Les attracteurs de Rose Street, L’ambiance ne fait pas tout

Oh par tous les dieux, j’ai pris du retard dans les parutions Une Heure Lumière ! L’indignation se répand dans les rues d’internet ! Alors que, avouons-le, le format est fort pratique pour abattre une chronique en pas trop longtemps, entre deux gros morceaux de 500 pages ça donne du grain à moudre. La novella est l’amie du blogueur, pas étonnant que ces ouvrages soient aussi chroniqués sur la toile.

La quinzième parution de la collection est un texte de Lucius Shepard, Les attracteurs de Rose Street. On y suit Samuel Prothero, jeune aliéniste et membre du Club des inventeurs, un cercle d’aristos qui se prennent pour des génies dans ce Londres de la fin du XIXe siècle. Samuel est approché par Jeffrey Richmond, ingénieur impopulaire qui lui demande son aide pour une affaire louche. Ils vont aller dans les quartiers bien pourris de la capitale où Jeffrey a installé ses prototypes de purificateurs d’air qui, par un heureux hasard cosmique, ont l’air de faire apparaitre des fantômes. La mission de Samuel sera d’étudier un de ces fantômes en particulier : Celui de Christine, la sœur décédée de Jeffrey.

La grande réussite de ce texte est sans aucun doute son ambiance, ce Londres victorien glauque est saisissant. Pour cadre d’une histoire de fantômes et de psycho-trucs, c’est nickel. On respire la misère, on s’imagine la grisaille, la suie, on installe cette atmosphère lugubre et paf, le lecteur est dedans. L’écriture est d’une grande qualité. Le texte apparait comme un hommage à un fantastique classique, il amène un côté sulfureux et érotisant à travers des personnages secondaires de prostituées habitant avec Jeffrey. Bien évidemment, tout ça va aller démanger notre protagoniste sous la ceinture et j’ai trouvé ça, ma foi, un peu décevant. Ça aurait pu faire frétiller mon moi adolescent mais voilà, j’ai plus 15 ans… En fait beaucoup de choses sont décevantes dans cette histoire, l’ambiance géniale n’a malheureusement pas suffit à me faire adhérer à cette novella qui ne tient pas vraiment ses promesses.

Samuel Prothero est un aliéniste mais le seul talent qui va être utile c’est sa patience, il se contente de s’assoir sur une chaise en écrivant ce qu’il voit, sa spécialité ne lui sert pas à grand chose. L’intrigue va surtout évoluer autour des femmes qui habitent le lieu, ce qui en découle n’est pas très enthousiasmant, un peu cliché, et relativement inutile à part pour apporter ce côté sulfureux un peu au chausse-pied. Le mystère entourant Christine est, quant à lui, assez décevant également. Le côté « psychiatrie » qu’on attendrait d’un personnage d’aliéniste est extrêmement léger, ça va pas chercher du très compliqué, ni du très surprenant.

En tant qu’hommage à un fantastique gothique, le texte marche bien car il évoque des ambiances et des références qui vont le porter. Mais son histoire en elle-même ne m’a jamais intéressé. C’est très dense pour un bouquin de 120 pages, on a toute cette ambiance, la romance, le mystère, un sous-texte qui nous parle de pauvreté, de classes sociales, du statut des femmes, ça fourmille de trucs qu’un lecteur se plaira à aller farfouiller pour en tirer sa richesse. Ça ne m’a personnellement pas suffi, puisque j’attendais avant tout une trame centrale satisfaisante qui n’est jamais arrivée.

Les attracteurs de Rose Street est une novella fantastique dans un Londres victorien à l’ambiance lugubre extraordinaire. Pourtant je suis complètement passé à côté de son histoire qui ne m’a pas du tout intéressée, une histoire de fantôme très linéaire, classique, voire désuète. Tiens c’est rigolo, on dirait mon avis sur Louisiana Breakdown

Lire aussi l’avis de : Lutin82 (Albédo), Apophis (Le culte d’Apophis), Le chien critique, Blackwolf (Blog O Livre), FeydRautha (L’épaule d’Orion), Aelinel (Le bibliothèque d’Aelinel), Célindanaé (Au pays des cave trolls), Yogo (Les lectures du Maki),

13 réponses

  1. Les meilleurs textes de Sheppard c’est quand il parle des univers parallèle ou du chamanisme. Le reste est plus classique mais les intrigues restent quand même très sympathiques dans l’ensemble.

    • J’ai lu que louisiana breakdown et celui-ci, tous les deux bof bof, donc ça pousse pas à découvrir le reste. Mais je devrais. Mais pas tout de suite.
      Au moins je lirai le prochain qui sort en Une Heure Lumière

      • Les recueils Le Chasseur de Jaguar, La fin de la vie, Thanatopolis publiés jadis chez Denoel sont recommandables. Trouvables chez les bouquinistes je pense.

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