Celle qui devint le soleil, Le mandat du ciel

Celle qui devint le soleil est le premier tome d’un diptyque intitulé The radiant emperor en VO

Comme souvent, j’ai acheté She who became the sun en VO à sa sortie et il a fait dodo sur une étagère pendant quelques mois, mais comme sa sortie française approche à grands pas, je me suis dit que j’allais tenter l’aventure pour vous donner mon avis à temps pour la sortie française. Oui, mon sens du sacrifice est admirable, n’est-ce pas ? Alors, faut-il se jeter sur Celle qui devint le soleil de Shelley Parker-Chan à sa sortie prochaine chez Bragelonne ?

Au XIVe siècle, dans la Chine dirigée par les Yuan, une petite fille vit avec son frère et son père dans la campagne aride, leur vie est difficile, malmenée par la famine et les bandits. Le dernier fils de la famille, Zhu Chongba, est promis à une grande destinée par la voyante du coin, et sa sœur à… rien du tout. Mais quand le père et le frère décèdent suite à l’attaque de brigands, l’orpheline refuse sa destinée et s’empare du nom de son frère. On lui refuse la grandeur mais elle s’en emparera, et elle survivra. Zhu espère entrer en tant que novice dans un monastère pour survivre à l’abri de ses murs. En tant qu’homme, les possibilités s’ouvrent, et son destin l’attend.

Celle qui devint le soleil est une fantasy historique qui m’a beaucoup fait penser aux bouquins de Guy Gavriel Kay pendant ma lecture. Comme lui, Shelley Parker-Chan s’attache à une période historique et en livre sa version romancée, et saupoudrée d’un soupçon de magie. Le côté fantasy est extrêmement léger, sans un ou deux détails magiques, le roman serait de la fiction historique. L’autrice nous propose de revisiter la naissance de la dynastie Ming avec quelques twists mais en gardant beaucoup de personnages ayant réellement existé. A cette époque la Chine est dominée par les Yuan, descendants des tribus mongoles qui se sont emparées du pays, et les castes dominées sont évidemment pauvres et souffrent. Une rébellion se prépare dans le sud du pays et on va suivre à travers le destin de plusieurs personnages la guerre civile entre les Yuan et les rebelles.

La présentation insiste sur le destin de Zhu mais plus tard dans l’histoire on aura en fait plusieurs points de vue qui vont se développer en miroir. Tout d’abord, donc, nous avons Zhu Chongba qui emporte le lecteur grâce à sa personnalité et sa volonté de s’emparer d’un destin qui ne lui appartient pas. Elle est forte et se trace son propre chemin dans les méandres de l’histoire, à sa façon. Mais plus tard le bouquin va proposer d’autres points de vue, dont celui d’Ouyang, général eunuque de l’armée Yuan qui a été puni par l’empereur alors qu’il n’était qu’un enfant, un personnage aux allégeances complexes et à la rancœur tenace. A partir de là, on aura une narration qui passe d’un camp à l’autre mais on ne tombe jamais vraiment dans le récit de guerre puisque l’autrice se concentre surtout sur le destin de ses personnages, et désamorce de manière amusante quelques moments que d’autres auraient sûrement fait basculer dans la boucherie « épique ».

Celle qui devint le soleil réussit son pari, et nous propose une fresque historique qui surprend et nous attache à ses protagonistes. La motivation principale de Zhu est de s’emparer de sa destinée et de devenir « exceptionnelle », ce qui pourrait presque devenir un peu ridicule dans tout récit de fantasy, mais Shelley Parker-Chan nous immerge si bien dans son univers que ça semble naturel, dans cette culture, à ce moment-là. Ce but, très bourrin et vague dans son enfance, va grandir avec elle et l’orienter de manière un peu chaotique dans son parcours, son destin devient une série d’opportunités et de coups de bol, ce qui donne un aspect réaliste à son parcours, et peut prendre à contre-pied les attentes d’un lecteur de fantasy (moi) qui va voir venir des grandes batailles épiques avec de l’héroïsme et des tragédies.

Et évidemment, les thèmes de l’identité et du genre sont centraux dans le récit. On a une jeune fille qui se fait passer pour un homme pour être plus que ce qu’elle aurait pu espérer en tant que femme. Bien sûr on pense à Mulan dans ce schéma classique, mais l’autrice traite ça avec finesse, nous fait ressentir les inégalités et les rôles que les genres imposent à chacun. En contre, on a le point de vue de Ma, qui est une femme dont le père vient de mourir, promise à un noble et qui n’a strictement aucune issue. La relation entre Ma et Zhu, en plus d’être superbement écrite, va tenir un équilibre, et donner une image de la femme, un chemin de ce qu’elle est à ce qu’elle pourrait être. Et d’un autre côté on a Ouyang, castré dans son enfance pour punir sa famille et terminer sa lignée, un homme privé de son statut d’homme, dans un monde d’homme, qui propose un autre point de vue sur le genre et la violence qu’il peut induire.

Celle qui devint le soleil est un roman historique remarquable, Shelley Parker-Chan revisite l’ascension de la dynastie Ming de manière fluide et prenante, avec des personnages subtils et touchants, et un propos fort pour le fond. L’immersion dans cette Chine du XIVe siècle est réussie, détaillée, tout ça prend vie sous nos yeux à travers le destin de Zhu. Une lecture qui m’a surpris, mais que je recommande.

Couverture : Mel Four
Traduction : Louise Malagoli
Editeur : Bragelonne
Date de sortie : 18 Mai 2022
Prix : 25€ (relié) / 12,99€ (numérique)

Je vous pose ici l’image de la version française, l’édition sera reliée avec jaspage, et une petite offre de précommande sympa, si ça vous intéresse.

13 réponses

  1. Hé ! J’ai bien envie de lire ce récit après ta critique ! Citer Sieur Guy Gavriel Kay me conforte en tant cas dans mon idée !^^ Je découvre ce genre avec lui et ma lecture des « lions d’Al Rassan, une héroic fantasy généreusement saupoudré d’histoire et j’en redemande. Je vais clairement rajouter celui de Shelley Parker-Chan à ma PAL histoire d’élargir mon horizon dans ce genre bienvenu. Merci pour la découverte.

  2. Je suis contente de découvrir que c’est « du genre » de GG Kay.
    J’avoue qu’il ne m’attirait pas dés le départ (la fantasy « asiatique » – a défaut d’autre terme mieux adapté pour ce sous genre qui devient bien plus présent ces dernières années – n’étant pas un critère de sélection en lui même pour moi, et j’ai toujours peur de la hype qui peu sur-évaluer un truc juste parce que « c’est cool » comme tout ce qui attrait au manga ou au japon par exemple).
    Mais une bonne fantasy historique c’est toujours sympa à avoir dans sa PAL.

    (d’ailleurs, je ne sais pas si tu connais mais dans le même genre de fantasy – d’influence asiatique à la mulan avec une fille qui se fait passer pour un mec et aussi le coté guerre- il y avait Kel de Andréa Schwartz que j’avais bien aimé, même si c’était moins « grandiose apparemment que celle ci)

    • Ça rentre plus dans la tendance générale de faire de la fiction non-européanisante, que ce soit asiatique, africain ou autre, c’est quand même une tendance que j’apprécie

  3. Ravie de cet avis positif car je dois le recevoir. Mai encore plus ravie de ce parallèle avec GG Kay que j’adore !
    Parfaitement parfait. Merci !

  4. Honnêtement je n’aurai pas parié sur ce livre mais ton avis m’interpelle! Je suis bien tentée de me laisser surprendre par ce roman moi aussi.

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