Ma révérence, loose et humanisme

J’ai acquis un réflexe pavlovien assez étrange, à force : Dès que je vois une BD avec Wilfrid Lupano en scénariste, j’ai envie de la lire. Faut dire c’est un peu sa faute, après Alim le tanneur, l’ivresse des fantômes, le droit chemin, il arrête pas de faire de bonnes histoires et du coup paf… Et les dessinateurs avec qui ils bossent sont vraiment pas mauvais aussi.

Mais quand je suis tombé sur « ma révérence » j’ai hésité, j’ai pas acheté de suite. J’ai tourné autour avec méfiance, reniflé, feuilleté, soulevé un sourcil perplexe, reposé le bouquin. Je suis pas vraiment fan du style de dessin qui est présenté ici, et le thème du polar social tourne souvent autour d’un discours moralisateur « nous pauvres losers pas chanceux la vie c’est trop la galère on a pas le choix tu vois ». Mais un jour j’ai tenté la chose, tout le monde en dit du bien, ça doit pas être si pourri ! Si je m’étais abstenu à chaque fois que je me suis dit ça j’aurais évité pas mal de bouses mais je suis un incorrigible optimiste, voyez-vous, alors je continue.

Ma révérence raconte le braquage de fourgon orchestré par Vincent, un trentenaire bien loser qui se traine d’un pas nonchalant pour nous raconter son histoire. Parce que c’est Vincent lui-même qui s’adresse à nous directement, qui nous raconte l’histoire du début, ou pas du début d’ailleurs, il se reprend, digresse, revient en arrière. Il nous présente Gaby, son complice wannabe Eddy Mitchell imbibé pitoyable, avant de nous présenter son plan de braquage social altruiste, puis revenir sur sa rencontre avec Gaby, sa rencontre avec Rana, et le récit se construit comme ça. Et cette narration est brillante, j’ai adoré l’histoire de Vincent à la fois pour ce qu’elle nous raconte mais aussi pour le ton.

Parce que contrairement à mon à-priori tout pourri, Ma révérence ne transpire pas la pleurnicherie sociale mais a un côté étrangement positif, plein d’espoir et d’humanisme. Le discours désabusé du narrateur est contre-balancé par l’humour et un certain côté « loser grandiose » qui m’a rappelé la BD « Le choucas » de Lax ou encore les histoires du poulpe que je lisais ado. Les personnages (Gaby en tête de file) sont finalement plus complexes qu’il n’y parait et surprendront le lecteur dans un final vraiment excellent, fruit d’une construction de récit menée de manière exemplaire.

Et le coup de crayon de monsieur Rodguen, finalement, colle très bien au récit. On a un dessin net, d’un trait encré fin pas toujours droit, qui tangue et se chevauche, mais rend au final justice aux « gueules » de ces personnages et à leurs expressions. C’est pas mon style favori, j’en tapisserai pas mes murs de posters encadrés mais on s’en fout, on lis une BD, pas un art-book, le dessin sert la narration autant que la narration sert le dessin et voilà donc un bouquin à la cohérence et à la justesse magistrale, d’autant plus que le découpage et la mise en scène sont d’une efficacité confondante.

Donc oui, vous l’aurez compris, j’ai un peu aimé et je recommande à tous les lecteurs qui aiment… Euh… A tous les lecteurs tout court, en fait. Lisez cette BD, point. Vous trouverez une preview de quelques pages par ici, si je vous ai pas encore convaincu.

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