Le sorceleur 2 : L’épée de la providence, Droit de surprise

Depuis ma lecture du premier recueil de nouvelles du Sorceleur, l’univers de Geralt a connu une adaptation télévisée, des couvertures potables chez Bragelonne, et j’ai enfin terminé la dernière extension de The witcher 3 : Blood and Wine. Il était peut-être temps de continuer la lecture du matériau d’origine, non ?

Comme le premier tome, L’épée de la providence est aussi un recueil de nouvelles qui va petit à petit nous présenter les protagonistes et éléments de cet univers. D’une chasse au dragon pleine de dangers et de gros bourrins, aux combines d’un doppler fourbe, en passant par les méandres amoureux de Geralt et Yennefer, ou encore une relecture de la Petite Sirène, le bouquin alterne avec malice différents rythmes et types de récits tout en gardant une unité dans son univers et ses personnages. Je vais pas détailler chaque histoire, mais dans l’ensemble elles vont creuser les relations entre Geralt et son entourage, le sorceleur étant souvent accompagné, soit par Yennefer, soit par le facétieux Jaskier. Ayant vu la première saison de la série avant ma lecture, une bonne partie des histoires m’étaient déjà connues, mais je les ai lues avec plaisir parce que l’auteur manie bien sa plume, les dialogues sont marrants, et l’ambiance est très travaillée.

Puis il y a les dernières nouvelles qui, l’air de rien, convergent vers ce qui semble être le point de départ du prochain tome (ceux qui sachent sachent). Un nouveau personnage entre dans la vie de Geralt de manière totalement inattendue, grâce à cette tradition marrante du droit de surprise que Sapkowski nous présente. En guise de paiement, Geralt peut demander « ce que tu possèdes déjà et dont tu ignores encore l’existence », et nous voilà partis vers une jolie mise en place du thème de la destinée, cette providence du titre, qui veut décidément pas nous laisser tranquilles. Mais l’auteur nous présente tout ça de manière un peu fourbe et désordonnée, le lecteur comprend petit à petit où il veut en venir et c’est ludique, un peu comme la série qui a tant désarçonné les spectateurs pas très attentifs. Et c’est ainsi que petit à petit, la « famille » de Geralt prend forme et on a hâte de les voir se lancer dans une aventure au long cours. C’est ce qui se profile donc et c’est très agréable de voir toutes ces briques s’assembler en quelque-chose de cohérent qui donne vraiment envie de se lancer dans la suite.

J’aime toujours énormément le numéro d’équilibriste comico-dark de la saga, le monde très âpre et cruel n’empêche pas les histoires et le personnages d’avoir cette étincelle de malice et de bonne humeur, tout en gardant une certaine mélancolie. C’est un équilibre que je n’avais pas vraiment trouvé dans les jeux, et qui apparait assez dans la série Netflix. Jaskier est d’ailleurs encore plus déconneur dans les romans, ses dialogues sont savoureux et dynamiques, il amènent souvent un côté rocambolesque aux aventures de notre ouitcheur.

En sortant de ce second tome, Geralt lui-même apparait comme un personnage extrêmement bien construit et solide. Les multiples histoires qui constituent ces deux tomes ont mis en place le protagoniste avec brio, à travers plusieurs traits de personnalité nuancés et profonds. Notre héros à l’apparence blasée passe souvent pour un anti-héros grim-dark classique, mais il cache un sens moral qu’on parvient à dénicher derrière tout ça. Il est ancré dans son univers, attaché à son entourage, et souvent touchant dans ses relations avec eux. Sa relation avec Yennefer prend beaucoup de place dans l’intrigue mais on est loin du type de Romance qu’on trouve en SFFF et c’est très agréable. C’est un amour impossible, une relation vouée à l’échec et ils se comportent en adulte, ça fait très bizarre.

Ce second tome de la saga Sorceleur confirme la bonne surprise pour moi, et donne vraiment envie de continuer les aventures de Geralt. J’ai découvert un univers et une qualité de mise en place à laquelle on ne s’attend pas vraiment quand on connait la série via les jeux vidéo qui sont finalement loin d’égaler la qualité structurelle et la profondeur de ce que j’ai lu ici.

Lire aussi l’avis de : Lorhkan (Lorhkan et les mauvais genres), Dionysos (Le bibliocosme),

Et accessoirement vous pouvez regarder l’excellente vidéo de Bolchegeek sur le personnage.

5 réponses

  1. Comme toi, j’ai été agréablement surpris de la complexité des relations entre les personnages, qu’ils se comportent « en adultes », comme tu le dis, et que tout ça sonne très juste.
    À mon sens, le Sorceleur est une bonne série, bien qu’un peu bordélique et parfois obscure. Comme tu l’as noté, à partir du troisième tome, il n’est plus questions d’histoires indépendantes mais d’une longue quête (à l’exception de La Saison des Orages, qui a été publié en dernier mais qui, chronologiquement, se situe quelque part au milieu du premier tome) ce que, perso, je trouve un peu dommage, puisque l’activité de Geralt est largement mise de côté, alors que c’était ce qui faisait toute l’originalité de cette série.
    Mais je ne vais pas entrer davantage dans les détails et te laisser découvrir tout ça, je suis curieux de connaître ton avis sur la suite.

  2. On en est au même point, je rattrape cette série tranquillement et le tome 3 attend patiemment dans la PAL.
    J’ai quand même peur de voir la patiente construction du personnage de Geralt, nouvelle après nouvelle, être mise à mal par une intrigue étalée sur un roman.
    Pour le reste, en effet, nous sachons (et vive le « comico-dark »).

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