Les légions de poussière, Bastons de craie

Brandon Sanderson écrit des beaux pavés avec des univers massifs et des histoires complexes, mais quand il est fatigué il a besoin d’un peu se détendre, comme tout le monde. Dans ces moments-là, il écrit des pavés un peu plus petits, comme Les légions de poussière.

J’invente pas, c’est lui-même qui l’explique en postface, il a écrit The Rithmatist pour se dégourdir le cerveau comme on ferait son jogging du Dimanche (pour les fous qui font du jogging). Ce roman est donc plus léger, et orienté pour un public adolescent. Il nous raconte l’histoire de Joel, étudiant à l’académie Armedius qui forme les plus grands rithmaticiens. Sauf que Joel n’en est pas un, il est le fils de la femme de ménage et n’a aucun pouvoir, pourtant il se passionne pour cette discipline magique qui s’exerce en faisant des dessins avec une craie. Mais lui n’a pas été choisi lors de l’initiation, c’est un gros moldu, quoi ! Pourtant, il va réussir à s’incruster dans l’entourage du professeur Fitch pour l’été, et participer à une enquête sur des étudiants qui disparaissent mystérieusement.

Fidèle à sa réputation, l’écrivain nous sert un système de magie original et peaufiné dans ses moindres détails, on dirait que c’est vraiment son dada. La rithmatique permet à ceux qui ont le don de se battre avec des petites craies. Ils se les envoient pas à la figure comme mon ancien prof de maths, mais ils dessinent des formes spécifiques sur le sol, cercles de défense, lignes d’attaque, petites créatures appelées Crayolins… Il y a tout plein de règles qui nous seront expliquées au fur et à mesure, le gars il est parti loiiiin dans sa tête, mais c’est très divertissant. Au milieu de tout ça  on retrouve des personnages intéressants et bien mis en place, on s’attache sans problème à ce héros et son entourage, l’histoire de sa famille dans le contexte de l’académie est très touchante.

Le livre apparait bien construit et agréable à lire. On a un background intéressant avec cette géographie États-Unienne explosée, ces écoles de rithmaticiens qui forment des soldats pour aller contenir l’invasion de crayolins, cette ambiance fantasy steampunk extrêmement bien mise en place. Les légions de poussière est une lecture pop-corn pas désagréable, qui apparait clairement comme l’exercice d’échauffement d’un auteur qui avait envie de jouer avec une idée rigolote (ce système de magie), mais qui s’est pas trop foulé pour enrober tout ça. La conséquence est qu’on a souvent l’impression que le livre explique plus qu’il ne raconte, jusqu’aux trois quarts du roman l’histoire n’a pas avancé d’un millimètre, on est toujours quasiment dans la situation initiale mais on nous a étalé le background, on nous a exposé le système de magie, on nous a présenté ces personnages et ce monde.

Tout ça sert de moteur à une trame principale malheureusement très convenue, Joel va aider son professeur à enquêter sur la disparitions d’élèves au milieu d’un contexte scolaire avec les profs gentils, les profs méchants, les élèves condescendants, etc… C’est cousu de fil blanc, tous les schémas utilisés sont de l’archi-classique. Le pauvre héros, le mentor, l’ombre du père qui cache un mystère, la copine énervante, le « professeur à l’air méchant qui est sûrement le coupable mais peut-être que non mais peut-être que si quand même » (wink wink), le coup de théâtre qu’on voit venir a des kilomètres, on a constamment une impression de connaitre cette histoire. Si vous avez déjà lu deux trois références du genre, tout est absolument téléphoné.

Les légions de poussière est un roman divertissant, qui amuse le cerveau du lecteur avec son univers et ses mécaniques mais raconte une histoire archi-classique, oubliable. Certainement pas le meilleur travail de Brandon Sanderson, mais une bonne petite récréation, autant pour lui que pour nous. Par contre il conviendra certainement à de jeunes adolescents comme le prouvent les avis publiés sur Naufragés Volontaires ou chez Gromovar mais si vous avez plus de 15 ans et quelques lectures derrière vous, ça va limiter le truc. On est plus dans du « young child » que du « young adult » en fait. Tiens, si je le filais à ma nièce ?

Bouquin reçu en Service Presse de la part de Pocket, merci à eux.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog O Livre), Bruno Para (Bifrost), Bouchon des bois (les lectures de Bouch’), Dup (book en stock), Romain (Neufragés volontaires),

10 réponses

  1. Je suis une fan assidue de Sanderson. J’hésitais à lire celui-ci, non pas car il est surtout orienté divertissement pur (comme tu le dis), mais j’avais quelques craintes sur le public cible. Tu t’es amusé mais c’est trop clairement jeune public. ALors je passe sur ce Sanderson!

    • Je suis toujours mitigé sur sanderson, il a des trucs qui touchent au magnifique et des trucs qui plombent ses bouquins. Je sais jamais trop sur quoi on va tomber, là j’attends que le livre des radieux sorte en poche.

  2. Je l’ai lu aussi (pour l’offrir à mon filleul qui a bien apprécié à priori, du coup je lui ai refourgué Alcatraz cette année ^^), j’avais trouvé ça très sympa pour du jeunesse. Tout dépend si on est plutôt amusé ou exaspéré par le fait qu’il suive à fond le cahier des charges de l’histoire du jeune héros qui veut devenir magicien ^^

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