Les gardiens célestes, Menu dégustation

Nous voilà donc devant la fin des Chroniques de l’étrange, cette trilogie d’urban fantasy Hong-Kongaise, dont j’avais beaucoup apprécié les deux premiers volets avec leur ambiance si particulière. Avec Les gardiens célestes on a encore une fois un livre magnifique avec la couv’ de Xavier Collette et sa tranche noire toilée classe.

Mais arrêtons de baver sur la couverture, quoi qu’il y a dedans ? Nous avions laissé l’exorciste Johnny Kwan bien mal après l’hécatombe de son combat contre Tin Haa, et après plusieurs mois  il fait toujours profil bas et se planque avec son maitre James Woo. Il ne faut pas se laisser abattre pour autant, Johnny et ses alliés cherchent toujours un moyen de contrer les plans d’Anthony Chau. Ils restent donc actifs dans le business de l’exorcisme, suivant la moindre piste, le moindre signe d’activité surnaturelle louche. C’est évidemment dans ce dernier tome du cycle que nous verrons le grand affrontement qui va remuer la Terre et les Cieux dans des proportions spectaculaires !

Romain d’Huissier a toujours le chic pour faire démarrer ses romans au cœur de l’action, et ce dernier ne déçoit pas. Dès les premiers chapitres on replonge dans ce qui fait toutes le sel de la série : un mélange d’ésotérisme Taoïste et d’arts martiaux dans un Hong-Kong underground peuplé de créatures fantastiques. Direct ça bastonne et l’action revient très régulièrement, les combats sont très chorégraphiés et finement décrits, il y a du suspense et des retournements de situations pour tenir le lecteur. J’ai aussi beaucoup apprécié les rappels progressifs aux tomes précédents qui resituent l’intrigue assez subtilement pour ceux qui les ont lus y’a plus d’une semaine, même si ça peux ralentir le rythme par moments. Tout ça se passe donc toujours dans ce Hong-Kong hétéroclite qui mélange la culture ancestrale et la modernité galopante, et nos exorcistes doivent composer avec chaque couche de ce mille-feuilles culturel à l’ambiance si particulière et envoutante.

Le livre est plus ou moins structuré comme une succession de « missions » avec un objectif immédiat qui va servir le grand but final, et c’est peut-être le background de Romain D’Huissier dans le jeu de rôle qui se reflète ici. L’alternance repos-préparation-action donne une lecture agréable parce qu’on peux vivre une petite aventure entière (ou plusieurs) en une fois et revenir plus tard pour la suivante. Ça peux presque se consommer par petits épisodes, on picore, mais ce n’est pas pour autant qu’on oublie la globalité du récit parce que dans son ensemble, Les gardiens célestes est complet et satisfaisant. L’auteur construit une intrigue équilibrée qui exploite les principes d’équilibre et de transmission si chers à cette mythologie, et va donc un peu plus loin que « grosse baston contre gros méchant ». On a quelques surprises, quelques moments poignants vraiment bien dosés. Romain D’Huissier conclut la trilogie avec brio et donne bien envie de revenir à cet univers (mais on va le laisser souffler, il a mérité sa petite sieste).

Alors oui, y’a quelques truc un peu faciles qui débarquent dans le scénario, comme cette histoire de Gardiens célestes (qui arrive assez tard alors que c’est ce qui est teasé en quatrième de couv’), ou l’entrainement « ultime » de Johnny dans la décharge qui fait quand même vachement Dragon Ball. Oui, parfois les divinités ou l’univers en général nous servent des facilités scénaristiques un peu énormes, mais ça m’a pas dérangé plus que ça parce que c’est justifié par les partis-pris de l’univers avec ce principe d’équilibre à respecter et de « signes » qui, du coup, sont très bien exploités.

J’adore la galerie de personnages qui évoluent dans cette saga, il y a toute une équipe autour de Johnny Kwan et leurs relations sont très bien mises en place. Les liens se tissent et surtout il se dégage beaucoup de tendresse dans cette narration, entre les personnages, mais aussi pour cet univers en général. Quand Johnny (et l’écrivain, du coup) nous décrit Hong-Kong, ou sa mythologie, ou ses habitants, on sent beaucoup de douceur et de respect. C’est un élément un peu indéfinissable qui fait que je me sens « bien » dans ces romans, j’ai plaisir à m’y plonger parce qu’ils débordent de bienveillance. C’est (encore) complètement l’inverse du « Grim Dark », ça ne veux pas dire qu’il ne se passe rien de tragique mais justement, ça rend chaque tragédie plus poignante, plus dévastatrice. Et un autre aspect m’amuse beaucoup (et pourra en énerver certains peut-être…), c’est que l’auteur décrit le menu de chaque personnage à chaque fois qu’ils bouffent, et c’est à la fois drôle et ça participe à cette atmosphère culturelle enthousiasmante. Et ça m’a donné la dalle à chaque fois, mais le seul resto asiatique du coin est en vacances jusqu’au mois prochain. Damned.

Je suis très content d’avoir suivi cette trilogie jusqu’à son terme, elle m’a permis d’explorer de nouveaux horizons littéraires, de nouvelles ambiances, et de vivre une aventure avec une troupe de héros marquants et attachants. Si vous cherchez de l’urban fantasy à l’univers atypique, foncez. Si vous ne cherchez pas ça, foncez quand même, on sait jamais.

Les autres livres de la série : Les 81 frères (Tome 1), La résurrection du dragon (Tome 2)

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog O Livre),

Illustration de Xavier Collette

14 réponses

  1. J’étais très curieux de voir ce que vous en penseriez, surtout vu que j’ai découvert la série ici ^^

    C’est marrant du coup, on n’a vraiment pas la même lecture du machin (sauf pour la bouffe, clairement j’ai dû poser le bouquin deux ou trois fois pour casser une graine tellement il me mettait l’eau à la bouche !).

    Autant, j’ai adoré les deux premiers, l’intrigue se tient bien, l’univers est vraiment super ; autant, celui-ci j’ai un peu lutté…

    Les qualités intrinsèques restent là (écriture, personnages, univers) mais je trouve que ça part un peu dans tous les sens niveau histoire, je trouve qu’un perd énormément de vue l’intrigue principale qui se résout un peu bizarrement pour moi.

    Faut que je relise les trois d’affilé, c’est peut-être ça qui m’a gêné.

    • La différence que j’y ai trouvé c’est cet aspect « morcelé » du scénario qui se découpe en petites missions mais ça reste cohérent. Ils avancent petit à petit en récupérant des indices, des armes ou autre à chaque fois, pour le coup on dirait vraiment un jeu. C’est « éclaté » mais ça se tient pour moi.

      • Ca m’est déjà arrivé d’avoir du mal avec un bouquin dans ce genre là il y a longtemps. Je m’étais dit exactement « on dirait un jeu c’est pas ouf… ».

        J’ai pas réalisé au moment de la lecture que c’était ça qui pouvait me déranger. Je m’attendais à retrouver un truc dans le style du deux avec le fil rouge des Venins que j’ai beaucoup aimé.

        Merci pour la découverte, en tout cas, et la conclusion, du coup !

  2. J’avais complètement oublié cette série – même pas sûr de me souvenir que c’était une série, d’ailleurs. Mais c’est toujours satisfaisant de voir que la qualité est au rendez-vous jusqu’à la fin. J’en prends bonne note et me lancerai si l’occasion se présente. ^^

  3. Bon avec un si bon retour, je ne peux que vouloir continuer la lecture de la série!
    Et c’est vrai que Romain d’H a le talent pour démarrer au coeur de l’action!

  4. En tant qu’inconditionnelle des éditions Critic, je crois que ce n’est plus qu’une question de temps avant que ceux-là n’atterrissent chez moi. Les couvertures sont à baver (tu en as fait les frais et à mon avis, tu n’es pas le seul LOL), les synopsis alléchants … sans parler de ton avis qui, pour le coup, donne encore plus l’eau à la bouche. Et puis bon, cette référence sympa à DBZ, quoi …
    Pas bon pour le régime budgétaire, tout ça :p

    Merci pour ton retour !

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