For Honor, Bourrino Blade

 J’attendais plus rien des grosses productions Ubisoft depuis un moment. Entre ses Assassin’s Creed dont le gameplay est resté bloqué en 2006, ses simulateurs de braconnages et ses jeux « Tom Clancy » (le pauvre auteur doit faire des triples saltos dans sa tombe tous les ans), l’éditeur semblait bien décidé à rester dans son délire mainstream jusqu’au bout. Et puis est arrivé Steep, mais c’est pas trop mon délire, et puis encore après est arrivé For Honor.

Pour être honnête, je l’attendais pas du tout, ce jeu. Depuis qu’ils avaient annoncé que ce serait un jeu multi-joueurs j’avais débranché mon cerveau de leur communication, parce que le multi-joueur c’est pas mon truc, je joue qu’à des aventures solo. Puis les premiers tests sont arrivés et tout le monde parlait d’un jeu original et différent, les vidéos montraient une ambiance subtile et poétique (heu…) tout à fait tentante. N’ayant plus rien à tester j’ai tenté le coup. Et voilà la baffe dans la gueule.

Grâce à un scénario d’une finesse à toute épreuve, For Honor met dans le même panier des Vikings, des Samouraïs et des Chevaliers, et « tapez-vous ! ». Et là vous entrez dans l’ambiance, vous entendez les cris des guerriers et les lames qui s’entrechoquent, vous prenez votre manette et vous poussez un bon vieux cri de guerre de votre choix. Là c’est bon, on est dedans. Chaque faction propose 4 personnages aux capacités différentes : Un gros bourrin, un solide défenseur, un assassin agile et une classe un peu hybride. On a donc 12 archétypes qui se jouent chacun différemment et, à l’image d’un jeu de baston classique chacun choisira son héros selon sa sensibilité.

Le jeu propose un mode solo avec un scénario, d’une durée de 5-6 heures à vue de nez. C’est pas franchement l’histoire la plus passionnante du monde mais l’univers est vraiment bien posé et, pour un amateur de fantasy bourrine comme moi, ça fait le job et on se prend pour un bon vieux Druss qui pourfend l’ennemi avec sa hache ou son épée. Mais ce mode a surtout l’avantage d’introduire en douceur (ce n’est pas sale) le gameplay et les différents personnages, tout en proposant une variété de situations rigolotes qui font qu’on ne s’ennuie pas et on apprend les ficelles. Bon, le solo vaut clairement pas l’investissement à lui seul donc si vous voulez pas jouer en ligne, ne vous y risquez pas, à moins de trouver le jeu sur un trottoir.

For Honor propose avant tout un gameplay assez novateur. Imaginez un jeu de baston 3D entre des guerriers médiévaux réalistes où la garde est aussi importante que l’attaque, sinon plus. Outre les classiques touches de coup faible, coup fort, et chope, on doit en effet gérer la direction de cette garde : Haut, droite ou gauche. La direction choisie définira aussi la direction où vous envoyez vos attaques. Et c’est là que tu commences à piger la profondeur du bousin. Trois directions pour chaque coup, trois directions pour chaque garde, plus toutes les subtilités de timing pour faire des contres, des combos, des esquives, etc… Bon, si j’ai pas été clair sur ce paragraphe, je vous invite à regarder les dizaines de vidéos qui trainent sur le net, ça sera plus parlant.

Ce qu’il faut retenir c’est que tout ce système donne des affrontements tendus et plutôt lents, où chaque adversaire feinte et observe pour savoir de quel côté attaquer. Une manche peut se terminer très vite, où durer aussi si les deux combattants prennent leur temps et parent bien. Ça rappelle un peu la philosophie de Bushido Blade à l’époque, des combats exigeants, de la technique et de la profondeur. Il faut aussi savoir que, gameplay nouveau oblige, on met un moment à se faire à la maniabilité, et les premières heures en multi sont une punition sévère. On se fait trancher la tête direct sans comprendre ce qui nous arrive, même en ayant fait tout le solo et les entrainements, le gap est assez violent. Mais après quelques fessées, on commence petit à petit à bien se défendre, à bien timer ses attaques et ses esquives, à survivre de plus en plus longtemps, puis enfin à expédier ce sale Jarl dans le Walhalla qu’il aime tant.

 Après son aventure solo/tutorial qui sert d’apéro, le titre propose en plat de résistance plusieurs modes multi-joueurs complémentaires : Des modes de duels 1 contre 1, 2 contre 2 ou même 4 contre 4, un mode Dominion en équipes où il faut gagner le plus de points en capturant des zones avec plein de petits soldats qui trainent au milieu. Le Dominion ou le 4v4 sont les moins subtils mais peuvent être très rigolos, avec des coups vaches, des attaques dans le dos, des combats épiques en 1 contre 3 parce que tous les copains sont morts. Les duels 1 contre 1 et 2 contre 2 sont plus techniques et avouons-le, moins joués. Mais ils permettent de s’améliorer vraiment au combat à proprement parler, alors que les modes à 4 peuvent tourner à la boucherie bien moins subtile.

Par-dessus ça y’aura bien sûr toute la panoplie de progression de personnage, équipement, personnalisation, etc… En jouant vous gagnerez du « fer » qui servira de monnaie pour acheter des objets en jeu. Évidemment, il y a une boutique en ligne pour que les riches achètent tout ça sans gagner le précieux métal à la sueur de leur front mais c’est un peu facile. Beaucoup de joueurs critiquent ce côté mercantile présent dans le titre mais franchement je m’en fous un peu, moi je n’achète rien avec mon fric et le jeu est très bien quand même, et si y’a des couillons qui veulent mettre de l’argent en plus après avoir payé 50 balles la galette, c’est leur problème et tant mieux pour Ubisoft. Pourquoi s’en plaindre si c’est optionnel ?

Non, moi je m’éclate bien sur ce jeu, à ma grande surprise ! Oh je suis pas le meilleur joueur du monde et je me fais défoncer assez régulièrement mais j’arrive globalement à bien m’en sortir et à m’amuser. Que ce soit en Dominion ou Elimination 4v4 quand je veux du bourrin bordélique, ou en duel si je veux des affrontements tendus, j’enchaine les parties sans regarder l’heure. Je prends du plaisir à baigner dans cette ambiance qui nous change des simulateur de meurtre à distance pour lâche, là on sent l’hémoglobine nous sauter au visage, on sent la violence des impacts et l’épiquitude des combats. Les personnages sont tous sympas, leurs animations sont vraiment impressionnantes, l’apprentissage de chacun est gratifiant et on sent vraiment qu’on progresse au fil des parties, que demander de plus ?

Alors oui, pour chipoter on pourrait demander des musiques un peu plus variées, parce qu’au bout d’un moment, les trois percussions guerrières elles saoulent ! On a l’impression d’avoir toujours la même boucle dans les oreilles ! Et dans la catégorie des défauts on pourrait aussi ranger les menus complétements bordéliques et contre-intuitifs, on s’y habitue mais les premières heures on se perd vraiment dans les interfaces. J’ai mis dix minutes à trouver où ouvrir les coffres de loot que j’avais gagnés et qui me narguaient là-haut, à côté de mon pseudo…

De plus, on voit beaucoup de gens descendre le jeu à cause de son système réseau, les joueurs (surtout PC) lui mettent une note de merde simplement parce que le jeu utilise un système de peer-to-peer qui gère mal les déconnexions. Les reviews sur steam sont assez catastrophiques mais sur PS4 j’ai eu que quelques cas de parties interrompues, pas franchement de quoi gâcher le jeu. Par contre, avoir une connexion obligatoire même pour jouer le solo ou des matches contre l’IA c’est vraiment chiant. J’ai du recommencer une mission solo où j’étais presque à la fin parce qu’il y a eu une « maintenance réseau » juste à ce moment-là.

Mais à part ces détails, For Honor est un jeu très satisfaisant, novateur, précis et bourrin à la fois. Il faut rendre hommage à Ubisoft qui est enfin sorti de sa zone de confort pour prendre un petit risque et livrer quelque chose de solide, de frais. Ça me ferait chier que ce jeu se plante et que leur jeu de tir sur dealer colombien marche, je perdrai le peu de foi en l’humanité qu’il reste dans mon petit cœur. Mais pour le moment, je continue à progresser dans l’art de trancher des têtes. Avec honneur.

Lire aussi l’avis de : ExServ (Gamekult), At0mium,

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