La patience du diable, et du lecteur

Une série d’horribles crimes sans rapport apparent, un cerveau manipulateur démoniaque, une jolie inspectrice au caractère bien trempé qui va rechercher la vérité, des scènes avec du gore dedans pour faire vomir le gentil lecteur… C’est bon, vous l’avez ? Oui, ça ressemble à tous les thrillers avec des tueurs psychopathes qu’on a pu lire.

La Patience du Diable de Maxime Chattam a effectivement toutes les caractéristiques du polar à serial-killer (TAN!) de notre époque. On suit l’enquête de Ludivine Vancker et son équipe composée notamment de Segnon et Guilhem, qui vont fouiner sur plusieurs scènes de crimes, voire d’attentats, pour mettre à jour une manipulation méga-cosmique trop evil. Et le déroulement de l’enquête est très agréable à suivre, les différents acteurs de l’univers gendarmesque sont très bien décrits et utilisés pour faire avancer l’affaire. Le fait que ça se passe en France et non pas chez nos amis ricains marche du coup très bien, c’est assez rafraichissant.

Le livre expose différents crimes bien horribles et angoissants à la limite du terrorisme, genre frappe au hasard, pour les relier ensuite par différents éléments de preuves et témoignages qui se recoupent tous vers le même cerveau, qui n’est autre que le diable en personne, oui, littéralement. Bien sûr, ça amène des questionnements sur la folie, le scepticisme et des scènes qui frôlent le fantastique, mais on s’est pas gouré de rayon, donc on sait qu’une explication raisonnable va évidemment venir nous calmer les neurones avant la fin.

Les personnages secondaires sont attachants et efficaces dans leur rôle, mention honorable pour Segnon, l’armoire à glace bienveillante qui sort largement du lot. Pourtant, notre héroïne Ludivine Vancker est LA flic qu’on s’attend à trouver dans ce type de roman, la jolie nana tête brulée sans attache qu’on trouve dans le premier chapitre sortant à la fois d’une gueule de bois et du lit d’un inconnu, bad-ass, parfois trop. Son comportement est prévisible de bout en bout une fois qu’on a collé la bonne étiquette dessus et c’est vraiment dommage, ce défaut se retrouve dans tous les aspects du livre : L’auteur use des archétypes du genre jusqu’à l’excès au point que je me suis surpris plus d’une fois à lever les yeux au ciel (ou au plafond du métro), exaspéré.

Prenons exemple d’une scène où les flics débarquent dans une cité pour enquêter, et font face à une bande de jeunes zonards du coin, imaginez la scène… Bingo, description de la bande de petits délinquants comme une meute de prédateurs trouillards qui défendent leur coin pipi, avec l’alpha, les sous-fifres débiles, et le sentiment que ça peut partir en couille très vite. Oui, c’est encore un schéma codifié, un stéréotype, utilisé tel quel. Même le délire avec le satanisme fait très convenu ici, dégouline le déjà-vu et le lecteur comprend la clé de l’énigme à peu près 200 pages avant l’héroïne… Parce qu’il est très intelligent ? Non, pas du tout ! Enfin, si, il est intelligent vu que c’était moi en l’occurrence, mais c’est pas la raison de son illumination soudaine. Le lecteur comprend bien vite simplement parce qu’il est un lecteur, justement, qu’il a appris à reconnaitre les schémas d’un genre ô combien surexploité (et sa résolution bien prévisible).

Pourtant le roman est d’une efficacité toute millimétrée, un vrai métronome à suspense, l’art du polar fait science. La lecture est donc fluide, sans temps mort et vraiment plaisante, mais ça reste une cascade de clichés et de déjà-vu. Aujourd’hui on est en droit d’attendre d’un thriller un peu de dépaysement, de l’innovation, de la prise de risque, une utilisation détournée de ses codes, on ne peut plus se contenter de resservir la même recette à peine assaisonnée et espérer encore surprendre le lecteur averti tant il en a vu, des gros tarés.

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