Chasse Royale 3 : Percer au fort, Roi de la colline

Oui, il m’aura fallu du temps pour revenir à la série Rois du monde. J’ai laissé passer la sortie des deux derniers tomes, les discussions sans fin (mais rigolotes) sur ce n’importe quoi éditorial, mais je ne pouvais pas laisser en plan une histoire pareille. J’ai donc ressorti mon Jean-Christophe Lebert de poche pour la merveilleuse version audio de Rois du monde tome 4 : Deuxième branche, Chasse royale 3 – Percer au fort. Oui, l’écrire en entier me fait rire.

Nous sommes toujours au milieu d’une rébellion dans le pays de la Celtique. Les rebelles ont fait prisonnier Bellovèse dans le tome précédent mais notre protagoniste s’est arraché aux griffes de Prittuse grâce au cocher disgracieux Mapillos. Il a emporté dans ses sacoches la petite Sacrila, sa sœur et la réincarnation de sa grand-mère la gallicène. Le petit groupe doit maintenant revenir au cœur de la guerre pour rallier le gué d’Avara et rejoindre le haut-roi Ambigat qu’ils avaient laissé en mauvaise posture. Mais la place forte leur réserve quelques surprises.

Le lecteur est de nouveau plongé dans un univers celtique historiquement crédible saupoudré d’un soupçon de spiritualité et croyances, brouillant les pistes quant à l’étiquetage fantasy de la saga. En effet, on assiste du point de vue de Bellovèse à des moments de magie mais on ne sait jamais vraiment si ce sont ses croyances qui lui font voir le monde ainsi, ou si cet univers cache vraiment une magie authentique. Dans tous les cas, Jean-Philippe Jaworski installe ainsi une atmosphère très particulière à Rois du monde. Après le petit détour à Aballo et le jugement des reines lors du tome précédent, on retourne ici dans un contexte plus guerrier. Le protagoniste retrouve des compagnons et des ennemis pour se foutre sur la gueule joyeusement, mais il n’est toujours pas question ici d’armées gigantesques puisque les affrontements sont souvent l’affaires de quelques poignées d’hommes. Comme le premier Chasse Royale, c’est l’occasion de faires briller tour à tour certains de ces héros dans des moments de gloire iconique resplendissants, des retournements de situation improbables figés par la plume de l’auteur (et le talent du narrateur).

Si cette critique ressemble beaucoup à celle du tome 2, c’est qu’on a un ressenti assez similaire dans l’action guerrière et les affrontements de personnalités. Certains éléments, et même certains personnages se font écho, on retrouve un peu de la grandeur de Bouos dans certains actes de Mapillos. On retrouve aussi ces moments d’audace, de folie, qui renversent une situation critique, portés par la gloire et le désir de s’illustrer en combat. Malgré la légère impression de redite, on reste captivés par l’histoire, par la plume de l’auteur qui fait toujours des merveilles. La première petite déception est peut-être le traitement de Sacrilla, la petite fille devient un instrument d’énervement pour le héros, et parfois pour le lecteur, tant elle joue les emmerdeuses à chaque fois qu’elle ouvre la bouche.

Jaworski met en scène cette guerre de manière assez réaliste dans le sens où on en est pas encore aux services de renseignements super-sophistiqués, donc on assiste à de grosses surprises simplement parce que les mecs se rentrent dans le lard souvent sans trop savoir ce qui se passe. On assiste à un jeu de perspectives où un camp croit quelque-chose et le camp d’en face croit autre chose, et une autre faction se ramène pour mettre encore plus le bordel. Et c’est la fête du quiproquo où tout le monde reste con quand ils réalisent qu’ils se sont plantés, et j’ai trouvé cette construction très rigolote. On se retrouve aussi avec les différents peuples qui s’allient à la rébellion ou au haut-roi, mais on se rend vite compte que chacun roule un peu pour sa pomme, ça fait du butin n’importe comment et ça se regarde de travers au sein d’un même camp. De belles bandes de bourrins, quoi…

Chasse royale 3 est aussi beaucoup plus linéaire parce que Jean-Philippe Jaworski se calme sur les flashbacks, il nous a déjà raconté tout ce qu’on a besoin de savoir. Mais on arrive à la fin du récit avec la légère impression de pas avoir beaucoup avancé (une fin de niveau à la Super Mario Bros, si vous voulez). On sait aujourd’hui que Chasse royale compte 4 tomes donc le suivant sera peut-être plus satisfaisant de ce point de vue, les tomes 3 et 4 ayant été sauvagement séparés à la naissance après une décision éditoriale indépendante de la vision de l’auteur (source). Avec un tome 3 et un tome 4 de moins de 300 pages écrites bien gros (ou respectivement de 10h25 et 12h25 pour l’audio, dans mon cas), vendus plus de 20 balles chacun, ça donne évidemment l’impression de se faire prendre pour une moule. La troisième branche de l’histoire est pour l’instant suspendue jusqu’à ce que l’auteur se sente de revenir à cet univers, là il a remis ses pantoufles du Vieux royaume pour se ressourcer.

Difficile de dire ce qui s’est passé dans la tête de l’écrivain, et entre lui et son éditeur, ça doit pas être facile tous les jours d’être un Jean-Philippe Jaworski (et la vache à lait d’un mouton), surtout avec tous ces blogueurs qui font du sarcasme avec ce qu’est devenu sa série. Mais on l’aime et on lui souhaite bon courage. Nous, on se retrouve bientôt pour le quatrième tome du deuxième tome de cette trilogie sans troisième tome

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog O Livre), Boudicca (Le bibliocosme), Célindanaé (Au pays des cave trolls),

11 réponses

  1. Un jour je lirais cette série, un jour 😛

    J’ai le premier en audio mais j’ai vraiment peu de moments pour avancer mes audios en ce moment (je n’ai plus que 10 minutes de trajet pour mon boulot), du coup je bloque sur le sorceleur T1 qui est dans ma voiture depuis le début de l’année et que je n’ai toujours pas terminé x)

  2. Est-ce que je suis capable de dire si j’ai lu ce tome-ci ? Absolument pas. On se demande bien pourquoi.
    En tout cas tu me rappelles qu’il faudrait que je m’y remette, maintenant que c’est en partie terminé, parce que c’est quand même bien sympa à lire.

  3. Merci pour cette chronique, je suis justement en train d’enchaîner les essais et ouvrages historiques sur ces bons vieux Gaulois ! Tu m’as donné envie de me plonger dans la série !… Jusqu’à ce que je regarde la tomaison… et que je me mette à hyperventiler…

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