La compagnie noire : les livres du nord, crapahutage mouvementé

Ils sont la Compagnie noire, la dernière des compagnies franches de Khatovar. Depuis des siècles, ces guerriers mercenaires honorent leurs contrats sans se soucier du camp où ça les mène car seul la paye les guide… Ou plus rarement la fuite… La compagnie a toujours tenu des annales pour consigner ses aventures et les conserver. Ce sont ces textes que le lecteur découvrira en se plongeant dans cette série, tels que Toubib, médecin et chroniqueur officiel de la compagnie, les a écrits sur cette période.

Ce sont ces annales que j’ai pu lire dans l’édition intégrale des livres du nord, regroupant les trois premiers tomes de la série de Glen Cook chez L’Atalante. C’est un gros pavé de 1000 pages ponctuées de superbes illustrations crayonnées dépliables par monsieur Didier Graffet, ça peut faire mal au bras quand on doit le tenir mais quand même, il faut avouer que ça pète la classe. Mais depuis les quelques jours que je me traine avec cette brique sous le bras, plusieurs personnes m’ont dit « Ah ouais, j’connais ça, j’ai pas aimé du tout ». L’internaute avisé pourrait être tenté de croire que la compagnie noire est un must vu la réputation qu’il se trimballe, et pourtant dans la vraie vie avec des gens palpables, je croise que des déçus (enfin, trois, si on veut les compter). Après quelques interrogatoires musclés des dits déçus impliquant un annuaire, du feu, une pince à linge, un carré de chocolat et une cuillère en plastique, votre serviteur a découvert un point commun chez ces malotrus : Ils ont tous arrêté leur lecture avant la moitié du premier tome.

Ceci explique cela, lumière est faite et le monde libre retrouvera sa joie de vivre, je comprends mieux. Car voyez-vous (ou « vois-tu », on s’connait bien maintenant, lecteur de blog), le début du premier tome est effectivement rude. Le parti pris de narrer l’histoire de la compagnie par l’intermédiaire de leurs annales implique de raconter leurs aventures d’un seul point de vue et sous une forme de journal un peu éparpillé comme le ferait un chroniqueur pour de vrai. Mais le début est vraiment déroutant, décousu, bourré d’ellipses un peu acrobatiques et le lecteur imprudent est vite perdu. Mes premiers jours au sein de la compagnie noire furent difficiles, autant le dire, je me demandais d’où venait cette bonne réputation, on nous fait courir partout, on ne nous explique rien, on a l’impression de prendre une histoire compliquée en plein milieu…

Aaaaaaaaaaah… mais en fait c’est exactement ça ! On prend une histoire complètement en cours de route, c’est tout à fait logique ! Il y a 400 ans de récits avant le livre qu’on a dans les mains, le narrateur va pas se fatiguer à présenter les personnages, c’est ses annales et on est en plein milieu ! Ouais, « roleplay » à fond, comme diraient les rôlistes du fond (les rôlistes sont toujours au fond, allez comprendre…). Maladresse ou structure explosée volontairement, toujours est-il que les 150 premières pages sont un cap à passer. Par la suite les choses se tassent, se recentrent, une intrigue principale émerge et le lecteur s’habitue au rythme de Toubib, il peut apprécier sa narration morcelée, ses réflexions personnelles et surtout la galerie de personnages qu’on voit défiler devant nous.

Même si la compagnie compte plusieurs centaines de mercenaires, on verra surtout une ou deux dizaines de personnages récurrents qui constituent le « cerveau » de la compagnie, le Capitaine, le Lieutenant, Elmo, Corbeau, Toubib, Candi ou encore Silence, Qu’un-oeil et Gobelin qui sont les sorciers hauts en couleurs de la troupe. On remarque un sens de la camaraderie et de l’honneur très présent dans la troupe de mercenaires, ils comptent les uns sur les autres et on se sent inclus dans cette grande famille, c’est certainement la qualité principale de cette narration : le lecteur a l’impression de faire partie de la Compagnie noire. D’ailleurs ils seront les protagonistes principaux de la première trilogie mais la troupe va beaucoup évoluer dans la suite de la série, on va même changer d’annaliste plusieurs fois apparemment…

Nous faisons donc la connaissance de cette compagnie au début du récit alors qu’elle se carapate vite fait d’un boulot qui se finit un peu en eau de boudin, et pour s’en sortir nos « héros » vont accepter un nouveau contrat qui les emmènera dans les terres du nord. Leur commanditaire, un certain Volesprit, est un des dix Asservis qui sont sous les ordres de la Dame, une puissante sorcière qui a réussit à s’échapper de sa tombe et compte bien reconquérir son empire. La compagnie sera donc le fer de lance de son armée et devra lutter contre les rebelles qui se dressent sur le chemin de leur patronne. Où est le bien, où est le mal ? On sait pas trop, le contrat est signé donc la Compagnie fait son boulot, on mate la rébellion, on défend les places fortes et on essaye de rester en vie. Les trois livres qui composent cette intégrale concernent ce contrat qui va forcément avoir quelques accrocs. Au-delà du côté militaire et guerrier, on retrouve une intrigue simple mais bien ficelée et satisfaisante composée de complots, de trahisons et de coups bas. La compagnie n’est qu’un pion comme un autre dans les plans de la Dame et des Asservis et ils vont devoir jouer des coudes pour s’en tirer plus ou moins indemnes.

Les livres ne sont pas sans défaut, après le début chaotique du premier tome tout repart bien et j’ai vraiment accroché, pourtant le rythme peut être parfois déroutant, on sent un auteur qui expérimente à ce niveau-là : le premier tome passe beaucoup de temps au milieu des parties de cartes des mercenaires ce qui lui confère un certain cachet mais on attends longtemps avant que l’action redémarre. Dans la suite, « Le château noir », l’auteur passe plus de pages en compagnie de Shed, tavernier un peu loser sur les bords, que dans la Compagnie qu’on perd vraiment de vue, et le bouquin ne démarre vraiment qu’à sa fin. Mais chaque tome a sa spécificité, sa petite aura propre, et malgré les défauts de structure on s’attache à la Compagnie Noire et on saute d’un tome à l’autre pour savoir comment elle évolue au fil des ans car chaque livre est séparé à chaque fois de plusieurs années.

La Compagnie Noire est vraiment une série à la saveur particulière, ces trois premiers tomes m’ont convaincu de continuer la saga grâce à son atmosphère et ses personnages attachants. Glen Cook arrive à surprendre le lecteur à chaque tome en changeant de narration, de rythme, de lieux, tout en gardant une identité forte et une immersion vraiment efficace malgré des rythmes souvent bizarres et inattendus. La saga compte treize tomes pour le moment, chez l’Atalante ou chez J’ai Lu. Ces derniers viennent d’ailleurs de sortir la première intégrale en poche, idéal pour se lancer même si pour le coup, il faut des poches vachement balèzes…

Lire les avis de : Boudicca (le bibliocosme), Apophis (Le culte d’Apophis), Lutin82 (Albédo),

2 réponses

  1. Superbe critique 🙂 J’ai eu aussi beaucoup de mal à rentrer dans les aventures de cette Compagnie noire mais une fois qu’on a compris comment fonctionnait l’auteur, on se laisse facilement emporter. En ce qui me concerne j’ai même trouvé les livres suivants meilleurs que les premiers 😉

    • Merci !
      Effectivement, le « coût d’entrée » est important mais une fois que c’est lancé c’est excellent, j’ai hâte de lire la suite 🙂

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