Le premier, la chasse est ouverte

 J’en ai déjà parlé par ici, mais de toutes les représentations vampiriques qui envahissent nos écrans et nos pages depuis des années, j’ai une large préférence pour le bestial, le violent, celui qui dévore de la chair fraiche (enfin, surtout le sang qu’il y a dedans) sans forcément accompagner ça d’un Chateau Latour 1886 sur fond de concerto pour clavecin. Vous l’aurez compris, la vision romantique du vampire, son rapprochement à la sensualité, voire à la sexualité, me laissent froid la plupart du temps (il dit qu’il voit pas l’rapport), même si c’est un héritage direct de la littérature du XIXe siècle.

Autant vous le dire tout de suite, pour cette raison seule, la lecture du livre « le Premier » de Nadia Coste aux éditions Scrinéo fait un bien fou ! Comme son titre l’indique, ce roman nous raconte l’histoire de Vaïn qui deviendra le premier vampire après avoir été assassiné par son frère. Ce début d’histoire se déroule à l’époque du néolithique et les deux frangins appartiennent à une tribu primitive type chasseurs-cueilleurs, sont armés d’outils en pierre taillée et vivent en petite communauté. On suivra la découverte des pouvoirs et contraintes de Vaïn ainsi que la traque de son frère Urr et de tous ses descendants.

On retrouve l’utilisation de quelques poncifs du genre, mais l’auteur esquive à peu près tous les pièges et clichés qui entourent cette mythologie largement surexploitée. Le cadre historique, tout d’abord, est à la fois très original et crédible, mais c’est surtout l’évolution du héros qui donne tout son intérêt au roman. Vaïn débute l’histoire en tant qu’ado paumé et évolue avec la découverte de sa nouvelle condition, il devient un prédateur implacable mais garde toujours des doutes et des peurs, des angoisses liées à la solitude (qui frisent la folie par moments). Pourtant, il ne tombe jamais vraiment dans l’auto-apitoiement et le « oh mon dieu c’est trop injuste, pourquoi moi ? ». Nadia Coste reste en équilibre constant entre l’humain et le prédateur, elle ne bascule ni dans le héros geignard ni dans le monstre inhumain et c’est ce qui garde son lecteur accroché jusqu’au bout.

L’intrigue générale reste simple, les amateurs de complots tortueux n’y trouveront pas leur compte mais le livre est assez court et ses qualités empêchent le lecteur de s’ennuyer. On découvre les caractéristiques de la mythologie vampirique d’un œil neuf, les quelques explications présentées par Nadia Coste (notamment les circonstances de la naissance du premier vampire) sont bien amenées et astucieuses, elles gardent toujours un côté naturel et logique, le vampire est une aberration évolutionniste mais le surnaturel n’intervient jamais ouvertement.

Vaïn fait des expériences pour connaitre ses possibilités et ses limites, que nous connaissons en majorité avant lui, ça rend la lecture ludique par moments, on se demande comment il va découvrir tel ou tel truc. Sans être vraiment trop gore, Le Premier reste tout de même violent et cru, y’a de la bestialité là-dedans, ça saigne et ça se bouffe. Les quelques scènes d’action sont d’ailleurs bien dosées et dynamiques, le rythme général de l’histoire est très bien équilibré, j’ai vraiment passé un bon moment grâce à ce livre, c’est un très bon divertissement, malin, rafraichissant et rudement bien écrit.

J’ai reçu ce livre grâce à la dernière opération Masse Critique du site Babelio, merci à eux et aux éditions Scrinéo. D’ailleurs, comme pour Aeternia chez le même éditeur, la couverture est vraiment superbe, et donc aucune surprise en découvrant Aurélien Police comme illustrateur derrière, encore. Ce mec devient un incontournable de l’illustration et tant mieux, on en voudrait plus des comme lui.

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