La route de la conquête, les petits bouts d’un grand empire

Ah, étendre son empire… Conquérir ses voisins pour leur apporter la civilisation parce que vraiment, vivre comme des sauvages ça va bien deux minutes mais faut être sérieux un peu. Cette forme d’arrogance à l’échelle planétaire continue de dominer le fonctionnement de notre monde (le vrai) aujourd’hui, mais Lionel Davoust en a aussi fait la colonne vertébrale de La route de la Conquête.

Ce recueil de 6 récits nous balade à différents moments de l’histoire d’Évanégyre, l’univers concocté par l’auteur depuis des années, des siècles, voire des millénaires… Non, p’t’être pas, on va dire seulement des années, toujours est-il que de nombreuses parutions à ce jour sont des pierres ajoutées à l’édifice de ce worldbuilding étonnant, que ce soit La voie du dragon, La route de la conquête ou son récent roman Port d’âmes. C’est d’ailleurs ce dernier que j’avais acheté tout d’abord, mais un Vil Faquin m’a donné un jour ce conseil avisé : « Découvrir Port d’Âmes après avoir lu La Route de la Conquête, c’est vachement plus delicioso » . Bon, faisons bien les choses, ne commettons point de sacrilège.

La route de la conquête donc, est  une suite de récits nous faisant faire des bons dans la chronologie de la conquête du monde pas l’empire d’Asreth qui entend unir tous les peuples sous sa bannière pour les unifier dans la paix. Mais si on doit leur péter la gueule pour ça, on va pas se gêner. Le premier de ces récits, portant le même titre que le recueil, est le plus gros du lot puisqu’il prend 150 pages sur les 350 qui constituent le bouquin. On y suivra la généralissime Stannir Korvosa, une légende parmi les siens, qui mène la septième légion dans l’assimilation des civilisations les plus reculées. Elle arrive au bout de son parcours, dans les steppes lointaines où vivent les Umsaïs, un peuple qui vit en paix et en harmonie avec son environnement. C’est un dilemme qui va bousculer celle qu’on surnomme la Faucheuse puisqu’elle devra apporter la grandeur et la protection de l’Empire à un peuple pacifiste, mais c’est le prix à payer pour garantir l’avenir du monde.

Je pense sincèrement que cette histoire est la porte d’entrée parfaite pour s’immerger dans Évanégyre. On y apprend, à travers un récit relativement calme et proche de ses personnages, les grandes lignes et les principes de cet empire. On y lit le mélange de fanatisme et de dévotion des conquérants, l’incompréhension des autochtones, et un bout de la vision plus globale, des petits indices disséminés qui nous font apercevoir la « Big Picture ». Car la conquête n’est pas simplement due à cette bonne vieille arrogance colonialiste. Il y a bien sûr cette histoire de ressources à ponctionner au passage, mais ils ont un idéal visant à garantir la paix. L’écriture fait ressortir à merveille cette ambivalence entre le texte guerrier et les déchirements éthiques que leur avancée inexorable provoque. La subtilité avec laquelle tout ça est mené est proprement renversante.

Le lecteur découvre aussi un univers fantasy/steampunk avec cette ressource énergétique à moitié magique qui permet de faire fonctionner des machines de guerre bien bad-ass, des armures de combats surpuissantes et destructrices qui entrent en scène si la diplomatie échoue. La cohérence de tout l’univers apparait dans la solidité du propos. En tant que Novella, La route de la conquête est déjà passionnant grâce à ses personnages hors-norme aux personnalités complexes, avec leurs convictions et leurs questionnements. Mais c’est quand on lit les textes suivants qu’on réalise sa puissance, qu’on revoit les petits indices qu’il disséminait déjà, les références et les jeux de miroirs.

Même s’ils sont plus courts, les autres récits du recueil sont de vraies merveilles qui nous baladent dans le temps et l’espace pour découvrir les grands moments de l’histoire de cet empire, souvent avec une perspective particulière, le point de vue d’une seule personne, un soldat, un défenseur, un diplomate. Chaque texte a une saveur particulière, un propos réfléchi et il est placé exactement au bon endroit dans le livre pour faire écho à un autre, pour répondre à une interrogation ou pour nous ouvrir une nouvelle perspective. Je vais pas entrer dans les détails de chacun pour vraiment laisser le plaisir de la découverte aux quelques personnes qui ne l’auraient pas encore lu mais la profondeur de cet univers est déjà enivrant, et on sent qu’on a seulement effleuré sa surface.

Cette première incursion dans le monde de Lionel Davoust est très convaincante. La qualité qui réunit toutes les histoires est sans aucun doute la perfection de ses personnages et la subtilité avec laquelle ils nous immergent dans leur problématique. Mais à ça s’ajoute tout le reste : l’inventivité de l’univers, la finesse de l’écriture, la puissance des scènes d’action. Et surtout l’impression d’avoir mis les pieds dans quelque chose d’énorme, un univers qu’on a envie d’explorer encore. Bientôt.

Lire aussi l’avis de : Vil Faquin (La Faquinade), Audrey (Too Many Books), Blackwolf (Blog-o-livre), Dionysos (Le bibliocosme), Xapur (Les lectures de Xapur), Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres),

8 réponses

  1. Oh, bien, dans ces conditions, je me félicite de ne pas encore avoir lu Port d’âme ; je vais avoir la Route de la conquête à lire avant !
    Merci pour ce billet fort alléchant 🙂

  2. Si j’ai apprécié port d’âmes et la volonté du dragon, j’avais quand même été un peu déçue. Je trouve que Lionel Davoust excelle vraiment dans le format nouvelle, c’est dans ce format que je l’ai découvert et adoré. La route de la conquête, c’est vraiment tout ce que j’aime dans ses textes. Je ne sais pas si je rachèterai un de ses romans, par contre, je signe les yeux fermés pour un autre recueil de nouvelles *.*

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