Hope & Red, Gangs of Paradis

Encore une série Bragelonne qui traine depuis bien trop longtemps dans la PALE (c’est la PAL électronique, « celle qu’on ne voit pas »). Mais si on se penche un peu sur Hope & Red, premier tome de L’empire des tempêtes de Jon Skovron, ça ressemble fort à une série de fantasy qui est passée un peu sous les radars des blogueurs fantasy français mais qui a fait quelques remous chez les angloricains. Tentons l’aventure.

Hope est la seule survivante du massacre de son village par les biomanciens de l’Empire, elle assiste à l’agonie de ses parents avant de s’enfuir, et sera recueillie par Hurlo, un maître Vinchen. Cet ordre forme les plus grand guerriers de l’empire, mais la formation des femmes est formellement interdite. Pourtant Hurlo n’en a rien à foutre et va initier Hope à son art en secret. Red est un orphelin aux étranges yeux rouges recueilli par Sadie la teigne, il va apprendre la vie de voleur, de pirate et d’ivrogne, mais surtout les liens qui unissent la communauté de Cercle Paradis. Évidemment, les deux protagonistes vont se croiser quand l’Empire mettra un peu trop son nez dans les affaires de Cercle Paradis, mais il faut pas trop emmerder Hope et Red.

Hope & Red commence en suivant séparément les récits initiatiques de ses deux protagonistes, deux récits qui semblent très très classiques même si ils sont bien menés et accrocheurs. La formation d’une jeune fille par un maître-ninja, et la vie à la dure d’un garçon des rues roublard et attachant. Ce sont quasiment deux clichés de littérature Young Adult, mais une fois qu’on a passé un bon (gros) tiers du roman, la rencontre tant attendue a lieu et là, pouf, magie. Le bouquin prend un élan de dingue, part sur un mélange d’histoire de gangsters (pensez Gangs of New-York ou Peaky Blinders) avec un soupçon de piraterie et beaucoup de fun. Comme ça arrive quasiment à la moitié du roman, il serait dommage de dévoiler ce qui sera finalement l’intrigue principale, mais elle arrive à mélanger efficacement les trajectoires des deux personnages et le background de l’univers qui est lui aussi assez multi-couches.

L’empire des tempêtes présente un univers intéressant et original sur plusieurs points. On a cet empire qui emploie un ordre de « biomanciens », des mages qui font des trucs dégueulasses avec le vivant et doivent sans arrêt continuer leurs expérimentations… En prélevant quelques cobayes sur la population, mais bon, il faut bien faire avancer la recherche. Plus au premier plan, le lecteur découvre les bas-fond de Cercle Paradis avec Red et ses compagnons qui vivent tant bien que mal de roublardise et d’embrouilles en tout genre. C’est un monde violent, sombre, mais l’auteur y insuffle une grosse dose de bonne humeur grâce à ses personnages qui portent une attitude positive et fun sur le devant de la scène. Pourtant, le quartier et ses voisins sont dirigés par des bandes qu’il faut pas emmerder.

Les personnages sont crédibles et très attachants. Red est le voleur-charmeur-baratineur qui a toujours un plan foireux à mettre en place, et son fidèle compagnon Bouche-Trou qui le suit dans toutes ses embrouilles. Sadie la teigne est magnifique en tutrice dégénérée mais bienveillante, et on ajoute Ronce, videuse du bordel local qui castagne dur. Puis Hope arrive dans tout ce merdier, avec sa formation de super-guerrier, son désir de vengeance et son regard neuf. Les liens qui unissent tout ce groupe sont solides et les rendent très touchants, Jon Skovron noue des relations de confiance et d’amitié, des attitudes positives que les plus rabat-joie qualifieront de « naïveté ». J’ai adoré cette ambiance.

Hope & Red est aussi très agréable grâce à son jeu constant avec les attentes du lecteur par rapport aux stéréotypes et aux genres. Ses personnages féminins sont bad-ass, indépendants, ont un but propre et de la personnalité. Son univers de gangsters présente autant (sinon plus) de prostitués hommes, une des héroïnes est la videuse du bordel, botte les culs des clients qui dépassent les bornes. Skovron joue avec le lecteur qui attend une romance, c’est amusant et ça en dit aussi long sur ses personnages féminins. Leur destin leur appartient et elles ne se définissent pas par rapport au premier « mâle » qui se pointe. On a aussi un aspect trans-genre inattendu et amusant qui accompagne une trame tirant vers le féminisme, tout ça donne finalement un sous-texte fort qui ne gâche rien.

Dans les petits défauts on notera une couverture assez horrible, que ce soit la version Bragelonne ou la version poche, je regrette pas vraiment d’avoir la version numérique… Et on a aussi quelques choix de traduction qui peuvent faire bizarre. J’ai eu du mal tout le long du roman avec les quelques mots d’argot des bas-quartiers qui sort des « Mecton », « Midinette », « Poteau », ça colle pas très bien à l’ambiance pour moi, question de ressenti. Après y’a quelques trouvailles rigolotes aussi, tout n’est pas à jeter, mais quand même de temps en temps ça grince un peu…. Mais ces petites pinailleries ne suffisent pas à gâcher le plaisir de lecture, bien sûr.

Hope & Red est donc un roman fun et fort, qui allie un univers gangsters-pirates à des personnages très attachants, de l’action rythmée. Il y a beaucoup de personnalité et le lecteur qui aime la fantasy positive sera comblé. Si ça peut finir de vous convaincre, Elbakin lui a donné une note passable, en général c’est signe d’un grand roman.

Lire aussi l’avis de : Lianne (De livres en livres), Zina (Les pipelettes en parlent),

12 réponses

  1. Je suis contente de voir que tu l’as apprécié !
    J’avais aussi eu une belle découverte avec ce tome en VO quand je l’ai lu (la couverture VO était bien plus réussie que la VF – les personnages semblent figés – je trouve, même si j’aime moins ce genre de montages en général).

    Pour ce qui est de l’argot c’est une copie de la VO qui a aussi un gros argot que je ne connaissais absolument pas avant (bon, je ne suis pas native anglais donc c’est un peu normal).
    J’avoue que ayant lu le T2 en VF j’ai eu beaucoup plus de mal avec l’argot dans la VF que je ne l’avais eu en VO (qui me faisait plus rire que grimacer), donc je comprend tout à fait ton ressenti.

    C’est vrai que le début fait très très classique YA mais finalement dans l’ensemble je ne trouve pas que cette étiquette lui soit vraiment nécessaire. C’est bien moins marqué en tout cas.

    J’avais beaucoup aimé le coté biomanciens, il y a d’ailleurs plein d’explications sur ce coté la dans le second tome.

    Ton avis me donne envie de me lancer dans la T3 bientôt, en VO par contre, je ne refait pas l’erreur xD

  2. (Mais je croyais que la PàLe n’existait pas ? On m’aurait menti ?)
    Je suis faible, je vois de gentilles crapules et les mots « Peaky Blinders », et paf j’ai un peu envie de le lire. Si je demande où ça se place sur une échelle des « Salauds Gentilshommes », je suis hors-sujet ?

    • L’univers peut se rapprocher d’un Locke Lamora oui, mais on passe plus de temps avec les bandes des rues et les malfrats que dans de l’arnaque de haut vol. C’est moins « sophistiqué » mais très prenant Quand même

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