Until dawn, quantic reality

David Cage avait un rêve, celui de révolutionner la narration et les embranchements scénaristiques dans les jeux vidéo. Son studio a imposé un nouveau style de gameplay, une nouvelle approche du média, une façon d’intégrer des acteurs réels dans la 3D avec une performance-capture poussée. Mais après deux ratages cataclysmiques (Heavy Rain et Beyond Two Souls), on a enfin un jeu « à la Quantic Dream » qui marche vraiment : Until Dawn. Sauf que c’est pas du tout eux qui l’ont fait.

Press X to Freddy

Faut avouer, quand on fait un jeu narratif a forte influence cinématographique, c’est toujours plus sympa d’avoir des gens qui savent écrire et composer des images. Ce qui manque à Quantic depuis le début (et c’est pas rien), Supermassive Games a su se l’approprier en confiant la direction de leur titre à Larry Fessenden et Graham Reznick, deux vieux routards de l’horreur indé. S’il reprend à la louche les mécanismes de base des jeux de sieur Cage, Until Dawn est avant tout un Slasher dans la plus pure tradition « Wes Craven-ienne » où huit jeunes gens se retirent dans un chalet isolé pour se retrouver et faire leur deuil un an après une tragédie très tragique.

Nous avons donc un film d’horreur interactif où le joueur dirigera tour à tour les différents protagonistes de l’histoire pendant cette nuit qui va tourner à la boucherie joyeuse. Bien entendu, le gameplay est limité, vous vous contentez de phases d’exploration et de quelques QTE bien sentis, mais l’intérêt du titre n’est pas là. Les allergiques à ce genre de propositions devront fuir au plus vite mais les autres découvriront une ambiance travaillée qui les plongera dans une forêt enneigée de la province d’Alberta au Canada, dans un chalet isolé au cœur de l’hiver où la mort attend patiemment son heure pour vous tomber sur le coin de la gueule.

Techniquement, le jeu est très solide et propose des personnages modélisés à partir d’acteurs réels qui ont du se bouffer des séances de motion capture interminables en pyjama à boules. La tête d’affiche est évidemment Hayden Panettiere mais on croise pas mal d’autres têtes connues, mais plutôt dans la catégorie « oh mais si, je l’ai déjà vu lui, sa tronche me dit quelque chose mais je sais plus dans quoi il joue ». Au début j’ai eu un peu de mal, le photo-réalisme des modèles nous amène en plein dans l’uncanny valley (cet endroit merveilleux) mais une fois l’ambiance posée et le scénario lancé, ça ne m’a plus choqué.

Le décor est aussi un aspect très réussi, la forêt et les différents bâtiments posent une ambiance très pesante tout en étant superbes. Tout le jeu se passe de nuit mais on a droit à des effets de lumière assez impressionnants que ce soit par un éclairage naturel diffus, par des torches ou tout autre dispositif électrique dont notre civilisation a le secret. L’image est toujours superbe, bien cadrée, bien éclairée, on sent que ces gens-là maitrisent le langage qu’ils emploient. On regrette cependant certains espaces extérieurs beaucoup trop fermés, la plupart des déplacements en forêt sont des lignes droites ou presque, coupant un peu l’impression d’immensité oppressante des bois enneigés.

Si on faisait huit groupes de un ?

En démarrant le jeu, je m’attendais honnêtement à un scénario basique pompé sur à peu près tous les slashers de la planète, un fou qui habite dans les bois et dégomme tout ce qui passe à sa portée (de préférence une demoiselle avec des formes avantageuses). C’est précisément là que Until Dawn m’a surpris. Certes, il reprend certains codes classiques du genre avec ces héros assez stéréotypés (l’intello, la pouffiasse, le quarterback de service…), ce démarrage absolument téléphoné et ces « séparons-nous, ça sera plus sûr ». Mais l’histoire se révèle beaucoup plus fouillée avec plusieurs couches de background qui se superposent et une mythologie qui se met en place progressivement (dont je ne dirai rien parce que ça ferait de moi un gros abruti, et je suis pas gros).

Le type de gameplay prend tout son sens sur ce genre particulier parce qu’un choix, l’échec ou la réussite d’une manipulation, aura un impact direct sur qui vivra et qui mourra. Selon vos actions, chacun des 8 héros pourra survivre à l’aventure ou crever comme une petite merde, et ces morts (ou pas) auront des conséquences sur les évènements suivants. Pour ma part, j’ai fini avec deux survivants, et du coup j’ai bien envie de refaire le jeu pour voir les autres facettes de ces « effets papillon ».

Until Dawn est à ce jour la meilleure utilisation du « jeu/film interactif à choix et QTE », si vous n’êtes pas un réfractaire absolu à la chose, il utilise l’outil à la perfection sur un genre pour lequel il semblait naturellement taillé. C’est une vraie réussite, les équipes de Supermassive ont pondu un slasher prenant, divertissant et techniquement abouti, encore un très bon jeu qui vient garnir la ludothèque de la PS4.

Voir aussi l’avis de : Amaebi (Gamekult), Kaaraj (jeuxvideo.com), Le masque (critique cruelle)

3 réponses

  1. Salut,

    Bon alors moi je n’ai pas grand chose à dire sur ce jeu (Je ne l’ai pas encore testé).

    Je voulais juste dire que le simple fait de lire les articles de « l’ours inculte » (Particulièrement celui sur Farcry4) Me redonne plaisir à lire les avis (Ce que je ne faisais plus à cause du manque d’objectivité des auteurs. Ce n’est pas écrit en terme « journalistique vendu aux super productions » mais juste une excellente description des jeux avec les petits traits d’humour qui le rende agréable à lire. C’est sans prétention, sans arrogance bref c’est du bonheur !

    Alors voilà je me doute que certains vont dire que mon commentaire n’a pas ça place ici, et que j’aurais du l’écrire sur Fessebook, ou Fisteur. Le problème c’est que je ne dispose ni de l’un ni de l’autre, je ne trouve pas ça asses intrusif. J’attend la sortie de la sonde anale connectée, qui en plus de mettre sur la place publique vos photos de vacances, les photos ou vous étes bourré dans le caniveau entrain de vomir et de vous faire pisser dessus par un chien, la sonde anale connectée vous permettra aussi de publier votre température, la taille de vos hémorroïdes… et le tout en temps réel.

    Bref tout ce que je voulais dire c’est BRAVO aux journalistes de « l’ours inculte »

    Romain Desbois

    • Merde je n’ai pas relu avant de poster et il y a des fautes qui me font mal aux yeux dans mon commentaire « ça » au lieu de « sa » et bien d’autres. Bref faites comme moi « fermez les yeux quand vous me lirez »

      • Merci beaucoup pour ces compliments ! Ça fait tout chaud dans mon petit cœur… Sinon je suis loin d’être journaliste, je fais ça pour le fun (et je suis 1) 🙂

        Concernant la presse « vendue aux superproduction », il y a effectivement plein de trucs qui puent, pas mal de tri à faire mais il reste quelques sites/magazines qui m’ont l’air intègres. Pour ma part je lis toujours Gamekult (même si je suis pas toujours d’accord sur les tests, ils font ça de manière argumentée) et surtout les mag Games (http://www.games-magazine.fr/) et Canard PC (http://www.canardpc.com/).

        Facebook est aussi un vaste sujet sur lequel on pourrait passer des heures, personnellement je partage ton avis mais j’y trouve mon compte quand même, j’essaye seulement de l’utiliser de manière « responsable » : pas de photos, de vie privée, d’avis politique ou d’actualité JT caca, juste des partages d’articles culturels, vidéo sympa, ou drôles bêtises. Et ça permet évidemment de diffuser mes posts de blog !

        En tous cas, encore merci, au plaisir de te revoir dans ces contrées sauvages de l’internet

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