La horde du contrevent 1 : Le cosmos est mon campement, tempête pleine face

Les adaptations de La horde du contrevent d’Alain Damasio, c’est un peu du contre, comme dans le roman. La horde lyonnaise chargée du jeu vidéo s’est faite décimer par une tempête (coucou les copains), et l’équipe du projet d’animation est perdue dans les plaines du « on sait pas trop », on a jamais retrouvé leur scribe. Là-dessus, Eric Henninot il arrive et il balance « moi c’est bon, j’y vais solo pour le projet BD » (enfin presque, puisque Gaëtan Georges est là pour assurer la couleur). Couillu le bonhomme !

Le voilà parti avec son crayon et son couteau pour scénariser et illustrer le projet, et une armée de fans l’attendent au tournant. Le bouquin est tellement dense et « spécial » que c’est avec une certaine curiosité que j’ai ouvert ce premier tome, sorti le 18 Octobre. Nous y découvrons une bande d’enfants qui partent d’Aberlaas, cité de l’extrême-aval, pour remonter les vents terribles qui balayent le monde de l’extrême-amont toujours inexploré. Pendant des siècles, plusieurs hordes ont consacré leur vie à la recherche de l’origine des vents, nos héros sont la 34e à tenter le pèlerinage. Le lecteur assistera à leur départ pour très vite sauter dans le temps et les rejoindre sur la route, vingt-sept ans plus tard.

Ceux qui ont lu le roman tiquent déjà. Oui, il a changé des trucs ! Horreur, malheur, hérésie, qu’on l’enchaine à un rocher sous furvent. Henninot a pas mal remanié les choses, c’est quasiment indispensable pour rendre une adaptation BD digeste, qui ne peut compter que 74 planches et doit se passer de toute la densité du texte de Damasio, des jeux sur le rythme, les caractères et les points de vue. L’auteur a rendu l’entrée dans l’histoire beaucoup plus fluide, a diminué l’effectif de la horde tout en gardant les personnages emblématiques. Dès les premières pages on rentre dans la tronche du Golgoth qui braille et pousse tout le monde, on découvre la prose de Sov et on repose sur l’empathie du Prince. C’est bien là que la BD garde l’essentiel : la force des personnages, les prises de bec, les envolées de rage et de soutien, les hordiers qui font bloc. Et ce but, grandiose, ultime, absurde et essentiel en même temps : Vouer sa vie à l’exploration, à la cohésion ultime et la recherche de l’inconnu.

La mise en image de ce monde balayé par les vents est splendide. La bande dessinée comporte beaucoup de plans larges, de cases représentant les paysages taillés par les tempêtes, les plaines sculptées à sens unique par le flux. Le tout est appuyé par une colo pastel très légère, souvent quasi-monochrome, discrète mais parfaite pour son sujet. Eric Henninot arrive à donner un visuel à la menace du vent, tantôt fluide qui traverse la case de part en part, tantôt plein de turbulences et de chocs. Le trait est assez old-school, nerveux, fin, sec. Là où je suis (légèrement) moins enthousiaste c’est sur les character-designs qui manquent un poil de particularité. Si Caracole (superbe, d’ailleurs) et Golgoth sont toujours reconnaissables, on a parfois du mal à différencier au premier coup d’œil certains hordiers, et ils sont nombreux. Le contexte et les dialogues font le boulot et on s’y retrouve finalement, mais ça peut nuire un peu à la lisibilité.

Mais on va pas bouder son plaisir pour autant, cette adaptation de La horde du contrevent est une vraie réussite. Elle met le roman en pièces pour le réassembler, l’ajuster et le faire rentrer au poil dans son format. Le nouveau lecteur y découvrira cet univers atypique et mystérieux, et surtout une galerie de personnages inoubliables dans ce huis-clos en plein air. C’est simplement un chef-d’œuvre, en roman, et en BD (dont on attend maintenant la suite).

Lire les premières pages

 

8 réponses

    • Ça dépend ce qui t’a pas plu dans le roman. Si c’était la forme cryptique et les points de vue ping-pong, la BD est beaucoup plus simple à suivre, l’immersion est plus directe. Je pense que c’est une bonne alternative pour ceux qui étaient pas passé outre la forme obscure du roman.

      Après si c’est le sujet, l’univers, les personnages qui t’avaient pas plu, là ça reste la horde 🙂

  1. Je suis contente de lire un avis positif sur la BD, j’avais un peu peu d’être déçue tant le roman avait été une vraie claque. Je vais donc aller la lire de ce pas, merci ^^

  2. Autant j’ai détesté le roman, autant je serais davantage intéressée par La BD. Je l’ai vu en vitrine et je n’ai pas pu m’empêcher de faire la moue. Si le scénariste a remanié les choses, cela pourrait plus digeste et plus intéressant.

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