Les temps assassins 1 : Rouge Vertical, Highlander Vs Assassin’s Creed

J’avais déjà entendu vaguement le nom « Le peuple de mü » par-ci par-là sur le net mais j’avais jamais eu une de leurs parutions en main, quand j’ai eu l’opportunité de recevoir Les temps assassins, c’était l’occasion. Je remercie d’ailleurs encore une fois Pierre Léauté de m’avoir envoyé son roman.

En recevant Rouge Vertical (premier tome d’une trilogie à priori), j’ai été frappé par le soin apporté à l’objet : exemplaire relié, couverture cartonnée, titre en dorure et relief, du fort bel ouvrage, l’éditeur a mis les p’tits plats dans la soupe, ça se voit. Et dedans y’a quoi ? Pierre Léauté nous raconte l’histoire de Charlotte Backson, jeune femme née au début du XVIIe siècle qui fut envoyée au couvent. L’adolescente découvre qu’elle peut manipuler son petit monde et joue avec les hormones de tout ce qui a une paire de testicules. Elle apprend bien vite à jouer de ses charmes pour arriver à ses fins, n’hésitant pas à mettre la vie des autres en danger, voire à les tuer froidement elle-même.

Au fur et à mesure de son histoire mouvementée, nous suivons Charlotte tandis qu’elle s’enfuit du couvent, change de vie, continue ses manigances et ses manipulations, jusqu’à se rendre compte qu’elle est immortelle. C’est en sa compagnie qu’on va traverser les siècles et revisiter certains grands moments de l’histoire de France, mais nous allons aussi en découvrir tout un pan secret qui se cache derrière ces êtres immortels. Charlotte n’est pas seule dans ce cas et elle va se retrouver prise dans un conflit entre deux castes de Highlanders complotistes qui essayent d’attirer la jeune femme dans leur camp, l’Horloge et Analekta.

Ce roman est un mélange de tout plein de choses à la mode, en vrac nous avons de l’uchronie, de l’histoire secrète, du fantastique, du voyage dans le temps… L’écriture est fluide, dans un langage ampoulé qui colle bien avec une héroïne (et narratrice) côtoyant la noblesse des siècles passés. L’ambiance est bien posée et on revisite ces petits épisodes de notre histoire en croisant des noms réels et connus, glissant le personnage de Charlotte qui servira de point de rupture pour faire dévier le cours du temps. Tout a l’air très bien documenté, les férus d’Histoire s’amuseront beaucoup. Le roman de 380 pages se lit très vite, même si on a souvent l’impression qu’il raconte beaucoup trop de choses pour son propre bien. Vous pouvez vous imaginer ça comme un mélange de Highlander, Assassin’s Creed et… Les X-Men par moments (?) avec du voyage dans le temps… Oui ça fait beaucoup.

Malheureusement je n’ai pas vraiment accroché à cette aventure, les 100 premières pages sont une course effrénée pour nous balancer la jeunesse de Charlotte, ses premiers crimes, en sautant du coq à l’âne de chapitre en chapitre. Et par la suite ça s’arrange pas. Il y a énormément de choses dans le roman mais on ne prend jamais le temps d’approfondir. On fait de l’uchronie mais on ne prend pas le temps d’explorer les conséquences des changements puisqu’on passe à autre chose, or c’est un peu tout l’intérêt de l’uchronie selon moi. On a des sociétés secrètes qui changent l’histoire dans l’ombre mais on ne comprend jamais leur vraie motivation, à part « on est une société secrète d’immortels, on fait c’qu’on veut d’abord ». Y’a du voyage dans le temps mais on sait pas vraiment comment ça marche… On survole un peu tout ça et on mélange très fort, quitte à perdre un peu le lecteur.

Mais mon plus gros soucis avec le bouquin c’est son personnage principal. Charlotte est une criminelle qui n’hésite pas à tuer ou manipuler les autres, ses premières victimes sont presque des détails. Mais voilà que plus tard, elle joue les femmes bafouées et réclame vengeance, elle crie à l’injustice, se sent trahie et on devrait avoir de l’empathie pour elle. De toute son aventure, je n’ai jamais ressenti un quelconque attachement envers l’immortelle. D’une part parce qu’elle est détestable, et aussi parce qu’elle fait un peu n’importe quoi. Elle va suivre tour à tour tous ceux qui l’approchent sans se poser de questions, tournant et retournant sa veste sans arrêt, faisant confiance à tout le monde et se laissant trimballer dans ces complots comme une planche de bois au milieu d’une mer déchainée. Elle est presque absente de sa propre histoire, elle subit à peu près tout.

Les temps assassins tome 1 : Rouge vertical est le début d’une saga ambitieuse mais qui m’a laissé assez froid. Entre son trop-plein de thématiques, son rythme bien trop rapide et son héroïne incompréhensible, j’ai lu ce roman comme on regarde passer un train, sans jamais m’intéresser à ce qu’il se passe dedans. Et j’en suis fort désolé.

Bouquin aimablement envoyé par l’auteur, merci à lui, pas sûr qu’il m’en propose la suite…

Lire aussi l’avis de : Hélène Ptitelfe, Songes d’une Walkyrie, Mr K (Le Capharnaüm éclairé),

8 réponses

  1. L’intrigue ressemble fort à une réinterprétation des Trois Mousquetaires de Dumas. Après tout, Charlotte Backson est un des noms de Milady de Winter… C’est une influence revendiquée de l’auteur ?

  2. C’est vrai que la présentation a l’air fort soignée, et que l’overdose de genres signe quasiment toujours un roman bancal. Ce qui est marrant, c’est que plusieurs bouts d’analyse que tu emploies, voire des phrases, correspondent point pour point a un roman complètement différent (US, fantasy historique naviguant entre l’Égypte et le Roi Lear) que je suis en train de finir. Comme quoi, il y a des maladresses qui sont universelles, quelle que soit la nationalité de l’auteur ou le genre auquel le bouquin appartient.

    Pour ce qui est de la fourniture de la suite en SP ou pas, personnellement j’ai beaucoup de respect pour ta démarche, qui consiste à dire exactement ce que tu penses, que ce soit en bien ou en mal, à propos du roman concerné. De toute façon, un éditeur ou un auteur intelligent saura reconnaître une critique argumentée et constructive, et tiendra compte de ces remarques pour essayer d’améliorer sa future prose. Du moins en théorie.

    • Il peut en tenir compte ou pas, c’est a lui de voir, les autres critiques sont toutes positives donc je suis peut-être l’anomalie dans la matrice 🙂

      Mais oui, SP ou pas je dis ce que je pense, c’est le jeu (eos en a fait les frais), sinon tu finis avec un blog « tout est merveilleux, je lis que des chef d’oeuvres » et je considère que ça aide vraiment pas les lecteurs.

  3. Dommage, j’avais été voir le bouquin sur le site de l’éditeur et il m’avait pas mal attiré. J’attendais ta chronique justement. Je vais tout de même aller lire d’autres avis pour me faire une idée plus complète.

  4. Tu en fais une critique très honnête et équilibrée, ce n’est pas totalement dans tes goûts, l’auteur ne peux pas te le reprocher. Je te remercie, car ce n’est pas un roman pour moi. En revanche, il correspond bien aux attentes de ma fille qui aime beaucoup ce genre d’histoire.

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