Shadowrun Hong Kong, le recyclage c’est le futur

 Après un début convainquant sur la licence Shadowrun avec le très kickstarté Shadowrun Returns, le studio Harebrained Schemes ne lâche plus l’affaire. Ils ont enchainé avec Dragonfall, une extension devenue standalone meilleure que l’original, et voilà qu’un an et des bananes plus tard, un troisième épisode ajoute une brique à l’édifice. Habilement nommée Shadowrun Hong Kong, cette aventure nous replonge dans ce monde futuriste où les elfes mages côtoient les hackers, où les dragons dirigent des multinationales et les jeux indés s’annualisent (c’est vraiment n’importe quoi)…

Dans cet épisode, vous débarquez à Hong Kong (sans blague…) suite à un message de votre père adoptif qui vous appelle à l’aide sans plus de détail. Dès que vous débarquez au point de rendez-vous, vous n’avez même pas le temps de faire un bisou à votre frérot que vous êtes attaqué par des tueurs. Vous voilà accusé de terrorisme, victime d’un coup monté et sans aucune idée de ce pourquoi vous êtes là, le papounet ayant eu la bonne idée de disparaitre par la même occasion. Votre seule solution est de vous cacher dans les bas-fonds de la cité et d’enquêter dans l’ombre, devenant un mercenaire pour le compte d’Auntie Cheng pour passer le temps pendant que celle-ci rassemble informations et pistes pour vous. Voilà un trick scénaristique plutôt malin pour construire un jeu structuré en missions diverses avec un fil rouge qui avance petit à petit entre chaque mission.

Vous devenez donc Shadowrunner, vous effectuerez des missions payées et ferez progresser vos capacités. Attention, on ne parle pas de missions FedEx à la con ici, chaque run prendra une heure ou deux, aura une histoire fouillée et intéressante avec des choix déterminants. Vous pourrez approcher certaines situations de plusieurs manières en fonction de vos capacités et de votre classe de personnage, ils se sont démerdé pour qu’aucun type de personnage ne soit avantagé ou pénalisé, j’ai toujours trouvé une solution logique avec le type de personnage que je voulais incarner et du coup on a vraiment l’impression de s’approprier son héros. Chaque quête est un petit jeu en soi et nous familiarise ni vu ni connu avec ce Hong Kong futuriste, son fonctionnement, ses quartiers, ses corporations, jusqu’à faire avancer ce scénario principal par petite touche, au fur et à mesure que les indices tombent. Le jeu est encore une fois cohérent et très bien structuré.

Mais celui qui a fait Dragonfall aura un vieux goût de déjà-joué dans la souris, même si le scénario est inédit, la structure de celui-ci est quasiment la même que l’épisode précédent, on dirait que le développeur a reskinné une histoire existante pour faire un nouveau jeu tant l’architecture narrative est similaire. Pourtant l’histoire reste très intéressante et les amateurs de l’univers Shadowrun seront aux anges, c’est toujours très bavard mais extrêmement bien écrit (en anglais seulement pour le moment cependant, donc attention…), ceux qui ne sont pas rebutés par la lecture dans un jeu sauront apprécier les dialogues excellents, le mystère pesant et l’ambiance travaillée de ce Hong Kong futuriste et pourri jusqu’aux égouts.

Shadowrun fonctionne depuis son premier épisode sur le même principe qu’un jeu de rôle, on a un univers et un système de référence, et chaque scénario est une aventure dans ce monde, utilisant toujours le même système. Ça a même permis aux devs de proposer un éditeur de campagne pour laisser la communauté faire ses propres aventures, téléchargeables gratuitement via le menu principal du jeu. Cependant, on est peut-être en droit d’attendre de chaque nouvel épisode payant un minimum d’innovation, de surprendre par sa structure et sa narration, d’apporter une petite révolution au lieu de réécrire une histoire calquant la structure de la précédente, aussi bien écrite soit-elle. Encore une fois, c’est un très bon jeu et j’ai pris plaisir à le faire, mais Harebrained Schemes a été vraiment paresseux sur ce coup-là.

La seule innovation apportée au gameplay concerne les deckers, car la partie « matrice » du jeu a été refaite en laissant un aspect temps réel qui donne une espèce de mini-jeu d’infiltration pour éviter les programmes de surveillance. Le puzzle de hacking est également nouveau et agréable, une espèce de memory hardcore en temps limité, et heureusement qu’il est sympa parce qu’on va en faire un bon paquet, des piratages ! Le reste du jeu reste inchangé, un RPG cloisonné en 3D isométrique parsemé de combats au tour par tour à la XCom, on retrouve très vite ses marques, et on retrouve aussi très vite les petits bugs énervants (ces objets interactifs dont le bouton apparait un peu quand il veut !). On pourra seulement reprocher un niveau de difficulté encore à la baisse, même si je suis pas un malade du challenge, là j’ai roulé sur tous les ennemis, boss final y compris, sans trop forcer.

Shadowrun Hong Kong doit être pris pour ce qu’il est : une nouvelle histoire dans le même univers que les épisodes précédents, il ne réinvente presque rien et s’appuie un peu trop sur ses acquis mais reste très agréable pour ceux qui, comme moi, apprécient le jeu tel qu’il est depuis le début. Il n’est en fait qu’un nouveau monde dans le même jeu, une extension, il vous racontera une histoire prenante et rudement bien écrite, vous fera découvrir une nouvelle ville et une nouvelle ambiance, mais on aura du mal à le qualifier de « nouveau jeu » tant ses innovations sont discrètes.

Le jeu est disponible sur GOG, Steam et le Humble Store

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