The order 1886, Bouffi contre les vampires

The Order 1886 est la dernière grosse artillerie dégainée par Sony pour sa machine Playstation 4, mais c’est surtout le dernier punching-ball à la mode chez les critiques plus ou moins professionnels du monde fabuleux du jeu vidéo. Bizarrement, tous ces articles négatifs m’ont donné envie d’y jouer, d’une part parce que j’ai un esprit de contradiction à la limite du raisonnable, mais surtout parce que tout ce qui a été reproché au jeu (sa linéarité, son gameplay générique et répétitif, sa durée de vie, etc… ) ne m’apparait pas comme des défauts rédhibitoires si l’univers et l’écriture font le job.

The Order 1886 est donc une exclusivité PS4, un jeu de tir à la troisième personne linéaire et scénarisé racontant les aventures de Galahad, un membre de l’ordre, un prolongement des chevaliers de la table ronde qui auraient survécu en buvant de la potion magique les empêchant de vieillir, et remplaçant les chevaliers tués par des nouvelles recrues formées qui prendront le surnom du chevalier remplacé, on a donc Lancelot et tous ses potes. Oui, c’est exactement comme dans Kingsman, bizarrement sorti dans la même période, sauf que la mission de l’ordre n’est pas de combattre un Samuel L Jackson zozottant en jogging rose, mais plutôt de défendre le pays contre les créatures surnaturelles comme les lycans dans un Londres de 1886 légèrement fictif.

Parce qu’il faut quand même parler un peu du gameplay, on va la faire courte parce que 1500 personnes l’ont fait en long en large et en travers : Oui, c’est un TPS générique qui n’invente pas grand chose mais qui fait le job avec efficacité et punch. Oui, y’a des cinématiques longues posant l’ambiance et racontant l’histoire, et elles sont parsemées de Quick Time Events donc si vous aimez pas ça, le jeu va vous frustrer à mort. Oui c’est linéaire, y’a des couloirs et des zones de fusillades fermées, aucun chemin alternatif, aucune variante possible (comme Uncharted quoi… Aïe, mais euh, frappez pas…). Oui, y’a des combats contre des loup-garous assez nazes. Sinon, le seul point qui m’a vraiment fait bizarre et sur lequel j’ai vu peu de remarques, c’est que le jeu nous force à avancer à son rythme. Selon les niveaux notre personnage va marcher, courir ou s’accroupir tout seul. Parfois il marche et on ne peut pas courir, parfois on peut courir, parfois il court tout seul et on sait pas pourquoi, parfois il se baisse tout seul, parfois non, parfois on peut se cacher derrière des planques et parfois non, il n’y a aucune cohérence ni unité dans les déplacements du joueur et c’est frustrant d’avancer à deux à l’heure quand on veut pas nous laisser courir.

Mais j’étais conscient de tout ça en achetant le jeu et ça m’a pas plus dérangé que ça, la promesse était pour moi ailleurs, tout d’abord dans le visuel hallucinant. C’est graphiquement très abouti, les mecs de Ready At Dawn sont des malades niveau rendu, c’est méga-beau. Certains reprochent quand même une direction artistique marron-gris terne mais bon, c’est Londres au 19e siècle, vous voulez quoi, des champs de lavande et du soleil ? Y’a pas grand chose à argumenter en texte, cherchez des vidéo sur youtube et vous vous ferez votre idée.

La seconde promesse du jeu était dans sa narration et son univers, j’étais très curieux de découvrir cette mythologie qui mêle chevaliers de la table ronde et Angleterre victorienne et le jeu regorge de bonne idées, le contexte tout d’abord, situer l’action dans ce Londres en y mêlant la Compagnie des Indes, une guerre civile et les forces obscures était plutôt bien vu et d’une certaine richesse. Puis les personnages dégagent vraiment quelque chose, ce groupe de chevaliers aux caractères bien trempés en jette pas mal, ils ont de la gueule. Et la mythologie d’un ordre millénaire chargé de combattre les créatures surnaturelles, oui, ça fait « Buffy contre les vampires » avec des moustaches mais ça ouvre pas mal de perspectives très intéressantes.

Mais voilà, le jeu se prend les pieds dans le tapis à cause d’une écriture mal maitrisée, d’un rythme boiteux au possible et de personnages au potentiel gâché de la plus conne des manières. Haha ! Vous aviez cru que j’allais défendre le jeu bec et ongles hein ? Ben non, c’est une belle déception de ce côté aussi. Ça démarre sur des chapeaux de roues en nous plongeant au milieu d’une rébellion… effectuée par des rebelles… On saura jamais pourquoi ils se rebellent, mais ils sont très très rebellés en tous cas. Le contexte met ainsi énormément de temps à s’éclaircir et, le temps qu’on comprenne à peu près ce qui se passe, c’est les personnages qui commencent à faire n’importe quoi, Galahad en tête.

Notre héros tombe dans le classique « j’ai fait une découverte méga-importante qui va tout changer mais je le garde pour moi jusqu’à la fin, ça serait moins drôle de confier ça à mon équipe avec qui je bosse depuis des siècles et à qui je suis censé confier ma vie mais qui ne me donne jamais le bénéfice du doute, ça foutrait en l’air tout mon scénario ». Avec ça, le symbole des chevaliers de la table ronde, cette confrérie défendant la noblesse et la fraternité, n’est jamais vraiment utilisé, il est même plutôt allègrement piétiné, roulé en boule et jeté dans un bac d’acide. Toute la référence au mythe arthurien ne sert strictement à rien, ne transparait jamais dans les thématiques ou le scénario et apparait ainsi très accessoire car ses membres n’ont rien de commun avec les valeurs des chevaliers de légende. On se rend compte à mi-chemin que l’histoire relève plus des films « Underworld » que d’une grande saga littéraire, et sans même avoir la décence de montrer une nana en cuir moulant, tout se perd, franchement !

Côté personnages, on a droit au traitre qui aurait pu très bien s’appeler « John McTraitor » et passer le jeu avec un couteau entre les dents et un regard de chien fou. On peut également saluer la performance du Marquis de Lafayette, personnage français d’une subtilité folle qui passe le jeu à lancer des « vive la liberté ! » et à draguer les filles, merci les clichés. Les protagonistes se comportent de manière illogique, ne se font pas confiance et ça plombe vraiment l’immersion. Mais le problème principal c’est que le titre ne prend jamais le temps d’expliquer au joueur son contexte, de disséminer des éléments pour nous renseigner sur la situation, on ne sait jamais d’où sort la Indian Company, ni les rebelles, ni les Lycans. Le background ? Who cares ? Tout est balancé pêle-mêle dans la soupe et démerde-toi, on ne résout rien et on ne saura jamais le pourquoi du comment, même les quelques journaux disséminés (et écrits beaucoup trop petit) ne nous apprennent rien alors qu’on nage déjà dans le flou total.

Ready At Dawn rejoint donc ses copains de Quantic Dream dans ma catégorie « hé, les gars, quand on veut faire un jeu centré sur la narration, moi j’ai rien contre, mais faudrait peut-être penser à confier le scénario à quelqu’un qui sait écrire, dont c’est le métier, et pas laisser ça au patron, au GD ou au directeur artistique juste pour faire mousser son ego »

Une réponse

  1. Ah… tant pis! Je me posais ma question de l’acquérir ou pas pour exactement les même raisons que toi. La promesse n’est pas tenue, alors je crois que je vais passer. Dommage.

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