et aux hommes, notamment, amènent en sous-texte une touche féministe assez subtile pour pas faire trop « tarte à la crème dans la gueule du lecteur », mais assez parlant tout de même pour qu’on sente l’intention, c’est très joliment amené.

Sans être un expert, je sais qu’une des caractéristique de Lovecraft est la progression vers la folie inéluctable, un petit côté « sans espoir » qui me faisait un peu peur en abordant La quête onirique de Vellitt Boe. Parce que j’aime bien avoir du positif dans mes histoires, moi, j’suis un gars qui aime les happy-ends ! Et bien Kij Johnson m’a surpris encore une fois, je sais pas si c’est une démarche qui s’oppose à Lovecraft puisque je n’ai pas lu Kadath, mais la quête de Vellitt est en construction inverse par rapport à ce que je craignais, son héroïne tend vers la lumière malgré les difficultés et la folie ambiante… Et je vais pas en dire plus pour pas que la brigade anti-spoiler m’envoie au goulag.

On notera que le livre a bénéficié d’illustrations intérieures à l’encre et d’une couverture superbes de Nicolas Fructus, et une carte en couleurs sur l’intérieur de celle-ci. En gros, la version papier vaut vraiment le coup par rapport au numérique si vous êtes clients des deux, l’objet pète la classe, ça vaut bien le petit surplus de poids de votre prochain déménagement si c’est dans votre budget. Le bélial’ nous offre également une interview qui permet d’en apprendre un peu plus sur l’autrice et son rapport à Lovecraft, ça éclaire l’ignorant que je suis sur pas mal de choses, en particulier certains aspects un peu « borderline » de ce cher auteur timbré auquel elle a voulu répondre avec ce roman.

La quête onirique de Vellitt Boe est au final un bien joli voyage en pays lovecraftien mais aussi un peu plus que ça. Il ravira sûrement les amateurs du bonhomme mais a également un petit côté « contre-poids » moderne que j’ai beaucoup apprécié, en bon ignorant Cthulhuesque.

Lire aussi l’avis de : Gromovar (Quoi de neuf sur ma pile ?), Blackwolf (Blog O Livre), Apophis (Le culte d’Apophis), Vert (Nevertwhere), Célindanaé (Au pays des cave trolls),

 

 

16 réponses

  1. Je suis ignorante par choix sur Lovecraft, même si je connais quelques bases de ces textes et l’influence qu’il a dans l’imaginaire tendance horrifique. Je fais partie des personnes qui aiment les happy ends comme toi! 😉
    Alors, déjà que j’avais envie de le lire celui-ci, ton avis ne fait que renforcer cet appétit.

  2. J’avoue que je suis toujours mitigée et que je ne sais toujours pas si je vais le prendre ou pas celui ci.
    Déjà le mot « Onirique » ne me plait pas, je suis quelqu’un de bien trop terre à terre pour adhérer si ça devient trop bizarre, du coup si c’est juste un voyage linéaire avec des trucs chelou autour et des décors fantastiques, ce n’est définitivement pas pour moi.
    Après comme tu dis que ça change justement de Lovecraft (que je n’aime pas non plus, enfin le peu que j’ai essayé de lui) et que la fin t’as surprise, ça me redonne un peu espoir. Je pense que si la médiathèque le prend je l’emprunterais juste pour voir, mais sinon ça sera un peu mort 😛

    • En fait ce qu’elle fait avec le monde du rêve et le monde de l’éveil est très intéressant justement. La quête en elle-même est un peu plan-plan, mais c’est tout le côté « méta » autour qui donne de la richesse au bouquin.

  3. Beaucoup aimé aussi. Je n’avais jamais lu de Lovecraft (et je dois être encore plus ignare que toi sur le sujet xD) mais je confirme que ça ne gêne absolument pas. Par contre j’ai lu Kadath l’inconnue pour comparer, on y retrouve le même côté « circuit touristique » (ça fait très fantasy à l’ancienne en fait) mais le héros est nettement moins sympathique (et je me suis plus souvent endormie sur ses péripéties que sur celles de Velitt Boe, c’est un signe !)

  4. Il est dans ma wish-liste ! Bon, autant dire que je suis conquise d’avance étant donné le coup de cœur que j’ai eu pour Un pont sous la brume 🙂 Et j’adore Lovecraft même si tout le monde n’aime pas 🙂

  5. Il me tente bien celui-ci : je n’y connais rien à Lovecraft non plus mais j’avais bien aimé Un pont sur la brume. A lire ta critique je pense que ça pourrait me plaire, merci 🙂

  6. « La quête onirique de Kadath l’inconnue » est à mon sens le meilleur roman de Lovecraft. J’avais été fascinée par la richesse de ce monde, grouillant de personnages bizarres et de contrées chargées d’histoires oubliées… C’est un des rares romans que j’ai lus trois fois, je te le conseille ! Je lirai le roman de Johnson si j’en ai l’occasion, surtout s’il y a des illustrations de Fructus !

  7. J’avais essayé une fois, Lovecraft, avec des nouvelles, qui ne m’avaient fait ni chaud ni froid, plutôt ennuyée en fait, du coup ça m’a pas trop donné envie d’aller voir plus loin.

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