Trail of lightning, Dumb and furious

Si il y a un genre que je connais mal, c’est l’urban-fantasy. J’ai bien lu quelques titres qui tombent dans cette catégorie mais l’image du genre en France a tellement été mélangée avec la paranormal romance que j’ai peur de me perdre dans le purgatoire de la mauvaise bit-lit et des couvertures douteuses (coucou Milady). Mais quand j’ai lu des avis à propos de Trail of lightning de Rebecca Roanhorse, j’me suis dit « Hé, ça a l’air cool ça ». En plus il était nominé pour les hugo cette année !

Trail of lightning se déroule dans un futur où plusieurs catastrophes naturelles ont défoncé la planète. Maggie est une amérindienne Navajo, chasseuse de monstres dans une ancienne réserve abritée par un mur géant, où son peuple a repris les commandes. Elle broie du noir dans sa caravane depuis plusieurs mois quand les habitants d’un village voisin lui demandent de secourir une habitante enlevée par un monstre. De fil en aiguille elle va remonter la piste de la bestiole et chercher d’où elle est sortir. Notre chasseuse va être épaulée par Kai, jeune « medicine man » beau gosse et beau parleur. Pour ajouter un peu de piquant, Maggie est en quelques sortes l’équivalent local d’un berserker, donc elle peut être redoutable dans une baston, mais assez incontrôlable.

On a affaire à un background original et accrocheur, Rebecca Roanhorse propose un monde qui se remet d’une apocalypse écologique en y mélangeant sa culture Navajo. Cet aspect est très réussi, on apprend petit à petit ce qui s’est passé lors de la « Big Water », on a également toute la magie des clans et les créatures surnaturelles qui changent des vampires/loup-garous/zombies. On a aussi parfois des mots rigolos comme « K’aahanáanii ». Les personnages de cet univers ont des pouvoir qui se réveillent lors d’un moment traumatique, un peu dans le genre des X-Men. Le mode Berserk de l’héroïne en est un exemple mais on en verra d’autres dans le roman. Vraiment, tout l’univers de la série The sixth world est prometteur. Dommage que le reste ne suive pas.

L’autrice nous présente une protagoniste over-bad-ass qui défonce tout le monde avec ses talents de tueuses, les premiers chapitres sont un régal de baston et de coolitude. Mais quand on se repose un peu après ce premier acte, ça commence à partir en vrille. La pauvre fille est à la fois dépressive, super-énervée en permanence (c’est fatigant) et bizarrement très passive dans l’histoire. Elle se contente de foncer dans le tas pendant tout le bouquin, elle sait taper donc elle tape. Mais elle se fait balader par à peu près tout le monde, elle ne prend jamais l’initiative et se contente de faire ce qu’on lui glisse à l’oreille. « Tiens, va là-bas et rapporte-moi ça », « Oh, tiens, prends cet artefact et va là-bas », « va te battre contre lui ». Et à la fin, oh, surprise, on t’a manipulée. Sans déconner, on l’avait pas vu venir !

Mags est assez traumatisée par la relation (abusive ?) qu’elle a eu avec son mentor et surtout son départ, c’est à peu près le seul truc qui définit son caractère torturé et violent. L’ombre de ce gars la plombe pendant toute l’aventure, mais d’un autre côté on a le « trop sexy » Kai qui flirtouille avec elle. Puis tout le monde lui répète que ça lui ferait du bien de se le taper. Mais non, elle est blasée. Elle voit qu’il est trop trop beau, mais on l’y prendra pas, non. Ah, quoique. Oh mais est-ce qu’on irait pas vers une romance pourrie avec le beau gosse de service ? Pourquoi se fatiguer à pondre une héroïne censément « forte » si elle ne fait jamais rien par elle-même, et ne se définit que par les hommes qui décident pour elle ? Et même son look ne lui appartient plus vu qu’on a une scène de « makeover » à se taper la tête contre les murs, et après quoi tous ces messieurs la regardent, ébahis, « oh que tu es bad-ass maintenant qu’on t’a habillée et maquillée ».

Tous ces éléments secondaires finissent par prendre tellement de place (et me prendre la tête) qu’on a du mal à suivre la trame principale très décousue. J’ai par moments eu du mal à me rappeler l’objectif en cours à force de se faire promener. A la fin on se rend compte que l’histoire qu’on vient de nous raconter est extrêmement simple et directe. On a pris des détours dans tous les sens donc quand on retombe sur nos pieds, on se dit « Tout ça pour ça ? ».

Et voilà, merde alors, je voulais lire de l’urban-fantasy de qualité mais je tombe sur une héroïne complètement immature et une romance torturée à la con qui prend beaucoup trop de place. C’est presque un cliché. Mais je n’abandonnerai pas ma quête. Je trouverai des romans de qualité dans ce genre si bordélique.

13 réponses

  1. Excellente critique d’un bouquin que je n’ai pas eu le courage de finir.
    En urban fantasy, je garde un très bon souvenir de War for the oaks d’Emma Bull (non traduit), Le Dernier magicien de Megan Lindholm (Robin Hobb) et des Kadrey que j’avais publiés chez Denoël : Butcher Bird et Sandman Slim, déjantés et tarantiniens pour les dialogues improbables. Neverwhere de Neil Gaiman est un incontournable. Il y en a pleins qui sont bons. Pas du tout contemporain, Aquaforte de K. J Bishop était très urbain / hyper chouette. Pareil pour Le Baiser du rasoir de Polansky dont Bragelonne n’a pas publié les suites.

  2. Je ne suis pas fan d’urban fantasy non plus et ce n’est visiblement pas avec ce roman là que je vais me réconcilier avec le genre… Merci pour la découverte quand même 😉

  3. J’ai vu que sur Goodreads une partie des lecteurs l’avaient classé en YA, du coup je me doutais que ce n’était pas aussi bien que ça en avait l’air sur le papier.

    En fait ça m’a fait penser à la hype autour de Borderline de Mishell Baker il y a quelques années. Sur le papier c’était cool, avec une héroïne handicapée et bipolaire et tout le monde non-lecteurs d’UF avait été enthousiasmé. Alors que moi j’avais trouvé l’intrigue d’un banal pas possible et ne se démarquant pas du tout des autres.

    Si tu veux de l’UF qui vaut plus le coup tu peux tenter les Eric Carter de Stephen Blackmoore par exemple. Je pourrais te faire une liste un jour x)

    • Ouais, un guide de lecture UF ! 🙂
      J’avais repéré ce bouquin surtout grâce a la vidéo de sff180, je pensais qu’il serait un peu plus fiable… GR parfois ça dit tout et son contraire…

  4. Ce bouquin, c’est un peu devenu une des références, ces derniers temps, en matière de « on en parle beaucoup, alors qu’il n’y a vraiment pas de quoi ». Je trouve ça bien que tu préviennes les gens qui ne suivent pas l’actualité de ne pas se lancer là dedans, ou disons pas avec de grosses attentes. Ou même des attentes tout court 😀

    • Le seul mérite de ce bouquin est d’aborder la culture Navajo mais même la, apparemment y’a des controverses de spécialistes (plusieurs critiques en parlent sur GR)
      Mais globalement j’ai l’impression que beaucoup de lecteurs (surtout ricains) s’enthousiasment pour un bouquin simplement parce qu’il a un aspect « diversité » un peu inédit… Même si le reste est pas terrible

  5. Mes recommandations en urbant : Magie brute de Larry Correia.
    Bon le problème c’est que je sais pas si ça peut être défini par de l’urban. Mais en tout cas ça m’y a fait penser et j’ai adorer.

    Et Dresden Files qui est moi quasi parfait 😀

    Merci pour tes critiques, pour l’instant tu as un quasi sans faute (pour mes goûts) pour tes recommandations (chevauches brumes ne m’avait pas emballé, je l’ai pas fini…)

    Merci!

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