Vraiment désolé pour Smaug

Il était une fois, dans le petit village de Camembert, un élève de CE2 qui s’appelait Peter. Il était timide et passait sa vie à lire des livres, il adorait en parler et sa passion le rendait sympathique. Un jour, il eut à faire trois exposés à ses camarades de classe sur son livre favori, et son talent de conteur, sa joie de vivre et sa passion communicative ont impressionné la maîtresse et les autres bambins. Standing ovation, rires, félicitations ! Peter est devenu cool ! Tout le monde voulait jouer avec lui, lui posaient des questions sur ce fameux livre que personne n’avait lu (plus personne ne lit de toutes façons…), et les petites filles l’admiraient avec des yeux de biche.

Peter n’en revenait pas, il a commencé à profiter de sa notoriété nouvelle et s’est senti pousser des ailes. Il était cool. Donc il a voulu faire comme les élèves cools, il a commencé à porter des Reebok Pump, des survet’ fluo, à mettre du gel dans les cheveux et à faire des 360 en trottinette.

Quelques semaines plus tard, il eut à faire de nouveaux exposés. Ses camarades attendaient, fébriles, de voir ce que donnerait sa nouvelle performance. Peter a déboulé le premier jour avec une énergie débordante, il a fait devant la classe un numéro de jonglerie, des blagues sur les petites personnes et des chansons rigolotes. C’était loin de la magie passionnée d’avant mais c’était divertissant, on a entendu des rires au fond de la classe, quelques « ouah » au premier rang, mais beaucoup regrettaient l’ancien Peter, le timide rêveur passionné.

Nous sommes aujourd’hui au deuxième jour, la classe est réunie pour la suite de l’exposé de Peter, se demandant si son génie va ressurgir. Trois heures plus tard la moitié des enfants dort, le reste est en train de jouer aux Pokémon ou rigole bêtement en pointant l’enfant du doigt, car ce dernier est habillé en surfeur en train de faire des cabrioles en improvisant un rap sur un dragon trop bavard et un elfe qui fait du ski nautique sur des nains fourrés dans des tonneaux.

Vous l’aurez compris, La désolation de Smaug m’a un peu attristé. Monsieur Jackson retrouve son univers visuel mais s’enfonce toujours un peu plus dans ses travers récurrents et une certaine auto-caricature. Le sentiment qui m’est le plus revenu en visionnant le film, c’est l’impression de revoir le seigneur des anneaux en plus lourd, plus stéréotypé mais avec les mêmes ressorts, les mêmes ficelles dramatiques, les mêmes plans, et pourtant sans magie.

L’air de déjà-vu est présent du début à la fin. On retrouve des elfes ninja qui surfent sur tout ce qui bouge, mais à outrance là où c’était un clin d’œil léger et rafraichissant dans la première trilogie. On retrouve un Gandalf qui se parodie lui-même avec ses phrases énigmatiques en suspens pendant un bon gros plan sur sa gueule. On retrouve un Sauron qui est là on sait pas trop pourquoi, ça a rien à voir avec le plot du Hobbit, mais ça devait être dans le cahier des charges. On retrouve un plan sur un personnage mystérieux planqué dans l’alcôve du poney fringant, un peu penché dans l’ombre. On retrouve les héros enroulés dans de la toile d’araignée pour foutre la trouille aux arachnophobes. On retrouve un nabot qui se prend une blessure avec du moisi magique et se fait soigner par une elfe qui brille. Je pourrais en sortir des dizaines comme ça, c’est une répétition permanente.

Mais on ne retrouve pas les paysages naturels merveilleux et la magie contemplative, car tout est de la bouillie numérique. La caméra virevolte en permanence dans tous les sens et ne se pose jamais un instant, à tel point qu’au bout de 2h40 de film on est épuisés parce qu’on a jamais touché terre, Jackson abuse des mouvement de caméra et donne à son film un air de rollercoaster pour gamin hyperactif à la place du conte merveilleux auquel on s’attendait.

Tous les acteurs surjouent et deviennent des parodies de leur personnage, seuls s’en sortent Martin Freeman (Bilbon) et Aidan Turner (Kili) mais tout le reste en devient indigeste.  Evangeline Lilly court après Liv Tyler avec désespoir et envie, Orlando Bloom devient un jean-claude vandamme à oreilles pointues, Ian McKellen fait du Gandalf à outrance, on a même un clone de Grima, un petit retour audio de Galadriel et un Aragorn bis, ce film est bouffé par son envie de réitérer la recette du Seigneur des Anneaux.

Le manque de subtilité est le défaut principal de l’ensemble du film. Comme le précédent, chaque plan dure trop longtemps et le film n’est qu’une séance de frime de l’équipe de production qui dure presque 3 heures. Smaug parle pendant des plombes pour qu’on voit bien comment qu’il est trop bien fait, Gandalf sort des phrases mystérieuses avec emphase pour qu’on voit bien que le danger arrive (« Surtout ne sortez pas du chemin ! Ne le quittez pas ! Sous aucun prétexte ! Attention ! Il faut pas le quitter ! Souvenez-vous de ça ! Restez sur le chemin ! »), les orcs ont plein de scènes de dialogues inutiles pour qu’on voit bien comment ils sont merveilleux en numérique (mais rendez-nous les orcs réels avec maquillage et prothèses, bordel !).

Donc oui, définitivement, la désolation de Smaug est l’œuvre d’un gamin qui roule des mécaniques et veut montrer à tous ses camarades qu’il a le plus de pognon et les meilleurs effets spéciaux, mais il a oublié de redevenir le conteur d’histoire qu’on apprécie et se noie dans l’entertainment 3D survitaminé et bas du front, la légèreté enfantine de l’épisode précédent ayant clairement disparu.

2 réponses

  1. Vous êtes un peu cruel là… J’avoue que je ne peux qu’etre d’accord avec certains points (pitié, faites dégager Legolas, il est naaaaaze…), mais je mentirais si je disais qu’en sortant j’en ai pas pris plein les mirettes! Globalement, ca envoie quand même! Mais c’est vrai qu’on a perdu un peu de la magie de La communauté de l’anneau…!
    P.s: « plus personne ne lit de toute façon »: non y a quand même des gens qui lisent… Depuis que 50 nuances de Grey est sorti! *rire jaune*

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