La forêt des araignées tristes, Benêt mène l’enquête

Depuis quelques années, les indés de l’imaginaire proposent une opération pour dévoiler en fanfare les premiers romans de jeunes talents avec un joli bandeau rouge : C’est les pépites de l’imaginaire. Dans ce cadre, ActuSF nous propose du sang neuf avec La forêt des araignées tristes de Colin Heine.

Bastien est un paléontologue tout mou qui aime bien étudier les restes de bestioles qui sortent de la Vape, un brouillard glauque qui a pourri la vie des gens mais qui constitue aussi une formidable source d’énergie. En se baladant dans une exposition, il monte à bord d’un prototype d’appareil volant piloté à distance, et là c’est le drame, une gargouille en rut (true story) surgit de nulle part pour se frotter un peu trop violemment contre la nacelle qui se casse la gueule. Traumatisé mais vivant contrairement à d’autres passagers, Bastien décide de mener l’enquête accompagné par un explorateur et une… gouvernante horripilante. C’est parti pour une aventure rocambolesque dans un monde steampunk (ou VapePunk, du coup) avec de l’espionnage, des gargouilles, des malfrats, des dirigeables mais bizarrement très peu de forêt, ou d’araignées tristes.

La forêt des araignées tristes a un univers vraiment intéressant à découvrir, c’est une ambiance clairement steampunk dans une pseudo-Europe au bord de la guerre, mais avec des petites trouvailles rigolotes comme ces gargouilles qui servent de monture pour survoler la Vape, ou ces cités construites en piliers. Globalement y’a une ambiance très sympa. On a une partie de l’histoire qui concerne une expédition dans les Vaineterres que j’ai trouvé réussie, y’a un vrai côté exploration à la Jules Verne qui m’est tombé sur la figure à ce moment-là, c’était fun mais complètement secondaire par rapport au vrai cœur de l’intrigue (alors que la couverture de Dogan Oztel, par ailleurs très réussie, a l’air focalisée sur cette ambiance-là).

Et… Désolé de vous avouer que c’est tout ce que j’ai à dire pour les qualités du roman, parce que j’ai trouvé le reste complètement foutraque. L’enquête menée par Bastien est un amas d’échecs et de coïncidences qui enlèvent complètement le plaisir que procure normalement un mystère bien mené, avec de l’astuce et du flair. Ici pas du tout, notre héros est naïf et va de boulette en boulette. Le lecteur (enfin, moi, au moins) se répète « mais qu’il est con » à plusieurs reprises. C’est le genre à aller voir un suspect potentiel avec la preuve à la main et en lui disant clairement « Je suis pas allé voir la police et la preuve vous incriminant est ici, dans ma main, personne ne sait que je suis venu, bonjour ! ». Alors il est peut-être écrit comme un benêt naïf exprès, mais si c’est ça il aurait fallu partir dans la comédie à fond les ballons, parce que là ça fait juste « héros stupide ».

Le roman démarre avec deux trames distinctes (Bastien et son enquête, et Ernest en mission d’exploration) et on se demande bien comment tout ça va se rejoindre. On se retrouve avec des trames scénaristiques bancales qui sont reliées par des bouts de scotch et des coïncidences. Le roman dans son ensemble est un édifice branlant qu’on a peur de faire tomber par terre en se posant trop de question. De plus, il a une dynamique de personnages vraiment étrange puisque Bastien s’entoure d’une équipe de bras cassés dont les interactions sont assez pénibles à suivre, surtout à cause du caractère de la gouvernante tête-à-claques qui donne des ordres à tout le monde (et leur crache à la gueule aussi). Et on a aussi une nana qui est parachutée en milieu de roman et qui se tape l’incruste sans que personne pose de question.  Il fallait surement une jeune femme au bras de notre héros alors ils l’ont fait envoyer en chronopost au dernier moment. Bref, entre l’enquête et les personnages, y’a un sentiment constant de « mais c’est n’importe quoi ! » qui s’installe et ne m’a plus quitté.

Je regrette aussi la qualité d’écriture/relecture qu’on nous présente ici. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de croiser des tournures bizarres, ou même des phrases charcutées qui ne veulent plus dire grand chose. Puis c’est peut-être une question de style mais j’ai trouvé très étrange qu’une narration à la troisième personne te sorte toute-à-coup des « je » de nulle-part. Avec tout ça, régulièrement tu bloques sur des phrases, tu relis des paragraphes, tu as mal à la tête et tu retournes jouer à la console.

La forêt des araignées tristes est un roman dont l’univers est prometteur, mais intrigue et personnages n’ont ni queue ni tête du début à la fin, faisant de cette pépite 2019 une petite corvée à finir. J’aurai besoin d’une valeur sûre pour me remettre.

Livre reçu en service presse de la part d’ActuSF, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf Blog O Livre), Célindanaé (Au pays des Cave trolls), OmbreBones,

25 réponses

  1. Je t’avoue ne pas avoir compris le choix de la couverture ni du titre. Parce que ce n’est en rapport qu’avec une petite partie du roman. C’est vrai que Bastien est vraiment naïf. L’univers a un vrai potentiel et sauve un peu le reste du naufrage je trouve. Mais pour le personnage féminin, c’est clair que je me suis demandée ce qu’elle faisait là en plein milieu. C’est surtout la multiplication de points de vue qui m’a dérangée.

    • Oui, y’a beaucoup de points de vue superflus, le couple de tueurs est un exemple magistral, mais j’ai déjà assez tapé sur ce pauvre roman alors j’ai passe quelques points sous silence 😀

  2. Chronique qui rejoint mon propre avis et celui de beaucoup d’autres même s’il me semble en avoir vu passer un ou deux positifs. Dommage parce que l’univers avait un vrai potentiel mais l’emballage et la présentation laissaient attendre autre chose. En plus oui, ces personnages qui sortent de nulle part, sont pour la plupart inutiles et agaçants… Dommage quand même pour une pépite de l’imaginaire, j’espère que le Mnemos sera d’une meilleure qualité.

  3. Ah c’est vrai qu’il est couillon Bastien mais pour moi ce n’est même pas lui le personnage principal de l’histoire, le perso c’est ce monde qu’a créé l’auteur et là j’avoue c’était super, rien que pour ça j’ai pris mon pied. Les je qui trainent et autres coïncidences j’ai mis ça sur le compte d’un premier roman. Parce que franchement, pour un premier roman c’est un sacré worldbuilding qu’on a là. Mais je suis bon public contrairement à d’autres :)))))))

    • Moi j’ai vraiment besoin de personnages pour m’accrocher, un univers seul ne m’intéresse pas. C’est peut-être ça qui nous différencie.

      Par exemple, tous les romans ou la critique me sort « l’univers/la ville est un protagoniste à part entière », je me casse direct 😀

Répondre à Aelinel Ymladris Annuler la réponse.

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