Queens of the wyrd, Godess of war

La première fois que j’ai croisé Queens of the wyrd sur les réseaux sociaux, j’ai haussé un sourcil et râlé dans ma barbe « oui bah c’est juste Kings of the wyld avec des femmes ». C’est même ce que j’ai tweeté à peu près. Le quasi-même pitch, le quasi-même titre, ça faisait un peu gros. Mais il avait quand même de très bons retours, et a gagné une superbe couverture récemment. Et je suis quand même curieux.

Lovis est une ancienne guerrière qui vit aujourd’hui tranquillement (ou presque) avec sa fille de 10 ans sur une île reculée de l’archipel. La vie de mère célibataire est un peu compliquée et être une hybride humaine-géante aide pas vraiment à s’intégrer. Mais un jour, son ancienne camarade Solveig vient cogner à sa porte. Elle a besoin de l’aide de sa meilleure amie pour sauver sa fille coincée dans une ville assiégée au milieu de la plaine de Vigrid. Lovis va ressortir son bouclier légendaire et partir réformer les Shieldmaidens pour un dernier raid, ensemble jusqu’aux portes du Ragnarök.

Oui, voilà, ça se voit un peu que c’est le pitch de Kings of the wyld, quand même, vous voyez. Mais quand on lit la genèse du projet, on comprend à peu près la démarche. Timandra Whitecastle a adoré le roman de Nicholas Eames mais un truc la saoule : pourquoi c’est toujours les mecs qui partent dans des aventures épiques ? Pourquoi la maman reste toujours à la maison et s’efface ? Pas aujourd’hui monsieur, aujourd’hui, les mamans elles vont partir à l’aventure et botter des culs. Et c’est ça le propos, une réponse à un livre qu’elle a adoré, mais avec un sens supplémentaire, un discours sur la maternité et le sacrifice.

Mais si Queens of the wyrd part de cette filiation et l’assume, il arrive à s’en détacher en virant le ton comique de son inspiration. Et surtout on oublie le cadre de Donjons et dragons classique pour taper dans la mythologie nordique. Après The shadow of the gods, faut croire que les vikings et les mamans épiques ça marche bien. Tout le cadre du roman est ici plongé dans la mythologie, les Shieldmaidens ne sont pas un simple groupe de bourrines, elles sont des anciennes héroïnes quasi-divines. Sol a reçu sa lance d’Odin lui-même, Lovis a du sang de géant et vient de Jötunheim, Torune et Eira sont… Bah je dis pas, on va pas spoiler ça. Oui, Queens of the wyrd c’est Wyld avec des mamans qui débarquent dans l’univers du dernier jeu God of War, grosso modo. L’ombre des dieux est bien là, les neufs royaumes et l’arbre sacré sont une réalité. Et le Ragnarök aussi.

Mais alors, on sait pas, ça vaut le coup ou pas, ce bouquin ? Ben oui, carrément, malgré ma réticence initiale de vieux râleur, faut avouer que Queens of the wyrd est un bouquin sacrément bon. L’autrice nous a créé des personnages forts qui fonctionnent bien ensemble. Il y a l’alchimie de groupe, l’amitié sans faille, l’action, le cadre nordique qui fonctionne très bien. La mise en contexte de la mythologie scandinave participe aussi à la richesse du bouquin, on découvre un passé compliqué pour chacune des Shieldmaidens, compliqué avec les hommes, compliqué avec les dieux, et maintenant elles affrontent la vie seules. Mais l’intrigue de fond réserve des surprises quand on apprend ce que cache le siège dans lequel est coincée la jeune Astrid.

Par certains côtés on aurait préféré que la filiation avec Wyld soit moins flagrante, que la protagoniste ne soit pas une colosse taciturne avec un bouclier en bois sacré, que Sol ne soit pas une leader charismatique aux cheveux dorés, que sa fille ne soit pas bloquée dans une guerre lointaine qui oblige l’ancien groupe de mercenaires à se reformer. Mais ces parallèles participent aussi au propos de fond du bouquin. Pourquoi Clay peut partir à l’aventure alors que sa femme va gentiment garder la petite à la maison ? Lovis n’a personne à la maison, elle va même devoir emmener Birke avec elle. Ce parallèle est le propos du bouquin, est-ce qu’il serait aussi fort sans la référence ? Ou, tout connement, est-ce que j’aurai entendu parler de ce roman sans cette filiation ?

Because we’re mothers, you and I. We don’t have stories of our own. We are background notes in someone else’s story. We don’t get to choose. We get to die in childbirth. We get to sacrifice who we are for our children, for our husbands. If we’re lucky, we are allowed to live in someone else’s story as their love interest. And it’s not fair, but that’s our story.

We are ignored. We are forgotten…until we are needed. And we are always needed, Sol, though no bard has ever sung ‘The Ballad of That Time When the Mother Had to Find Food for the Starving, Bawling Children and Fought Off Hunger Every Day.’ Or ‘The Ballad of That Time When the Mother Had to Take Care of All Her Children and the Property and Her Aging Parents and Nearly Lost Her Mind.’ Or ‘The Ballad of Oh My God Why Can’t You Wipe Your Own Bum, Child?’ Because no one wants to hear that. It has no dragons in it. No gods. No chosen ones. There’s no fateful destiny for mothers, because guess what? Tomorrow, you get to do it all over again. The epic battle of everyday life while suffering from years of sleepless nights no one asks the bards to sing that one. There is no glory in what we do, Sol. There’s only necessity. And necessity is as noble as sacrifice, even if no one pays a bard to write a song about it.

Queens of the wyrd parle ainsi des mères, des femmes qui s’effacent des sagas dès qu’elles ont des enfants, qui donnent tout pour leur foyer et n’existent donc quasiment plus dans les grandes histoires, dont l’héroïsme est quelque part entre les couches et les nuits blanches, l’héroïsme invisible. Mais quand elles doivent partir à l’aventure, oh boy, elles envoient du pâté. Mais une maman qui part à l’aventure, elle doit faire l’héroïsme, oui, mais elle assume toujours ses enfants, bien sûr, y’a pas bobonne à la maison pour ranger la famille le temps qu’on fasse des cabrioles. Le fait de faire partir Birke avec Lovis pour cette croisade ajoute un lien fort dans le groupe, et un sens à tout ça. Lovis passe son temps à protéger sa fille avant tout, et à balancer des bourre-pifs ensuite. Il y a bien sûr des moments touchants, des moments drôles, parce que l’autrice réussit très bien les relations entre ses personnages complexes. Il y a l’adorable Birke, mais il y a aussi les membres du groupe qui se soutiennent à tout prix, il y a l’amitié indéfectible et la sororité quand l’une des filles a besoin d’aide. Bon, on va aussi essayer de sauver le monde, mais c’est accessoire.

Et pour ne rien gâcher, il y a de grands moments épiques, des combats contre des dragons, des déchainements de magie, des armées de méchants monstres à repousser avec une poignée de camarades. Cette scène où Lovis « déboite » un dragon avec son bouclier, diantre c’était quelque-chose. Timandra Whitecastle nous offre un roman plein d’action où les bastons et l’intrigue progressent en même temps, sans temps mort et avec des surprises tout le long. On va même parfois un poil trop vite, si on veut chipoter, j’aurai vu un peu plus de temps calmes pour souffler, mais on va pas pinailler, Queens of the wyrd est une réussite avec des personnages forts, du rythme, de l’action, et du fond amené par ce point de vue maternel.

12 réponses

  1. Je l’avais acheté direct à l’époque où tu en avais parlé et comme tant d’autres, il a dégringolé au fin fond de ma PàL (^^’). Il faut dire que j’avais complètement loupé l’aspect mythologie nordique, sinon je l’aurai lu bien plus tôt ! Bon, ben, je vais aller le repêcher XD.

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