Chien du Heaume, Douce brutalité

Quand on commence à s’intéresser à la Fantasy, il est toujours un peu compliqué d’attaquer la bibliographie d’un auteur car soit il a déjà une série de 15 tomes à rattraper, soit son dernier livre et le premier tome d’une beaucoup-logie et on se dit qu’on va attendre la fin plus de 20 ans. Donc en général, grosse méfiance, tu te renseignes, tu trempes un orteil dans la piscine pour voir si une armée de piranhas ne va pas vouloir te torturer pour les années à venir (bon, parfois on s’en plaint pas trop non plus). Donc quand je suis tombé sur Chien du Heaume, petit roman de 200 pages qui se suffit à lui-même, il a fait figure de récréation, une petite sucrerie entre deux pavés. Autant vu dire que j’l’avais pas vu venir, la madame.

Oui, Chien du Heaume n’est pas un chien, mais une femme. Elle est petite, laide, acariâtre et vit dans un monde médiéval violent et sombre, mais elle a un but : Elle cherche son nom. En effet, notre héroïne a oublié son passé, Chien n’est que le nom qu’elle a reçu parmi les mercenaires qu’elle côtoie. Son seul indice est la hache que lui a laissé son père, une arme peu commune qui lui sert de point de départ dans sa quête d’identité, bon ça lui sert aussi à trancher des gens, accessoirement… La première qualité du roman est son personnage principal, loin de tous les personnages féminins croisés dans la littérature de l’imaginaire, voire de la littérature tout court, Chien est à l’image du monde dans lequel elle évolue, elle est dure, violente, taille son chemin à la hache, elle est plus proche d’un Druss ou d’un Leth Marek que de toutes les femmes qu’on rencontre dans nos lectures, on est loin de la mystérieuse madame sexy, de la souple guerrière acrobate ou de la princesse à sauver.

On pourrait craindre que Justine Niogret (oui, c’est l’auteur, j’avais pas précisé ? Merde, quel manque de rigueur…) tombe dans l’effet opposé, un personnage trop bad-ass pour être humain, trop monolithique pour être attachant, et non, surpraïze ! L’action et  la violence crue sont compensées par des moments introspectifs, touchants et mélancoliques, Chien reste une brute pas bien bavarde ni souriante, mais on frôle assez souvent un semblant d’humanité touchante derrière les silences, les pauses au coin du feu, les doutes sur son identité.

Mais le roman ne se résume pas seulement à son protagoniste principal, il a beau être assez simple, il s’y passe quand même des choses, Chien va croiser d’autres excellents personnages comme Bruec ou Regehir, ou la mystérieuse Salamandre, guerrier quasi-surnaturel qui va s’opposer à elle. Il y a du danger, de la baston, du sang et des doutes, des personnages forts dans un monde médiéval cru, réaliste ou tout du moins très très crédible, impression confirmée par la profusion de détails disséminés dans l’histoire, de petits riens qui rendent le monde palpable et vivant. On retrouve même un lexique pour éclairer tous les points de détails qu’on va croiser, lexique qui contraste merveilleusement avec le roman, il est écrit sur un ton drôle et léger qui montre à la fois le soucis du détail de l’auteur et surtout un certain sens de l’humour et de la dérision.

Cet attachement aux détails de la chose médiévale se retrouve beaucoup dans le vocabulaire du récit, le langage employé colle à l’ambiance, y’a des tournures volontairement désuètes mais le texte parvient à rester digeste et même à trouver un équilibre parfait entre écriture moderne et tournures old-school, ça en devient poétique et vraiment agréable à lire.  Bien sûr, ce premier roman de Justine Niogret n’est pas sans défaut, il y a quelques flottements dans le rythme, une trame scénaristiques assez légère, c’est ni parfait ni calibré pour l’être mais le format court permet à ces défauts de rester en retrait, et aux qualités de squatter le devant de la scène.

J’ai commencé cette chronique en parlant de fantasy car il est étiqueté comme tel, chacun a un peu son avis sur la question mais Chien du Heaume n’a que très peu d’élément merveilleux, les quelques passages qui pourraient s’en rapprocher touchent plus à l’onirique et aux croyances, et le livre est peut-être finalement juste un roman d’aventure dans un contexte médiéval… Mais un putain de bon roman qui défonce quand même.

Lire les avis de : Vil Faquin (La Faquinade), Dionysos (Le bibliocosme), Luigi Brosse (elbakin.net), BlackWolf (Blog-o-livre), Bon, y’en a des tas, pour le reste utilisez Google, vous êtes grands et vaccinés.

6 réponses

  1. J’ADORE ce livre! Je l’ai lu l’hiver, l’annee derniere, quand je levais le nez du livre je voyais le paysage recouvert de neige, les corbeaux, les branches mortes par la fenêtre… Pour m’ambiance j’etais au top! Je trouve que Justine Niogret a une jolie plume, en lisant on sent le vrai travail qu’il y a derrière pour le choix des mots.
    Par contre la suite « mordre le bouclier » m’a laissé dubitative. La magie s’est envolée avec le second tome 🙁

    • J’ai pas encore lu « mordre » mais ça ne saurait tarder.

      C’est vrai que le bouquin a une ambiance vraiment envoutante, je suis assez d’accord là-dessus

  2. Je le commence ce soir, vivement ! Et je viens de terminer « Gueule de Truie », j’avoue, j’ai pris une petite baffe quant à l’écriture incisive et en même temps poétique de la représentation d’un monde (ou ce qu’il en reste) foutu et résigné à sa propre perte parce que non l’homme ne mérite plus de vivre… Bravo aussi pour les montagnes russes émotionnelles que l’auteure nous fait vivre à l’égard du héros.

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