Manesh, au rythme du fleuve

Manesh est le premier tome d’une série, Les sentiers des astres, et également le premier roman de Stefan Platteau qui a été quasi-unanimement couvert d’éloges par les lecteurs. Faisant toujours tout à l’envers ou presque, j’avais commencé par le petit spin-off Dévoreur dont vous trouverez mon avis chez les copains du Cri du troll. Il faut maintenant s’attaquer au plat de résistance, la pièce maitresse, le cœur de la meule…

Le roman raconte l’expédition d’un équipage de bateliers remontant le fleuve Framar en quête de la demeure du Roi-Diseur, un oracle légendaire que le capitaine Rana souhaite interroger. En chemin, ils vont repêcher le corps inanimé d’un homme blessé. Ils vont le retaper tant bien que mal dans des conditions précaires et le convalescent va raconter son passé à Fintan, le barde de l’équipage qui se tient à son chevet. Ce sont donc deux aventures qui vont se croiser constamment : le voyage des gabarres sur le fleuve et le récit rapporté du Bâtard qui va nous être raconté. Il serait dommage d’en dire plus, une des particularités de l’histoire est de se dévoiler au compte-goute par des petits indices disséminés adroitement.

Manesh a beaucoup été comparé aux écrits de Jean-Philippe Jaworski, à la fois parce que c’est une grande découverte des Moutons électriques, mais surtout pour la richesse de sa prose. Toutefois, Stefan Platteau a sa propre voix, qui vise particulièrement la poésie et l’art du mot. Son texte riche et chantant, dosé à la perfection, enrichit l’histoire. Comme pour Dévoreur il appelle l’âme du barde, l’esprit du conteur, on entend l’orateur envoutant qui nous entraine dans les méandres du fleuve et l’histoire de l’enfant solaire.

Manesh

L’auteur prend son temps pour dérouler son œuvre, c’est vraiment un livre d’ambiance, il faut se plonger dedans, s’y noyer, se laisser porter. Au début on ne sait même pas où va l’équipage du capitaine Rana, on ne connait rien de cet univers atypique et on en découvre les différentes couches au fil des pages. Personne n’explique clairement au lecteur « alors dans cet univers, ça marche comme ça et les religions sont celles-ci et il y a une guerre entre tel pays et tel pays ». C’est pendant les dialogues qu’on va repérer une phrase, un nom, qui va faire se connecter trois fils qui trainaient depuis 30 pages. Tout ça se déroule tranquillement, une lenteur assumée mais parfois un peu excessive, on aimerait bien aller un peu plus vite par moments ! Pour cette raison il m’a fallu du temps pour le lire, il faut être d’humeur à se plonger dans l’ambiance mais on y revient quand même avec grand plaisir… Sinon c’est que vous n’avez pas de cœur et il faut consulter…

Il y a une aura de magie et de spiritualité envoutante dans ce livre, l’univers est un mélange de pas mal de choses (contes européens, épopées antiques, croyances païennes…) mais l’élément dominant est cette influence orientale qui nous saute dessus dès le titre. Les noms des lieux et des personnages évoquent l’Inde et l’imaginaire asiatique au sens large. Le Porcher et sa harde quasi-surnaturelle font resurgir des images de Princesse Mononoké dans les mémoires, et globalement on retrouve ces relations entre humains et divinités (et tout ce qui traine entre les deux), avec un mélange de dévotion et d’arrogance.

ManeshPocheLa trame globale de ce premier tome n’apparait pas d’une originalité folle au début, d’un côté on a une expédition qui remonte un fleuve pour trouver un truc perdu légendaire, et de l’autre l’histoire d’un homme avec des super-pouvoirs (filez-lui un costume moulant et il nous fera un cosplay d’Apollo à tomber) qui court après ses origines mystérieuses. Entre conte initiatique et pur roman d’aventure, tout ça va s’enrichir, se mélanger, se construire en un jeu de pistes plein de mystères. Ta patience sera récompensée, petit lecteur, car les secrets qui se dévoilent donneront une vraie épaisseur au tout, en plus de son univers foisonnant.

Et justement, cette patience est un des éléments-clés du livre, Stefan Platteau joue avec la notre mais aussi celle de ses personnages. Il nous l’enseigne mais la soumet à rude épreuve, l’important et de profiter du voyage. C’est dans la seconde moitié que se rassemblent les pièces et que les deux intrigues se mêlent, que l’expédition devient plus mouvementée, surprenante, cruelle. Dans cette grande épopée de l’homme face aux mystères de la nature et du sacré, le livre installe son univers mais laisse trainer le suspense et le doute, et c’est dans cette état d’esprit qu’on plonge vraiment dans la richesse du Framar.

Livre-univers riche, beau, poétique bien que parfois en légère hypotension, Manesh est une réussite qui envoute le lecteur et le berce dans un océan de mystères. Le second tome, Shakti, sort dans quelques semaines et nous promet de belles aventures, on reviendra fouler les sentiers des astres avec grand plaisir.

Lire aussi les avis de : Boudicca (le bibliocosme), Blackwolf (Blog-o-livre), Anassete, Tigger Lilly (Le dragon galactique), Xapur, Gillossen (Elbakin),

10 réponses

  1. Entièrement d’accord avec toi !
    Un bien bel objet livre en plus ! La couverture en poche est très réussie également.
    Vivement le 4 mai pour la suite !

  2. Les moutons électriques ont l’air de faire mouche à chaque fois avec leurs parutions, je ne vois que des retours positifs. Je me suis acheté Véridienne dernièrement mais tu me tenterais presque avec Manesh, j’ai un peu peur du côté « hypotension » dont tu parles ceci dit…

    • Le côté un peu mou est pas dérangeant si on se laisse porter par l’ambiance, mais c’est pas de l’action non-stop quoi.

      Chez les moutons j’avais pas trop accroché à Porcelaine, mais dans l’ensemble c’est du très solide. Il faut encore que je lise Veridienne et Source des tempetes aussi

      • Véridienne ne m’a pas convaincu plus que ça, par contre Source des tempetes, après un départ un peu laborieux, est bien accrocheur. J’ai hate de le finir pour enchainer sur Shakti 🙂

  3. J’ai également adoré ce roman, l’ambiance est un peu lente ne me dérange absolument pas. Seule hâte : lire le tome 2 qui vient de sortir !

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