Rêves d’acier, Madame et compagnie

La Compagnie Noire s’est pris une belle dérouillée dans Jeux d’ombres, en voulant combattre les maîtres d’ombres qui leur faisaient obstacle pour rejoindre Khatovar. Au début de ce Rêves d’acier, Madame se réveille seule sur le champ de bataille, plus aucun signe de Toubib, la Compagnie s’est retranché dans la ville. Seule, elle va reprendre en main tout ce bordel, se propulser Capitaine, reconstituer son armée, et enfin, accessoirement, prendre la plume.

Oui, le premier changement de ce tome c’est que l’archiviste est maintenant Madame, puisque Toubib est tombé et qu’elle est seule à tout gérer. Son but maintenant est de reconstituer un semblant de Compagnie Noire avec les locaux. Malgré elle, elle va aussi être propulsée « incarnation de Kina » (une déesse de la mort pas très joyeuse, mais qui colle bien avec notre nouvelle archiviste) par Narayan et ses potes, les nouvelles têtes qui sont arrivées. Il y a aussi le groupe de Cygne et Lame qui seront dans les parages. Une grosse partie du livre concernera la constitution de cette force, leur entrainement, la gestion des tensions et des relations politiques avec les autorités de Taglios. J’ai trouvé le roman  vraiment poussif sur cette mise en place dans la première moitié, le rythme est assez bizarrement géré (on a l’habitude avec Glen Cook). Mais surtout, les jeux d’influence et d’espionnage entre la troupe de Madame, le Prahbrindrah et la Radisha m’ont paru très confus.

Pourtant, le livre se rattrape sur d’autres aspects. L’ambiance est dépaysante, la couverture de chez L’Atalante montre bien cette influence indienne, les fanatiques religieux qui prennent Madame pour Kina (Kali, quoi…) sont vraiment marrants à découvrir avec leur arme bizarre. Les noms évoquent aussi cette influence et donnent une couleur particulière à ce chapitre de la saga. Le mystère de la disparition de Toubib ouvre un pan de l’histoire très intéressant aussi, dont il serait dommage de trop parler ici, mais j’ai beaucoup aimé le retour d’une certaine personne…

Et puis, en seconde moitié du roman on commence à vraiment entrer dans le vif du sujet, les pions sont positionnés et la partie commence ! Certains asservis remontrent le bout de leur nez, les batailles et les avancées stratégiques s’enchainent, il se passe des choses, c’est pas beau ça ? Là on retrouve le souffle qu’on avait pu ressentir dans la première trilogie (Les livres du nord). Cette deuxième partie est beaucoup plus entrainante mais on remarquera une certaine redite avec toutes les aventures qu’on a déjà vécues, on commence à sentir l’auteur tourner en rond sur son sujet. Mais comme on aime toujours beaucoup la Compagnie Noire, tout ça n’est pas désagréable ! Et Madame en personnage principal est vraiment une bonne idée. Son évolution en tant que Capitaine est très intéressante, on voit ressurgir un peu de l’impitoyable Dame dans sa manière de s’imposer, elle fait moins dans le détail que Toubib. C’est pas le même style de management, ça c’est sûr ! Ça se ressent aussi dans le ton de la narration, puisque c’est elle qui raconte, elle est plus factuelle, plus descriptive, et il faut avouer que la gouaille de Toubib manque un peu de temps en temps.

Nous avons donc un chapitre de la Compagnie Noire agréable et dépaysant, qui peine a vraiment démarrer mais une fois que c’est fait, c’est du tout bon malgré un petit air de déjà-lu. C’est surtout le changement de narrateur qui fait le sel de ce Rêves d’acier. Madame est royale.

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme), Apophis (Le culte d’Apophis), Magda Dorner (ActuSF),

8 réponses

  1. Je commence à laisser traîner mes oreilles, et il tarde de faire plus ample connaissance avec cette dame.
    J’entame ce mois-ci Château Noir, le tome 2, j’avais adoré le tome 1.
    Je vois que la série se poursuit avec bonheur et qualité.

  2. Un de mes tomes préférés (il ne me reste plus que le dernier, Soldats de pierre, à lire). Merci pour ton excellente critique, qui pointe bien les forces et les petits points de crispation possibles pour le lecteur.

  3. J’avais adoré aussi le premier volume, la manière qu’a Cook d’envoyer balader les codes et les attentes (ça se retrouve dans certaines interviews, assez démentielles dans le registre désinvolte). Le tome 2 en revanche, je l’avais trouvé ronronnant, statique. Je crois bien que je vais quand même m’y remettre, avec ce que je lis ici ou ailleurs.

  4. Excellente critique pour un très bon livre. Enfin, comme expliqué, il y a effectivement un sentiment de répétition. Ayant adoré la Compagnie Noire je lui ai bien pardonné pour le plaisir d’en lire plus, toujours plus !

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