Blizzard, le secret des esthètes, Winter is running

Blizzard – Le secret des esthètes est la nouveauté fantasy des éditions Mnémos, ça sort du four et ça crépite encore. J’aime bien cet éditeur, ils sortent peu mais souvent de belles choses… et d’ailleurs faut toujours que je ponde une critique pour l’excellent Chien du Heaume, je traine… Mais c’est pas le sujet du jour, ici Pierre Gaulon nous est présenté comme un nouveau venu dans le genre même s’il officie déjà dans le monde du thriller (pas les zombies qui dansent en veste rouge, les livres).

Le présent roman se penche sur les aventures de Chasseur, qui coule de jours heureux mais un peu frileux en compagnie de Blizzard, vieil homme avec qui il s’est exilé dans les terres glacées du nord des années plus tôt pour fuir le régime un poil totalitaire de l’Inquisiteur. Bien sûr, leur tranquillité va être un peu bousculée lorsqu’un groupe de militaires de la fédération va venir les déloger, cherchant manifestement Blizzard. C’est le début de la fuite à travers les montagnes pour Chasseur, qui sera lui aussi traqué. On fera également la connaissance de Iak, jeune homme très en colère après la mise à sac de son village par le même groupe armé. Les destins des deux jeunes hommes vont se croiser dans leurs quêtes respectives, essayant chacun de comprendre ce qui leur arrive et comment ils se sont retrouvés au milieu d’une guerre qui a commencé il y a bien longtemps.

Blizzard est un roman plutôt court qui démarre doucement, j’ai beaucoup apprécié le début très intimiste où l’auteur décrit la nature glacée, rude et sans pitié de son monde, où chaque sortie revient à risquer sa vie face à l’environnement hostile, les terres enneigées et sauvages sont envoutantes. La construction initiale des personnages est très plaisante, Chasseur et Iak partent vraiment bien et le style de l’auteur est fluide et agréable. Le monde va ensuite se révéler à nous autant qu’aux héros et on va en apprendre petit à petit un peu plus sur l’inquisiteur, sur l’ordre des mages que ce dernier veut éradiquer et sur l’origine du froid polaire qui a soudain envahit le royaume.

Cependant, plus j’ai avancé dans le roman, plus j’en apprenais sur l’univers de Blizzard et moins j’étais charmé. Le monde qui se dévoile dans ce livre est finalement très classique, déjà-vu, à la limite du désuet. L’inquisiteur se révèle être un méchant qui veut semer le chaos dans le monde parce que… Il est très méchant et donc veut faire le mal, mais à part ça, très peu de justification et de personnalisation. Et on assiste à une fuite perpétuelle des héros qui sont traqués parce qu’ils ont un artefact magique en leur possession, objet que tout le monde veut parce qu’il est trop puissant, donc le méchant le veut, et le gentil veut pas que le méchant l’ait, évidemment. On a droit au sempiternel sorcier-figure paternelle énigmatique qui cachait son identité et se sacrifie pour laisser fuir son protégé avec l’artefact trop bad-ass (Fuyez, pauvre fous !). On découvre également un peuple d’ingénieurs légendaires qui vit dans des souterrains, s’ils faisaient moins d’1m30 et avaient des grosses barbes on finirait par se demander où dort Sauron.

La seconde partie du roman est donc une succession de scènes déjà-vues ailleurs, de situations assez classiques recompilées et enchainées presque trop vite, on a l’impression de voir une « encyclopédie des scènes dramatiques de fantasy ». On arrive même au tournoi de gladiateurs où le héros va se battre pour remporter la finale et se retrouver face au tyran duquel il veut se venger (MAXIMUS ! MAXIMUS ! MAXIMUS !) mais même ça on arrive pas au bout, ça enchaine sur autre chose, on cavale encore et encore. Les évènements  s’enchainent mais on a très peu de résolution satisfaisante, lorsqu’une situation s’installe on commence à s’y intéresser et paf, on passe à autre chose, on perd le lien avec les personnages et ils sont survolés sur toute la fin du livre, et beaucoup de personnages secondaires vont apparaitre, presque trop pour un livre aussi court.

Pourtant ça reste plutôt plaisant à lire, on passe un bon moment grâce à la plume agréable de Pierre Gaulon mais une fois le livre terminé, je n’en retiens pas grand chose à part cette fuite en avant constante et cette forte impression que m’a fait le début du roman dont les promesses étaient grandioses mais se perdent dans une avalanche de passages trop rapides, mal dégraissés et empilés les uns sur les autres sans véritable liant, et sans laisser le temps à la sauce de vraiment prendre.

Lire également les avis de : Allison (Allisonline), Nicolas Soffray (la Yozone), BlackWolf (Blog-O-Livre)

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