The mirror empire, bordelic-fantasy

 Comme vous le savez peut-être, de temps en temps, je m’offre une petite excursion anglophone pour voir ce qui se trame de l’autre côté de l’Atlantique (ou de la Manche, parfois les anglais écrivent aussi). Un des romans fantasy VO qui trainent sur ma liseuse avait fait beaucoup de bruit lors de sa sortie en 2014 : The Mirror Empire, de Kameron Hurley, a provoqué une cascade de critiques saluant l’ambition et la richesse du roman.

Ah j’étais bien enthousiaste en démarrant ma lecture, entre la réputation du bouquin et la critique élogieuse qu’on trouve sur Elbakin, Hype-o-mètre à fond, plongeon dans le monde de la série The Worldbreaker Saga. The Mirror Empire nous présente un univers fort atypique ou la magie se manifeste en fonction du cycle des astres, certains seront sensibles à telle ou telle planète, étoile, caillou, etc… Dans ce contexte, l’astre noir Oma se lève, un cataclysme s’annonce, et des envahisseurs inconnus ravagent tout. Nous suivrons plusieurs personnages dont les destins vont se croiser : Lilia a vu son village attaqué par des inconnus avant d’être téléportée vers sa nouvelle vie en compagnie des pacifistes Dhais. Ahkio devient chef lorsque sa sœur est assassinée, et va devoir endosser son rôle malgré tout en ces temps troublés. Zezili est une général bad-ass sans pitié qui obéit aux ordres sans se poser de questions, etc…

Le monde de The mirror empire foisonne d’idées et d’originalités notables, une végétation agressive, des ours montés, de la magie cool (enfin, ça fait vachement penser à la saga de Stefan Platteau quand même), une échelle cataclysmique où plusieurs mondes parallèles se télescopent. Franchement y’a de quoi faire ! Kameron Hurley met en place des sociétés complètement repensées, à la structure complexe. Les différents peuples ont une histoire et des coutumes, les uns étant les anciens esclaves des autres, les castes se tirant la bourre, etc… Cette richesse est certainement le point le plus apprécié chez ceux qui ont été charmés par le roman.

Mon problème en lisant le livre, c’est justement cette richesse. Vous l’aurez deviné au titre de cette chronique, The mirror empire est d’un bordélique jamais-vu pour moi en Fantasy. Je pense que j’ai d’ailleurs pas bien réussi à vous résumer l’intrigue, c’est tellement confus dans ma tête que je savais pas par où prendre la chose. C’est pas tellement la richesse en elle-même d’ailleurs, c’est juste que l’auteur n’arrive jamais à nous donner une vision claire de tout ça, elle nous embrouille et à la moitié du roman je confondais toujours les peuples et les personnages. Il faut dire, les personnages, les clans, les races, ils ont tous des noms qui ont les mêmes sonorités, ce qui n’aide pas. Quelques échantillons pour la dame du fond : Zezili, Lilia, Ahkio, Dhai, Oma, Jistas, Daorian, Dorinah, Nasaka, Garikas, Kai, Yisaoh, etc… Maintenant démerde-toi pour te retrouver dans tout ça.

TheMirrorEmpireCover

Non seulement elle arrive jamais à rendre une société claire et crédible mais en plus elle en fout plusieurs, et en plusieurs exemplaires à travers des mondes parallèles, histoire d’en rajouter une couche ! Hurley multiplie les points de vue pour tout couvrir mais ne s’attarde jamais suffisamment sur un personnage pour qu’on s’y attache vraiment. C’est le plus gros défaut du roman : De tous les héros proposés, je me foutais d’à peu près tout le monde. Encore une fois, quand on sacrifie l’exposition et l’attachement à ses personnages pour développer son univers, on perd le lecteur (oui, enfin, moi en tous cas…). On ne comprend jamais clairement leurs motivations, ils sont trimballés malgré eux dans toute l’intrigue.

Un des autres points énormément salués par les lecteurs est l’utilisation des genres. Féministe jusqu’au bout des doigts, l’auteur nous sort un monde où tous les rôles sont chamboulés. Une des sociétés a même plusieurs genres définis : deux masculins, deux féminins, et un neutre. Super intéressant si ça servait à quelque chose. Je n’ai rien contre le féminisme bien au contraire, mais encore faut-il que ce soit bien fait et pertinent. Ici, la plupart du temps, Kameron Hurley se contente de transformer nos bonnes vieilles sociétés patriarcales misogynes en inversant simplement les rôles, les femmes sont les guerrières et les gouvernantes abusives, tandis que les hommes sont à la maison à attendre leur bien-aimée en se pomponnant.

Je trouve ça simpliste et ça nuit complètement au récit. Au lieu de penser une société différente qui pourrait nous sembler crédible, elle fait juste un gros cliché pas bien passionnant pour ensuite changer tous les « il » en « elle ». Puis elle y va pas avec le dos de la louche, y’a du viol gratuit, de la violence domestique, du commerce d’hommes, la subtilité était en vacance. On a compris le message, mais ça ne rend pas l’histoire plus passionnante pour autant. La violence est d’ailleurs un autre aspect notable du bouquin, elle part dans le grim dark à fond les ballons, génocide, cannibalisme, sang qui dégouline. Encore une fois, subtilité ! Mais encore une fois aussi, ça se perd dans tout ce marasme narratif où mon cerveau se noyait déjà.

The Mirror Empire est un premier roman dense, beaucoup trop pour son propre bien. C’est plein de bonnes idées mais c’est confus et ça manque énormément de finesse. A trop vouloir en faire, Kameron Hurley ne couvre pas ses bases et m’a laissé complètement en-dehors de son univers.

2 réponses

Laisser un commentaire