Kanopé, conscience-fiction

2137, on a tout pourri la planète (on en a mis du temps…), l’écosystème s’est éteint progressivement et c’est la merde partout. Enfin… Presque partout… L’Amazonie reste une forêt sauvage car la région a été mise en quarantaine après un accident nucléaire. Bizarrement, la nature y subsiste. Bizarrement, quelques humains aussi.

L’histoire de cette BD débute quand Jean entre dans la zone de quarantaine pour échapper à ses poursuivants robots. S’attendant à trouver une armée de singe-mutants à 12 pattes il tombe sur Kanopé, une orpheline qui vit seule dans sa cabane au milieu de la forêt. A travers la rencontre et les relations entre de ces deux personnages, on va découvrir tout ce qui vit caché de la civilisation, animaux, humains, plantes. Kanopé est une invitation subtile à la découverte de la nature et à la réflexion sur l’impact de l’homme sur l’écologie.

A travers un beau one-shot de 120 pages, Louise Joor nous plonge dans une BD au rythme doux et contemplatif sur la place de l’homme dans la nature, sans être lourd ni moralisateur (spécialité écolo since 1970). On a droit a de belles scènes de vie animale, des décors et ambiances travaillés qui fonctionnent à merveille, on sent que l’auteur aime la forêt, sait de quoi elle parle et veut la partager, la nature prend vraiment vie dans ce bouquin. Le dessin sert très bien le propos, simple, lisible et dynamique, tout en gardant un style personnel assez loin des canons de la BD moderne.

Je reprocherai seulement une relation entre Jean et Kanopé un peu trop classique dans le schéma « moi Jane, toi Tarzan » et un poil « rapide » à évoluer, mon ressenti est que le temps qu’on prend à contempler l’environnement et explorer la forêt, on le perd à construire une relation progressive et douce. Ce qui est du coup une conséquence directe du choix « one-shot », il aurait fallu un peu plus de temps pour établir une relation plus convaincante pour moi. Cependant, ça ne nuit pas à la pertinence de l’univers et de l’histoire générale, et la dernière partie de l’album fonctionne très bien malgré ça. Du coup, est-ce qu’une histoire plus longue aurait été aussi pertinente dans le format ? Peut-être pas…

Mais comme l’album ne se résume pas à une romance en slip léopard, tout ce qui gravite autour des personnages principaux passe très bien sur un premier degré de lecture grâce à un univers SF light très cohérent et finalement très actuel. Sur un second niveau, ce récit d’anticipation fait écho à notre époque, tout ne nous est pas expliqué de but en blanc mais on aperçoit des ponts évidents, la responsabilité des entreprises et des individus, la présence des « éco-martyrs » (qui m’a bien fait rire), la nature qui trouve son chemin si on lui fout la paix…

Le message n’est pas assené à coup de massue, il est disséminé dans chaque page de manière positive et simple. Sa force est de ne pointer personne du doigt avec la bave aux lèvres en criant des slogans à la con, l’art de la demi-mesure et de la prise de recul est compliqué, mais ici joliment accompli.

Vous pouvez retrouver Kanopé aux éditions Delcourt, sur le blog de Louise, la page du super réseau social maléfique mais indispensable, et une preview de quelques pages par ici.

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