Saint’s blood, la loi et la foi

Falcio a vraiment pas de bol,  après toutes les épreuves qu’il a traversées dans les tomes précédents des Greatcoats, il démarre Saint’s blood, troisième roman de la série, par un duel judiciaire vraiment pas à son avantage. Mais il a de la ressource et de l’astuce, et c’est comme ça qu’on retombe dès les premières pages du roman dans tout ce qui fait la force de la saga.

Après cette introduction musclée, Falcio et ses camarades se retrouvent avec une série de meurtres sur les bras, sauf que les victimes ne sont pas n’importe qui : Quelqu’un a trouvé le moyen de tuer des saints. Les greatcoats n’avaient pas assez de problèmes avec les chevaliers, les ducs et les assassins Dashini, il faut maintenant courir après un tueur mystérieux tout en gérant les conflits politiques de tous bords alors que notre héros se remet à peine de ses traumatismes. Sebastien de Castell nous livre depuis Traitor’s blade (les manteaux de gloire) un savant mélange d’action, de fun et de dialogues savoureux. Ce dernier livre affine la recette, il l’aiguise pour la rendre encore plus précise, plus implacable.

Dans l’ensemble, ce troisième tome ressemble beaucoup au précédent, et peut-être que cet article ressemblera aussi à la critique de Knight’s Shadow, tout simplement parce que le feeling reste le même. Et c’est une très bonne nouvelle. L’auteur utilise un rythme sans aucune baisse de régime pour emporter le lecteur, et c’est encore plus vrai ici. Chaque chapitre présente son lot d’aventures et termine quasiment toujours par l’apparition d’un nouveau danger ou un coup de théâtre. On ne reprend pas son souffle jusqu’à la dernière page, la tension ne retombe jamais, j’ai dévoré les 570 pages du bouquin en trois jours. La surenchère permanente pourrait sembler étouffante mais l’auteur arrive à désamorcer ça avec son ton léger, chaque combat et chaque dialogue offre une bonne vanne ou une réaction absurde pour nous donner le sourire.

La narration à la première personne, du point de vue de Falcio, donne à chaque situation un prétexte pour un mot d’esprit, une analyse décalée ou un commentaire débile. Sans parler de ses échanges avec ses camarades qui ne manquent pas de réparties. Les scènes d’action impressionnent toujours par la tension mise en place, elles prennent aux tripes et ont cet aspect tactique très satisfaisant par rapport à une baston bourrine lambda. On recherche les failles de l’adversaire, on parle pour temporiser, on fait diversion. L’auteur s’amuse beaucoup en variant les situations et les résolutions, et en gardant toujours cette classe de poseurs « over-the-top ».

Saints-Blood-cover

Pourtant, les difficultés auxquelles font face les héros ne sont pas vraiment drôles, ça frise le sadisme par moments. Mais cette ambivalence entre le tragique désespéré et le fun enthousiaste donne toute son identité à la série, c’est ce qui me plait autant dans Greatcoats et ce Saint’s blood ne déroge pas à la règle. Ici l’auteur égratigne encore un peu le côté super-héros de ses protagonistes, ils apparaissent exténués et diminués (moralement et physiquement). Falcio, en plus d’en prendre plein la gueule, réalise son impuissance et ses faiblesses petit à petit. Ses mésaventures l’ont amené à détester tout le monde, à être arrogant et colérique, jusqu’à se demander si ses idéaux ont encore leur place dans ce monde.

Cette gestion de la colère est un des éléments centraux de ce nouveau tome, le narrateur va lutter constamment contre ses vieux réflexes pour ne pas enfoncer ses rapières dans le bide de tout ceux qui font les malins devant lui. Son impuissance devant les complots politiques qui le dépassent le rendent amer, il va chercher à être utile, à faire la seule chose qu’il sait faire : tuer des méchants. De Castell arrive également à retourner contre son héros le côté « protecteur de demoiselles en détresse » qui était présent avant. Les demoiselles en question reprennent petit à petit la direction des opérations, Aline prend ses responsabilités et étonne, Valiana tient à elle toute seule tout l’équilibre politique de Tristia, et Falcio va se demander si ses actions ne font pas plus de mal que de bien. Plus que jamais on voit les greatcoats comme des antiquités idéalistes dans un monde qui ne les veut plus.

Saint’s blood aborde plus ouvertement le côté religieux de Tristia qu’on avait à peine effleuré dans les deux livres précédents, ici on attaque de front l’extrémisme, le clergé avide de pouvoir qui complote, et la cruauté au nom de la foi. Le parallèle avec notre église chrétienne est assez évident, le dieu unique qui écrase les vieilles croyances, le sang, le martyr sacrifié, l’inquisition, etc… L’auteur y va de front, et ce dialogue constant entre le religieux et le judiciaire apporte un degré de lecture supplémentaire à cette société idéale que recherchent les héros, envers et contre tout. Et bien sûr, Sebastien de Castell apporte aussi son lot de nouveaux personnages, qu’ils soient alliés ou ennemis, le casting est toujours aussi impeccable.

Je suis toujours aussi emballé par cette série, avec son mélange d’action non-stop, d’humour, de personnages mémorables et de machinations terrifiantes. Saint’s blood confirme Greatcoats comme une des meilleures sagas de ces dernières années, un rollercoaster qui scotche le lecteur à son bouquin et ne s’arrête qu’une fois la dernière page tournée.

Les autres livres de la série : Traitor’s blade (tome 1), Knight’s Shadow (tome 2)

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