Le mystère du tramway hanté, Le Caire nid d’esprits

Nous voici de retour chez P. Djèlí Clark après les deux textes des Tambours du dieu noir. On reprend d’ailleurs son univers du Caire uchronique et magique qui nous a été présenté dans L’étrange affaire du djinn du Caire pour ce nouveau texte de 100 pages, intitulé Le mystère du tramway hanté, toujours publié chez L’atalante.

Cette petite histoire se passe au Caire en 1912, Hamed Nasr est un agent du Ministère de l’Alchimie, des Enchantements et des Entités surnaturelles. Accompagné de son jeune coéquipier Onsi Youssef, il va être appelé pour élucider une affaire de possession. La rame 015 du tramway aérien est occupée par un esprit qui a déjà attaqué des ouvriers et des passagers, elle est donc immobilisée à l’entrepôt jusqu’à résolution de ce mystère. Evidemment cette affaire sera plus complexe que prévu, et nos deux enquêteurs de l’étrange devront utiliser des méthodes peu conventionnelles pour en venir à bout.

L’univers présenté par l’auteur est toujours une bouffée d’air frais chaud dans le monde de la SFFF, ce Caire du début de XXe siècle steampunk transformé par l’apparition de la magie donne un monde à la fois solide, dépaysant et plein de charme. On sent qu’il en garde sous le coude, parce qu’en une centaine de pages on nous esquisse quelques grandes lignes mais évidemment ça attise notre curiosité sans pour autant être frustrant. On pose même un contexte de révolution féministe puisqu’en marge de l’enquête, les femmes manifestent dans la rue pour avoir le droit de vote. Bim, un aspect politique et féministe qui s’invite à la fête.

L’enquête en elle-même commence de manière très classique, elle continue même de manière très classique puisque comme tout bon exorcisme il va falloir analyser et comprendre, essayer et échouer, avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Ce qui donne une assise à ce Mystère du tramway hanté c’est tout d’abord ses deux protagonistes qui apparaissent d’abord comme un archétype du vieux briscard et du petit nouveau, mais ça évolue de manière extrêmement plaisante vers quelque-chose de nuancé qui donne une très bonne alchimie, au final. Les deux enquêteurs vont devoir se débrouiller avec leurs connaissances, leurs rencontres et leur budget un peu serré pour boucler tout ça sans trop de casse.

Le rythme est au poil, assez rapide pour qu’on ne s’ennuie pas, mais assez mesuré pour ne pas paraitre trop superficiel. Mais ce qui fait la vraie réussite de la novella, c’est que l’intrigue de possession se termine de manière satisfaisante en s’intégrant parfaitement au cadre et aux circonstances. Je marche sur des œufs en voulant rester le plus vague possible, là, mais disons que l’ensemble donne une belle cohérence thématique qui fait qu’on n’a pas qu’un simple « l’exorciste au moyen-orient », que le contexte politique de la ville n’est pas juste là pour faire joli. La clé de l’énigme fait écho au background esquissé, de manière à ce qu’aucun des éléments constitutifs de cette histoire ne soit vain ou creux.

Après L’étrange affaire du Djinn du Caire, c’est encore une fois une novella réussie que nous offre P. Djélí Clark. On a une enquête mouvementée et plaisante, mais aussi satisfaisante sur le fond, qui donne une lecture à recommander absolument. J’ai hâte de découvrir Ring Shout qui sort très très bientôt !

Lire aussi l’avis de : Lianne (De livres en livres), Marc (Les chroniques du chroniqueur), Apophis (Le culte d’Apophis), Célinedanaë (Au pays des cave trolls), Lutin82 (Albédo), Aelinel (La bibliothèque d’Aelinel),

7 réponses

  1. J’approuve complètement cette chronique :D. Oui, je sais, c’est surprenant de ma part ^^.
    Moi aussi, je suis très fan de ce duo d’enquêteurs. Il paraît qu’on les retrouve dans « A master of djinn » même si c’est Fatma el-Sha’arawi qui mène l’enquête.
    Et comme toi, très curieuse de découvrir « Ring Shout » !

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