Annihilation, Camping et nature bizarre

Annihilation est le premier tome d’une trilogie intitulée Le rempart sud, par Jeff Vandermeer. C’est un tout petit bouquin de 200 pages et des bananes édité au Diable Vauvert et qui vient de sortir en popoche chez Le livre de poche. Il est tout petit mais il a fait du bruit, quand je l’ai acheté le libraire m’a regardé avec des yeux qui brillent, « Oh il est trop cool, vous allez voir ». Voyons donc.

Le principe est assez simple, une équipe de quatre scientifiques est envoyée étudier une mystérieuse « Zone X » apparue… Quelque part… Elles (les scientifiques en question sont toutes des femmes) sont la douzième expédition à partir dans cette région bizarre où toutes sortes de biotopes coexistent, et des phénomènes inexplicables surviennent. Nos exploratrices ont chacune leur spécialité, nous avons une géomètre, une anthropologue, une biologiste qui sera narratrice, et enfin une psychologue chargée de maintenir le moral des troupes. La biologiste, qui ne sera désignée que par son job comme tous les personnages, va nous raconter sous forme de journal toutes les bizarreries qui sont arrivées à son équipe. Entre formes de vie inconnues, architectures intrigantes et paranoïa, c’est pas vraiment les meilleures vacances du monde.

Le maître mot est ici l’étrange, on a l’impression de découvrir une planète alien en compagnie de la biologiste qui va farfouiller dans les mousses et lichens pour découvrir l’inconnu, sauf qu’on est bien sur Terre à priori, le voyage pour arriver jusque là est assez flou. On retrouve cette obsession pour les zones d’ombres dans tout le roman, Jeff Vandermeer explique très peu de choses au final, tout est laissé un peu comme ça au milieu. Si vous aimez avoir toutes les réponses à un mystère, vous allez rester sur votre faim, on va assister à toutes sortes de phénomènes inexpliqués qui vont mettre la cohésion (à la base quasi-inexistante) de l’équipe à rude épreuve. La sensation d’explorer une terre inconnue et étrange est extrêmement bien retranscrite, on est vraiment découvreur de mystère aux côtés de la biologiste-narratrice, c’est la grande réussite de ce premier tome.

Cependant, j’ai trouvé que cette réussite était contre-balancée par la faiblesse des personnages et de leurs interactions. On apprend un peu le passé de la biologiste à travers quelques flashbacks dévoilant son background et son caractère mais on peut résumer ce personnage par… Et bien… C’est une biologiste antisociale quoi, elle adore regarder des petites bestioles et n’aime pas trop les gens. Du coup, dans son compte-rendu, il n’y a pas vraiment d’empathie pour elle, et par extension pour tous les autres. Les discussions et les comportements au sein de l’équipe sont incroyables de stupidité pour un quatuor d’experts, ça boude, c’est pas d’accord, ça n’a strictement aucun protocole sérieux. Et à la base, quand tu veux explorer une zone étrange et inconnue, tu envoies que quatre personnes à peine préparées ?

Certes, les intentions floues de leurs commanditaires sont une des ficelles sur lesquelles l’auteur va tirer pour installer encore plus de suspense. Même à la fin de ce premier tome, on ne sait toujours pas trop qui ils sont et pourquoi ils agissent comme ça. Peut-être qu’envoyer une équipe d’incompétentes pas préparées et pas foutues de bosser ensemble était une méthode (Dans Prometheus ça marchait tellement bien) ? Peut-être que n’en envoyer que quatre, c’était pour éviter qu’une bonne idée émerge du travail de collaboration et qu’on ait une protection efficace dans un milieu clairement hostile ? Je dois avouer que cacher tout un tas de trucs illogiques sous le tapis du mystère « vous êtes dans la trouzième dimension » sans répondre à rien à la fin, j’ai eu du mal. Ça n’enlève rien à la qualité de l’exploration et de la découverte de ce monde étrange, mais sans vrai personnage ni interaction logique, j’ai trouvé ça extrêmement froid.

Annihilation est un petit roman qui vous séduira si vous aimez les mystères, l’exploration de bizarreries et les questions sans réponse. On découvre une Zone X où les énigmes se bousculent et la fascination s’installe, mais si vous cherchez un peu d’humain et d’interaction il faudra aller voir ailleurs… Peut-être dans la prochaine adaptation cinématographique avec Natalie Portman, ou alors dans la suite (Autorité, qui vient de sortir) ? On sait jamais.

Lire aussi l’avis de : Samuel Ziterman (Lecture 42), Xapur (Les lectures de Xapur), Vert (nevertwhere), Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres), Blackwolf (Blog o livre), Lune (Un papillon dans la lune),

21 réponses

  1. En fait, tu pointes exactement les éléments qui ne m’ont pas inspirée pour la lecture de ce premier tome : le manque d’humain et d’interaction alors que le reste à normalement de quoi me séduire. Ja vais donc de mon côté attendre la sortie du tome 3 pour voir si je lirai ou pas cette trilogie qui m’interesse mais qui posséde quelques bémols à mes yeux.

    • Ce premier opus étant assez court, tu as tort de ne pas te laisser tenter. C’est assez étrange mais très prenant.
      Et le détachement de la biologiste est à mon sens pleinement lié à l’histoire et au lieu.

      Pour le second tome je suis plus réticent, il fait le double de pages et j’ai peur de m’ennuyer sur la longueur…

  2. J’avoue que j’ai abandonné ce livre au bout de 70 pages et c’est exactement pour la raison qui à fait que tu as moins aimé, le coté humain ne me semblait pas naturel/froid et il me manquait quelque chose pour vraiment me donner envie de continuer =)

  3. Il me semblait que le fait qu’elles soient peu préparées et peu équipées était justifié dès le premier tome, pour ne pas corrompre les données recueillies et ne pas prendre de risque. Mais j’imagine que si on accroche pas, la lecture n’est pas la même. Personnellement l’amour de la nature qui transparaît à travers les pages m’a totalement conquis, en occultant peut-être le reste.

    • Certes, mais ça serait rationnel dans un espace expérimental maitrisé de rien dire pour laisser les scientifiques vierges de toute influence et avoir un regard neuf. Mais dans un lieu inconnu, étrange et dangereux, c’est largement au-delà de la faute professionnelle.

  4. Je pourrais difficilement être plus en désaccord avec ton point de vue. J’ai trouvé les personnages convaincants et l’intrigue logique, bien qu’elliptique. Pour moi, c’est un chef d’oeuvre.

  5. Il est dans ma PAL depuis les Uto (sur les conseils de Samuel Ziterman) Contente de lire un autre retour sur ce roman, même s’il est un peu plus mitigé 🙂

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