Des garçons bien élevés, mort aux porcs et gloire aux toutous

 J’ai encore une fois eu le plaisir de recevoir un bouquin de la part de Babelio via leur Masse Critique, cette fois-ci c’était une opération spéciale pour la sortie de Des garçons bien élevés, roman d’un auteur anglais, Tony Parsons. Bon, les policiers qui promettent monts et merveilles, j’me méfie un peu, ça a pas toujours été une franche réussite mais je suis toujours curieux de découvrir un nouvel auteur.

Le roman est présenté comme le nouveau phénomène du thriller outre-manche (obviously), traduit et distribué dans notre fière patrie par les éditions de la Martinière. La couverture présente trois cochons dans un paysage rural, une photo sans grand intérêt recouverte de l’éternel filtre noir « parce que c’est un polar », faut vraiment que les éditeurs de thrillers innovent un peu dans le graphisme parce que là… Bon, vous me direz, ils font sûrement ça pour une raison et leurs chiffres de ventes doivent être plus parlants que mon pauvre avis artistique. Mais heureusement pour nous, on est là pour lire un livre et pas pour une expo de photomontages !

L’histoire commence par une scène où sept jeunes hommes séquestrent et violent une jeune fille, joie et bonne humeur. Vingt ans plus tard, un riche banquier est retrouvé égorgé d’une oreille à l’autre et une inscription de sang orne un mur de la scène de crime : « Porc ». C’est ici que nous ferons la connaissance de notre héros, Max Wolfe, enquêteur un peu tête brûlée fraichement catapulté au bureau des homicides. Il va donc fouiner dans cette affaire qui est évidemment liée aux sept jeunes enfoirés du début, l’enquête nous plongera dans les arcanes de la bourgeoisie anglaise et des écoles d’élite du pays.

Sans rien spoiler, on peut dire que la trame principale est largement déjà-vue, peuplée de clichés sur les riches privilégiés, les militaires et les grandes écoles élitistes qui cachent de lourds secrets. C’est pas franchement l’aspect le plus intéressant du livre mais de notre point de vue de lecteurs français, c’est très rafraichissant de se plonger dans le système et la hiérarchie anglaise, ça change des éternels LAPD-CSI-FBI. On rigole un grand coup quand on nous explique que les policiers ne portent pas d’armes à feu en Angleterre parce que c’est stupide (grosso modo…).

Malgré le classicisme absolu de l’affaire racontée, le livre se lit très rapidement et avec plaisir grâce à une écriture simple et des personnages convaincants. Max est un policier doué mais pas infaillible, il élève seul sa fille de 5 ans Scout à qui il a achèté un petit chien de race Cavalier King Charles, Stan. Ce dernier est sans doute le meilleur personnage secondaire de roman policier depuis des années. Sans rire, par ce petit toutou Tony Parsons arrive à créer tout un univers familial crédible et attachant autour du héros, c’est précisément le point fort du roman. Nous assistons à des scènes de familles banales et joyeuses qui contre-balancent un peu le côté sombre de ce genre d’histoires et lui donne un ton moins déprimant que la plupart des thrillers.

Et à partir de là on nous construit tout l’entourage de Wolfe, ses collègues, chefs, connaissances, amis, tout son univers est convaincant. Les promenades avec Stan et Scout offrent des respirations bienvenues mais on accompagne aussi Max lors de ses pauses-défouloir à la salle de boxe de son pote Fred. Et au cœur de l’enquête (oui parce que les balades c’est rigolo mais on a un tueur à choper, accessoirement) nous faisons la connaissance des autres membres du staff de la police qui ont chacun leur personnalité sans être des clichés ambulants, spécialité du genre depuis 20 ans.

stanSTAN IL EST TROP MEUGNON !

Les dialogues sont légers, les comportements crédibles, le rythme très bien géré. Au final j’ai plus accroché à l’univers général du roman qu’à l’affaire précise qu’on nous raconte. J’ai d’ailleurs trouvé dommage d’attaquer le livre par cette scène de flashback où on nous montre l’agression de la jeune femme, dès le début on connait donc le mobile des meurtres futurs. Pourquoi ne pas avoir commencé l’enquête normalement par la découverte du banquier assassiné et laisser le lecteur découvrir cette vérité en même temps que les inspecteurs qui mènent l’investigation ? On perd une des ficelles principales du suspense vu qu’on nous la dévoile dans les premières pages… Mais je suppose qu’attaquer sur une scène choc est plus vendeur.

C’est le premier thriller de cet auteur mais ce n’est pas son premier livre, il s’est déjà illustré avec Un homme et son fils et ses deux suites. Cette trilogie, trouvable chez j’ai lu avec une couverture de bouse sentimentale atroce qui fait vomir des licornes, explore déjà la vie d’un père célibataire dans un registre de comédie romantico-familiale légère (d’après les critiques). Je ne l’ai pas lue mais on comprend mieux les points forts et les points faibles de ce livre-ci dans le contexte, Tony Parsons sait construire des personnages et un cadre familial touchant, mais c’est sa première incursion dans le genre policier et il s’accroche un peu aux branches de ce côté-là.

Des garçons bien élevés est un début réussi malgré une affaire de vengeance trop classique et téléphonée, il se rattrape par ses personnages attachants et crédibles. C’est une lecture rapide et simple, pas un chef d’œuvre mais un livre léger tout à fait recommandable pour lire sur la plage à Noël. Je lirai avec plaisir la suite des aventures de Max, en espérant que l’auteur saura nous offrir une enquête plus originale et digne de son héros dans la suite « The slaughter man » déjà disponible en VO.

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