Horizon Zero Dawn, du travail d’orfèvre

Des siècles après l’apocalypse, l’humanité est retournée à l’état de petites tribus de chasseurs-cueilleurs, mais Skynet a laissé trainer des machines plus ou moins gigantesques qui se promènent dans la nature. Pas de bol, on est plus les rois de la chaîne alimentaire, on serre les fesses à chaque sortie.

Voilà à peu près la situation au début de Horizon Zero Dawn, le nouveau jeu de Guerrilla Games (Killzone) exclusivement sur Playstation 4. Le joueur y incarne Aloy, une jeune femme de la tribu des Nora mais considérée comme une paria par ses pairs, seul son tuteur Rost (lui aussi paria) lui adresse la parole. C’est pas vraiment la joie, donc notre héroïne va devenir indépendante et casse-cou, jusqu’à tomber dans des ruines de l’âge de métal (le notre) où elle va trouver un focus, espèce d’oreillette bluetooth du tur-fu qui lui permet de voir de la réalité augmentée trop classe. Et de là va se développer sa curiosité et sa soif de comprendre. Elle emmènera le joueur dans une grande quête pour découvrir les secrets du passé et remettre en question toutes les croyances de sa tribu isolée.

Horizon se présente comme un grand monde ouvert qu’Aloy va devoir explorer, partant de la terre sacrée de sa tribu, elle va très vite repousser les frontières de son petit monde pour découvrir d’autres peuples et d’autres secrets. Le joueur dirige le personnage à la troisième personne et dispose d’un arsenal composé d’arcs, pièges, frondes, ce genre de trucs… Avec tout ça, on pourra partir affronter les machines qui peuplent ce monde, toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Chacune aura ses forces et ses faiblesses qu’on pourra exploiter grâce aux différents types de munitions et aux nombreuses stratégies possibles. C’est la première réussite du jeu : Le cœur de son gameplay est assez profond et intéressant pour que le simple fait de se promener et défoncer des machines ne lasse pratiquement jamais. Le joueur est libre de choisir son style de jeu et peut varier suffisamment les approches pour vraiment s’amuser dans ce grand espace.

Par-dessus cette boucle de gameplay, Guerrilla a structuré la progression du jeu en respectant les canons de l’open-world moderne : Quête principale, Quêtes secondaires, Défis, PNJ qui a perdu son panier de pomme de terre, tout ça… Mais tout est suffisamment bien dosé pour ne jamais gaver le joueur. En effet, on a jamais l’impression de faire quarante fois la même chose parce que chaque type de mission évite de se répéter trop souvent, on a quatre ou cinq camps de bandits, autant de « tours » à pirater, à peine plus de camps de chasse, etc… C’est peut-être ça la différence entre Horizon Zero Dawn et beaucoup d’autres jeux « open-world » : le dosage. Prenons une métaphore pourrie pour expliquer : Moi quand j’ai des légumes qui trainent dans le frigo, je prends tout un peu au pif et je fais une soupe, ça fonctionne toujours. Mais un vrai cuistot qui a du talent va savoir exactement quoi mettre, à quel moment, comment doser chaque truc, comment assaisonner chaque nuance, pour faire de ma soupe toute basique un truc vraiment exceptionnel, qui le place largement au-dessus de tout ce que je pourrais pondre dans ma cuisine.

Ben là c’est pareil, les développeurs ont tellement bien dosé tous leurs ingrédients qu’ils se placent d’emblée au-dessus de toute la concurrence sur le terrain du monde ouvert (coucou Ubi). Et c’est marrant parce qu’ils ont fait ça pour à peu près toutes les disciplines de la création de jeu vidéo : Ils ont pris tous les éléments typiques du jeu moderne, presque des clichés à ce niveau-là. Open-world, crafting, grimpette, combats à distance, progression des talents, etc… Ils ont tout mis dans leur jeu les cons, ils innovent jamais vraiment mais ils ont tout tellement bien dosé, tellement bien intégré à leur monde, qu’ils survolent toute la concurrence les doigts dans le nez. Chacun dans sa spécialité, chaque membre de l’équipe a l’air d’avoir pondu le top de ce qui se fait. C’est hallucinant.

Et au niveau technique, c’est pareil. Ils ont simplement fait le jeu le plus beau et le mieux optimisé qui existe à ce jour sur console, on traverse des paysages magnifiques avec des lumières hallucinantes, des animations détaillées, une distance de vue renversante et un souci du détail qui fait plaisir à voir. Je vous invite à regarder quelques vidéos sur l’internet pour vous faire une idée du truc. La technique est irréprochable, et la direction artistique lui fait honneur, le design des personnages, des machines, des villages ou de la nature, tout est travaillé au poil, c’est du travail de maître (et l’artbook vaut le détour aussi, pour les plus curieux). Guerrilla est passé du statut de studio exécutant qui pond du FPS lambda à celui de créateurs incontournables de l’industrie. Ils se sont propulsé directement au top du classement.

Au niveau de l’univers, on sent aussi qu’ils ont bossé le truc à fond. Aloy part de sa tribu de chasseurs mais va croiser plusieurs autres peuples aux styles tout-à-fait différents qui vivent dans d’autres villages. Entre les forgerons bourrins Oseram, les marchands raffinés Carja  et les très spirituels Banuk, on a plusieurs types de tribus très différentes qui rendent le monde vaste et cohérent. Et la situation de tout ce petit monde est très bien mis en place, il y a des relations politiques, des conflits et des alliances qu’on prend plaisir à découvrir au fur et à mesure. Et bien sûr, le grand mystère qui entoure l’histoire : Qu’est-il arrivé à notre civilisation pour en arriver là ? Ça fait vraiment du bien de plonger dans un univers tout neuf, sur un jeu de ce calibre, avec un world-building aussi travaillé.

Aloy est visuellement très classe et a beaucoup de personnalité, ni trop nunuche ni trop « je suis une femme mais j’en ai dans le pantalon », on s’attache forcément à sa soif d’aventure et sa curiosité. On comprends son cheminement de paria à émissaire indépendant, on sent son côté rebelle dans sa volonté de déterrer les vérités trop longtemps restées tabous. Et au cours de l’aventure on croisera d’autres personnages qui constituent tous une étape dans son aventure, Rost, Olin, Erend, Sona, Avad, Sylens, des personnalités marquantes qui vont donner du corps à l’aventure, tous modélisés et doublés avec talent.

Il faut savoir que le jeu est assez long, il vous faudra bien plus de 50 heures pour l’explorer à fond mais ça vaut vraiment le coup. Pourtant, même si j’ai adoré jouer à Horizon, je dois lui reconnaitre un léger défaut : Cette générosité dans le contenu se fait peut-être au dépend du rythme de l’histoire. Si celle-ci est intéressante et profonde, j’aurai apprécié qu’elle soit un peu plus dense, que les révélations soient plus nombreuses et mieux réparties. A postériori, l’univers et le scénario sont vraiment bien foutus mais en cours de jeu, on sent un rythme un peu mou, le tempo de la narration est un peu lâché. Toute la première moitié se concentre sur les découvertes de clans et de PNJs, les rivalités et vengeances. Ce n’est qu’après plusieurs dizaines d’heures qu’on commence à balancer de la révélation sur les vrais mystères du background. C’est très certainement un compromis entre l’ouverture et le rythme à régler, dur de savoir où placer le curseur dans ce genre de titre, mais j’aurai préféré qu’il penche légèrement plus vers le côté narration. Question de goût sûrement, même si vous me direz que c’est un peu de ma faute, j’avais qu’à pas vouloir faire le jeu à 100%…

Horizon Zero Dawn est le nouveau standard du jeu vidéo moderne. Les développeurs ont pris tout ce qui fait l’essence du blockbuster d’aujourd’hui et l’ont sublimé pour proposer une aventure renversante, avec un gameplay réglé au poil et un nouvel univers passionnant, avec son identité propre et ses mystères, ainsi qu’une héroïne forte. C’est un pari osé mais réussi qu’ont fait Sony et Guerrilla, c’est rare de voir un jeu de cette envergure avec une nouvelle licence, et là ils se sont lâchés, chapeau.

Ça s’est senti que j’ai un peu aimé le jeu ou pas ?

Lire aussi l’avis de : Boulapoire (Gamekult), Philip Kollar (Polygon), Jeff Marchiafava (Game Informer),

6 réponses

  1. « exclusivement sur PlayStation 4 » Sniff. Si le dosage est aussi bien réussi que ton avis le laisse entendre, c’est d’autant plus dommage. Et puis y’a pas à dire c’est beau. Et à fond équivalent, plus la forme est réussie, mieux c’est. Mince ce jeu a l’air magnifique !

    En tout cas j’ai découvert ton site il y a peu, c’est clair, bien écrit et c’est un vrai plaisir de te lire, bonne continuation !

  2. J’ai lu ta critique et j’ai été plus que séduite. Je l’ai donc acheté il ya deux jours. Un grand merci, je me régale, et comme tu le dis, les cons n’inventent pas grand chose mais avec un subtil dosage magnifie l’ensemble.
    Bref, je repars en compagnie d’Aloy!

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