La bibliothèque de Mount Char, Apprendre dans la douleur

Oh tiens, la bibliothèque de Mount Char est listé pour le Masse Critique de Babelio dans son format poche, tout le monde en dit du bien et il a même gagné le prix Elbakin 2018 du meilleur roman étranger, une valeur sûre, je coche.

Oh, je l’ai reçu…

Mouarf, je l’ai lu…

Pour présenter le bouquin, il faut faire attention à ne pas trop en dire, alors on va y aller prudemment. Carolyn vivait sa vie d’enfant américain normale quand ses parents connurent une fin tragique, et elle fut recueillie par Père. Le bonhomme mystérieux a pris sous son aile douze orphelins comme Carolyn pour leur enseigner l’étendue de son savoir millénaire, car père est un être d’une puissance difficilement imaginable. Sauf qu’aujourd’hui, elle a la bonne trentaine et Père a disparu. Ses douze « bibliothécaires » vont devoir élucider le mystère de son absence et… faire des trucs… bizarres… Mais plutôt que de partir sur le mystère de la disparition de Père, Scott Hawkins va nous proposer un livre sur le mystère de son livre. La question qui reviendra assez souvent dans la tête du lecteur étant « c’est quoi ce bordel ? ».

La construction du roman part un peu dans tous les sens, et il faudra bien 200 pages pour rentrer dedans et commencer à en recoller les morceaux. Cet aspect peux être une qualité ou un défaut selon votre point de vue. Le roman est une énigme en soi, le lecteur devra slalomer entre les flashbacks, les histoires des enfants de Père, et le pauvre Steve qui se retrouve embrigadé là-dedans malgré lui. L’auteur donne à son œuvre un côté lovecraftien qui va titiller les grandes puissances inconcevables de notre univers et essaye de les mettre à notre portée, nous, pauvres mortels. On suit assez souvent Carolyn mais on ne sait pas encore très bien ce qu’elle fabrique, elle est une des pièces du puzzle. Autour d’elle il y a ses « frères et sœurs », tous plus tarés les uns que les autres, qui ont chacun une spécialisation dans la super-puissance héritée de Père. Et on suit deux gens normaux avec Steve qui est embarqué là-dedans sans avoir rien demandé, et Erwin, un gros balèze qui enquête sur tout ce petit monde.

Le lecteur veut donc savoir ce qui est arrivé à Père, mais on apprend aussi beaucoup sur le passé, sur la formation de ces douze disciples (qu’on appelle « bibliothécaire » même si rien à voir, mais faut plaire aux lecteurs alors bon…). Et, comme de bien entendu, la formation est pas vraiment « pédagogie positive ». Imaginez que Touloulou veuille prendre des humains sous son aile et leur apprendre deux trois ficelles, les heureux élus vont en chier. Là c’est à peu près pareil, La bibliothèque de Mount Char nous propose régulièrement des petites séances bien malsaines de torture, de « leçons » à la dure, parfois sur des enfants parce que c’est là qu’ils sont le plus tendres. Alors d’une part, les petits passages de « je te torture, je te tue, je te ressuscite, mais il faut bien ça pour que tu comprennes, désolé », moi j’aime pas du tout, mais pas du tout du tout. La scène du « barbecue » a failli me faire abandonner la lecture. Et ensuite, rien que l’idée sous-jacente que pour acquérir des pouvoirs cosmiques phénoménaux il faut devenir un connard de première, je trouve ça un peu débile.

Ce qui découle de ça, c’est que la plupart de nos personnages principaux sont effectivement des sociopathes finis, et que si tu aimes bien avoir quelques êtres humains avec des sentiments dans ton roman, tu pourras repasser. Alors on a bien Erwin mais c’est plus un Robocop qu’un être humain, et Steve est un archétype de héros Gaimanien : « J’y comprends rien et je me fais promener par les évènements ». Oui parce que dans son ensemble, La bibliothèque de Mount Char rappelle souvent les univers à la Gaiman/Mieville qui auraient fait des bébés avec Lovecraft. Et quand on arrive au bout et qu’on recolle les morceaux de ce roman éclaté dans tous les coins, on revient sur quelque-chose de relativement simple (et largement prévisible) qui, donc, apparait comme « compliqué pour le plaisir d’être compliqué ». Mais si on ajoute à ça la tendance (que j’aime pas du tout non plus) de Scott Hawkins à balancer des phrases pseudo-savantes qui servent à rien du genre « Il s’agit essentiellement d’un construct mathématique, une tautologie auto-référentielle, consacré sur le plan du regret », ma réaction c’est « arrête de te foutre de ma gueule, livre ».

Vous l’aurez remarqué, la plupart de mes griefs sont des points vraiment personnels, des trucs qui m’énervent mais qui sont pas forcément des défauts à proprement parler. Ça explique le succès et la très bonne réputation de ce roman mais pour moi c’est pas passé, je suis jamais rentré dedans et il m’a énervé plus d’une fois.

Livre reçu de la part de Folio SF et babelio dans le cadre de l’opération Masse Critique.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (Blog o Livre), Apophis (Le culte d’Apophis), Lutin82 (Albédo), Samuel Ziterman (Lecture 42),

19 réponses

  1. Je l’ai reçu aussi dans le cadre de la Masse critique Babelio. Je serai un peu moins critique que toi même s’il y a des points que tu soulignes qui m’ont aussi fait tiquer 🙂

  2. « Et maintenant, mesdames et messieurs, le décompte des points :
    – Gaiman : 1 point pour la lecture. – Miéville : 1 point pour la non-lecture. – Lovecraft : 1 point pour la non-lecture. – L’Ours : 2 points pour la non-lecture.
    *roulement de tambours*
    Large victoire de la non-lecture ! »

  3. Bien d’accord, ça sert à rien de barder certains livres de violence gratuite comme ça arrive pas mal. Après, fin pas prévisible juste à cause d’une chronologie Ikéa, ça m’étonne que les critiques ne s’en soient pas aperçus…

  4. Effectivement ce n’était pas ta tasse de thé. je ne suis pas surprise de ton avis très mitigé car le roman a de quoi être assez clivant. pendant un bon moment, j’ai cru que j’allais passer à côté et puis, j’ai finalement été embarquée. Cela doit dépendre, des nuances personnelles. cependant, je ne pense pas qu’à la base ce soit vraiment le genre de textes qui te conviennent, maintenant que je commence à te connaitre.

  5. Il me tente quand même toujours. Après dans mon souvenir il est dispo en prêt numérique à la bibliothèque donc au pire ça ne me coûtera pas trop cher 😀

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