The rage of dragons, Guerrier vénère

Allez, j’ai besoin d’une bonne dose d’épiquitude là ! Donnez-moi de la baston, de l’héroïsme et des personnages marquants ! Une inspiration africaine ? Génial ! Un mélange entre Gladiator et Game of thrones ? Je te crois pas, sale marketeux, mais balance quand même ! Hé, salut The rage of dragons d’Evan Winter, tu as une belle couverture, tu sais.

Préparez-vous, ça va saigner. Les Omehi ont envahi la péninsule de Xidda pour fuir leur pays et l’ennemi qui a failli les exterminer, ils ont poutré les autochtones qui trainaient là pour se faire de la place. Malgré leur infériorité militaire, les locaux ont continué le combat depuis des centaines d’années dans une guerre sans fin, alimentée par leur nombre impressionnant. Aujourd’hui, Tau est un jeune guerrier d’une caste inférieure Omehi qui va bientôt passer son test militaire, mais il est pas vraiment passionné par la baston donc il y va à reculons. Une cascade de drames (qu’il serait dommage de révéler) va pourtant changer son état d’esprit et lui donner un but. Tout a changé : il compte bien passer les épreuves, suivre les formations, surpasser tout le monde et accomplir sa vengeance, sa détermination n’aura aucune limite. Sa rage va le porter aux limites de ses capacités, et même au-delà.

L’univers de The rage of dragons est d’inspiration africaine et c’est sa première particularité extrêmement agréable. Le lecteur est dépaysé grâce aux noms (parfois un peu déstabilisants aussi), aux coutumes, aux structures sociales, on découvre vraiment un nouveau monde et on a pas l’impression de se retaper les schémas classiques de monarchie européenne. Les Omehi ont une culture complètement tournée vers la guerre, tous les hommes sont testés pour devenir soldats, et les femmes pour devenir « douées », de rares mages qui peuvent puiser de l’énergie dans un monde démoniaque et faire des trucs complètement dingues. Mais tout ça est également divisé en castes très codifiées. Les nobles sont grands, forts et ont une meilleure formation, les « Lesser » (moindres ?) sont plus petits, moins costauds, et servent dans des escouades de piétaille. Et il y a des classes encore inférieures qui servent d’esclaves ou de vraie chair à canon.

Tau est un Lesser, dans ce contexte il ne peut espérer surpasser les Nobles qui ont des avantages génétiques et environnementaux qui installent d’énormes inégalités. Tau n’est même pas le plus balèze des Lesser, comment peut-il espérer surpasser ce que son rang lui dicte comme inaccessible ? Il va s’entrainer plus que tout le monde, plus dur, plus longtemps, à le rendre fou. Il faut noter qu’on a là un roman de formation à la structure assez classique, Tau va suivre son entrainement et passer des épreuves intermédiaires avec son unité pour atteindre son but. La plupart des évènements et des challenges se produisent dans ce contexte, et jouent énormément avec inégalités qui séparent les Lesser et Nobles. Ce qui se passe à l’extérieur de ce contexte de formation, la vraie guerre contre les Hedeni, n’a pas encore de place centrale mais installe son univers indirectement… du moins jusqu’au grand final qui s’ouvre sur le monde, encore une fois, structure classique.

Le cœur du roman, cette formation et ces épreuves, gagne en force et en efficacité grâce à la galerie de personnages secondaires qui entoure le protagoniste. Le formateur Jayyed va pousser ses élèves à se surpasser car il a aussi un but secret. Ses camarades d’escouade vont petit à petit devenir sa famille, le soutenir et le confronter face à sa détermination admirable mais qui vire vite au malsain. La belle Zuri va poser une romance contrariée au milieu de tout ça. Et on arrive peut-être au seul défaut de ce roman. C’est quand même bourré de plein de clichés du genre. Les méchants, les camarades, l’histoire d’amour, la vengeance, on peut avoir l’impression d’une soupe dans laquelle on aurait jeté tous les classiques de la fantasy avec une déco africaine. On regrettera également des personnages féminins un peu limités à des archétypes et assez absents de tout contexte guerrier alors que cette civilisation est présentée comme dirigée par les femmes, et honorant une déesse, du coup ça fait bizarre.

Malgré tout, ça fonctionne extrêmement bien pour plusieurs raisons. L’écriture d’Evan Winter est d’une efficacité bluffante, on est embarqué dans ses baston, dans ses dilemmes, aux côtés de ses personnages. Il y a de l’épique et du rythme, des scènes de combats hallucinantes. Et j’ai même pas encore parlé de la magie, de cet Underworld peuplé de démons dans lequel les « Douées » puisent leur force mais qui a un énorme coût (et c’est un peu gore). Là encore, la découverte se fait petit à petit donc je vais pas tout détailler, mais l’utilisation de cette force par les Omehi a un prix et des effets dévastateurs, terrifiant.

Surtout, l’auteur arrive à jongler avec certains de ces clichés pour rendre son histoire très non-manichéenne. Après tout on suit réellement l’histoire du côté des envahisseurs, qui dans une aventure bien basique seraient toujours les méchants. On parle de guerre absurde, de société élitiste et violente. Et la quête de vengeance jusqu’au-boutiste de Tau est questionnée parce qu’il dépasse très très souvent les bornes. En face, les « méchants » nobles ne sont pas forcément tous de cruels salauds. Cet équilibre constant qui refuse de tomber dans la facilité rend le roman prenant. Le héros est fascinant dans ses défauts, son aveuglement, sa détermination, sans pour autant tomber dans le piège de « l’abruti horripilant qui comprend rien ». Tau devient peut-être un héros, mais c’est pour des raisons très critiquables.

Premier roman d’Evan Winter, The rage of dragons propose une fantasy épique dans un cadre dépaysant, qui emporte le lecteur dans une tempête de sentiments puissants et de combats épiques. Il a quelques défauts, utilise pas mal de schémas éculés, mais arrive à en faire quelque chose et à donner envie de découvrir la suite.

Ah, et oui, y’a du Gladiator là-dedans, et non, y’a pas beaucoup de Game of thrones là-dedans. Encore du name-dropping à la con.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis),

7 réponses

  1. (merci pour le lien)

    Oui, j’ai été bluffé par le côté prenant de l’écriture moi aussi. Excellente critique, bravo ! La suite, The fires of vengeance, débarque le… 14 juillet 2020 : ça va être la fête 😀

  2. Bon
    encore un roman qui doit rejoindre mes rangs. juste un de plus, puis un de plus, puis… enfin, tu as compris. Et comme il est en Afrique, là c’est un énorme plus.
    Oui, moi aussi, j’ai besoin d’épique!

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