We ride the storm, La chevauchée vers l’empire

We ride the storm était à l’origine auto-édité et finaliste du SPFBO 2018, il m’avait tapé dans l’œil à cause de la couverture magnifique de John Anthony Di Giovanni. Ses très bonnes critiques m’ont poussé à l’ajouter à ma petite liste d’achats mais, dès que j’ai tourné le dos, Orbit a racheté les droits de la saga et a décidé de changer la couverture pour un truc vraiment moins à mon goût (pour rester diplomate). Je suis triste, je n’aurai jamais la couverture originale qui n’est plus disponible. Mais j’avais toujours envie de le lire alors je me suis rabattu sur l’ebook.

L’empire de Kisia est dirigée par l’empereur Kin Ts’ai mais le bonhomme n’a pas encore désigné d’héritier donc c’est un peu la foire. Sa femme a deux jumeaux bâtards mais ils restent dans le flou quant à leur sort. Et voilà que les Chiltaens d’à côté commencent à envahir le coin à l’aide des fameux mercenaires Levanti. Dans tout ça nous suivrons trois points de vue complémentaires. La première protagoniste est Miko Ts’ai, la princesse bâtarde de Kisai qui déjoue les tentatives d’assassinat depuis son enfance, et rêve de diriger l’empire avec son frère. Mais l’empereur les laisse dans le flou quant à leur avenir. Côté Chiltae, le lecteur suivra Cassandra Marius, une assassine un peu perturbée par la voix qui squatte son cerveau. Pourtant ça ne l’empêche pas d’être balèze et quand on lui promet de la guérir, elle n’hésite pas à se jeter au cœur des complots. Et enfin le capitaine Rah e’Torin est exilé avec son escouade de cavaliers nomades Levanti, et il sera forcé de choisir entre se battre pour Chiltae ou mourir.

Devin Madson nous propose ici une fantasy d’inspiration asiatique, et le dépaysement ça fait toujours du bien. Kisia évoque évidemment les grandes dynasties d’empereurs de Chine tandis que les Levanti sont inspirés des peuples nomades mongoles, avec leurs chevaux et leurs arcs. Chiltae est le pendant un peu plus occidental de cet univers, avec une religion monothéiste quasi-chrétienne, des prêtres et des noms occidentaux. C’est dépaysant sans être toutefois renversant, parce que c’est pas non plus super original au sein du sous-genre spécifique. On a un gros imbroglio politique avec différents peuples, mais comme le titre l’indique, nos protagonistes apparaissent comme des petites feuilles emportées par la fureur de la tempête et finissent presque malgré eux par jouer un rôle dans cette grande fresque.

Les personnages sont très solides et accrochent le lecteur sur la durée. Même si Cassandra est un peu en retrait et que son arc joue au ping-pong entre deux royaumes, sa relation avec sa colloc de cerveau est bien exploitée, entre dépendance et répulsion. L’histoire de Miko est la plus politique mais arrive à faire passer assez d’humanité pour s’y investir. La princesse veut tirer son épingle du jeu mais elle oscille entre une détermination implacable et les doutes, est-elle le meilleur choix d’héritière pour l’empire ? Doit-elle s’imposer ou rester en retrait alors qu’ils sont envahis ? Les (très bons) personnages secondaires qui défilent vont rendre ces choix encore plus difficiles, et cette incertitude plane sur tout le roman. La princesse,  et le lecteur, ne connaissent pas la réponse, l’enjeu est là et tient sur un fil. Ce qui partait comme « mais avec qui qu’on va la marier ? » prend un tournant beaucoup plus fort pour cette jeune femme qui prend son destin en main.

Et enfin dans l’arc Levanti, Rah va nous entrainer dans la guerre et l’esclavage. Son escouade tombe dans les mains de l’armée Chiltaenne et ils sont obligés de renoncer à leur code et leurs valeurs pour survivre. Le capitaine souffre de ça mais lutte comme il peut pour garder son honneur… Et ça a des conséquences. Ses hommes ne voient pas tous son entêtement d’un bon œil, l’enjeu sera de trouver le bon équilibre, s’il existe. Avis aux lecteurs et lectrices sensibles, on nous décrit quelques décapitations par le menu, mais ça a bizarrement du sens dans le contexte. Il y a également une scène de viol (en tant qu’arme de soumission en temps de guerre) que l’autrice arrive à évoquer avec une certaine retenue, dans une scène forte. Mais on se demande toujours s’il c’était bien obligatoire, à chacun de juger de sa pertinence selon sa sensiblité.

Au final l’ensemble n’est pas extrêmement original, on a déjà vu certains schémas mais ça a du souffle, les personnages et leurs dilemmes tiennent le lecteur sur ses 500 pages et on découvre quelques scènes mémorables comme le duel rhétorique de Rah ou la confrontation de Miko dans la salle du trône. Tout est articulé de manière très précise, la construction de cet édifice est bien pensé et le fil se déroule de manière fluide et prenante. Certains personnages font le pont d’une perspective à l’autre du roman mais les protagonistes ne se croiseront pas (encore). Attention, pour les allergiques aux cliffhangers, la fin nous laisse dans une situation pas complètement résolue. Elle offre un beau retournement de situation, mais il faudra attendre le second tome We lie with death en Janvier 2021 pour connaitre la suite.

Je continuerai cette série qui reste une belle aventure, une lecture prenante et rythmée, une tragédie tout en nuances de gris qui tient ses promesses.  Notez également que The reborn empire est la seconde trilogie de l’autrice, la première intitulée The vengeance trilogy se passe chronologiquement avant, et a aussi été rachetée par Orbit. Elle ressortira le 04 aout avec des couvertures moches également. Pour bien pleurer je vous laisse avec les deux couvertures originales que je n’aurai donc jamais dans ma bibliothèque.

4 réponses

  1. Ils sont malades chez Orbit ou quoi ? Ils ont des couvertures de compétition, et ils les remplacent par ces… choses hideuses et sans âme ? Ok, les goûts et les couleurs, tout ça, mais tout de même !

    • Soit c’est la politique de l’éditeur de refaire une nouvelle couv (comme grey bastards) pour différencier les éditions… Soit l’artiste a pu refuser le deal.

      Mais là le résultat est vraiment pas terrible

  2. Bien tentant par son originalité.
    Et c’est clair que les couvertures sont dans le style « on s’est pas fait chier ». Assez drôle de voir l’auteur être aussi excité sur son site. 🙂

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