Star Wars : Le réveil de la force, l’attaque du clone

J’ai une confession à faire… Je le cache depuis tant d’années mais il faut que ça sorte, je ne veux plus vivre dans l’ombre… Je… Je… Je ne suis pas « fan » de Star Wars. Je suis pile dans la bonne tranche d’âge, j’aime le cinéma, la BD, la littérature, la culture populaire en général, donc je devrais ! Comme tous ceux de ma génération, j’ai usé la VHS enregistrée de l’empire contre-attaque mais non, la guerre des étoiles reste une série de films sympa de mon enfance mais c’est pas ce que je considère comme un chef d’œuvre, je les regarde pas en boucle,  j’ai pas une lampe de chevet R2D2 qui fait « blou bli blou »…

La magie opère

Et je dis pas ça pour faire mon rebelle hein (même si ça fait une intro accrocheuse, vous avouerez), mais ça pose un peu le contexte de ce qui va suivre, et expliquera en partie ce qui marche et ne marche pas pour moi dans ce film. Car même si j’ai pas un poster de Dark Vador en bikini dans ma chambre, j’étais évidemment curieux de voir ce retour de la licence au cinéma, surtout porté par J.J. Abrams dont j’aime beaucoup le boulot. Lui confier la réalisation de ce nouvel opus était certainement un très bon choix, il a déjà montré avec Star Trek qu’il pouvait respecter une saga iconique tout en la modernisant. On est donc partis pour une séance (2D) au pays des sabres laser, des vaisseaux rouillés et des droïdes rigolos. Et attention, ça va spoiler, mais si vous tenez à garder la surprise totale, c’est pas forcément une bonne idée de lire des critiques…

the-force-awakensDes nouveaux héros prometteurs

Comme ses ancêtres, le film commence avec le fameux résumé qui défile à l’écran, écrit dans un style littéraire proche des brèves du magazine Le Nouveau Détective, mais bon, c’était un passage obligé. Nous ferons ensuite connaissance avec les deux personnages qui seront les nouveaux héros de cet arc narratif : Rey, une farfouilleuse d’épaves habitant sur la planète ensablée Jakku, et Finn, un StormTrooper dont la lobotomie a merdé et qui déserte l’armée du Premier Ordre (une organisation qui remplace l’Empire de Dark Vador, et qui fait tout exactement comme l’Empire, on allait pas non plus inventer un truc différent, faut pas déconner) en compagnie du pilote Poe qui était leur prisonnier. Les deux jeunes vont donc tomber sur un petit robot mignon nommé BB-8 qui transporte une carte que tout le monde cherche et qu’il faut à tous prix ramener à la résistance.

La première partie du film est un régal. Même si la situation rappellera évidemment le début de l’épisode 4 (Luke trouve R2D2 qui a un message méga-important dans sa popoche), Rey, Finn et Poe apportent de la fraicheur à l’univers, ils sont bien joués, bien écrits. Le ton est léger et fun, les dialogues marchent bien, leurs interactions avec BB-8 vont du « tromignon » au vraiment drôle. Finn et Rey ont un background intéressant et jamais-vu dans les films précédents, on a vraiment envie d’en savoir plus sur eux. Le réalisateur, avec sa maitrise des révélations au compte-gouttes héritée de son passif dans le monde des séries, arrive à nous intriguer sur leur passé sans trop en dévoiler, laissant planer un suspense appréciable.

Mamie fait de la résistance

star-wars-posterMais assez vite, le film essaye de raccrocher les wagons avec la trilogie originale en nous sortant la panoplie de têtes connues et de moment qui font écho aux aventures de Luc Marcheciel. Les jeunes retrouvent papy Han Solo, Mamie Leïa et Chewbacca qui en font des caisses même si Harrison Ford a toujours la classe. J’ai apprécié les petites vannes et les clins d’œil pour fans qui sont souvent bien vus, mais certains évènements importants sont de grossières copies des épisodes précédents, à ce niveau-là c’est plus des clins d’œil, c’est des coups de massue dans le tibia. L’attaque d’une pseudo-étoile-de-la-mort avec une armada de X-Wings ne sert strictement à rien d’un point de vue scénaristique, elle n’est là que pour rejouer la fameuse scène de l’attaque de l’étoile noire et faire vibrer la corde nostalgique d’une horde de fans aux yeux qui brillent. Pas de bol, moi je n’ai pas de cœur.

En face on a un Premier Ordre en copie conforme de l’Empire, on a même pas besoin de nous présenter les méchants, ils sont les mêmes. Déjà qu’à l’origine la saga ne brille pas par l’originalité de ses antagonistes, on retrouve encore cette armée de StormTroopers habillée d’une imagerie nazie pas bien subtile, menée par un grand type en noir qui respire fort, lui-même commandé par un grand manitou hologramme mystérieux. Le seul écart que se permet le scénario est Kylo Ren, qui apparait au premier abord comme un clone de Vador mais on se rend vite compte du twist amusant que le scénario met en place : Ren rêve d’être Vador, mais c’est un raté, un gamin qui ne maitrise rien et fait des caprices. Il a déçu pas mal de monde mais j’ai trouvé que ce Dark Loser était le seul point original côté « méchant ».

Le film passe ainsi son temps à recycler les schémas connus, soit en les inversant soit en les laissant simplement comme ça. L’opposition père-fils fait vraiment grossier quand le fameux « je suis ton père » est à ce point un ancrage culturel commun de tous les spectateurs. On assiste à un face-à-face dans la base ennemie sur une passerelle métallique surplombant du vide, oh oui, merci, j’avais pas compris qu’on était dans un Star Wars !!! Ce rappel constant à nos souvenirs pourrait fonctionner s’il n’était pas autant au cœur du scénario, si le film n’était pas finalement QUE ça. Un plan miroir par-ci, une réplique référence par-là, ça aurait pu tellement mieux marcher avec plus de subtilité. Et le pire, c’est que c’est dans ces moments de repompe paresseux que le film devient mauvais, les plans sont longs, lourds, les ficelles sont grossières, le concept de Force est utilisé n’importe comment (alors que bon, à la base c’est déjà un fourre-tout magique cosmique sans grande imagination).

Star Wars: The Force Awakens Ph: Film Frame © 2014 Lucasfilm Ltd. & TM. All Right Reserved..

Grande est la force de la nostalgie

Le film se noie tellement dans son héritage qu’il laisse les deux excellents héros de côté pendant tout ce temps, après une première partie originale et pleine de promesses, à partir du moment où on rejoint effectivement la résistance, Finn et Rey sont les spectateurs de ce flash-back géant absurde et inutile, un peu comme nous. Ça traine jusqu’à l’affrontement final dans la neige où, enfin, on a bouclé les vieux dossiers et on peut s’amuser. J’ai senti ce décrochage de toute la partie centrale du film (rejoindre la résistance, attaquer la base ennemie…) certainement parce que je ne vénère pas ces moments iconiques de la première série, je comprends que des spectateurs plus hardcores que moi aient adoré et y retournent comme on retourne faire un tour de Space Mountain à EuroMickey, c’est toujours pareil mais on sourit bêtement avec des étoiles plein les yeux.

bb8Il faut reconnaitre que ça n’a pas tout à fait gâché mon plaisir de spectateur pour autant, parce que le film reste rythmé à la perfection, il nous fait voyager, il nous fait sourire, et surtout arrive à créer des images vraiment belles. En terme de réalisation pure, Abrams a rempli son contrat haut-la-main, il remet La guerre des étoiles en image avec les techniques actuelles en créant des plans magnifiques sans tomber dans le tout numérique gerbant. Les pinailleurs râlent sur l’utilisation du numérique sur quelques personnages mais rien ne m’a paru dégueu, à part la tête de Snoke mais c’est plus un problème de design que d’exécution. Malgré ça j’ai vraiment passé un moment agréable dans la salle de cinéma, mais on ressort avec cette impression d’avoir assisté à une attraction Star Wars pour nouvelle génération plutôt qu’une vraie nouvelle aventure.

Le film n’essaye jamais de créer son propre univers et ses propre icônes mythologiques, car il se contente de ressortir les vieilles. C’est con mais le seul personnage nouveau qui arrive à marquer le spectateur, c’est ce putain de droïde sphérique ! J’espère sincèrement que Le réveil de la force ne sert que de transition et que la suite nous permettra de vraiment construire autre chose avec ces nouveaux personnages prometteurs. Quand je vais voir un nouveau film d’une licence, j’ai envie de vivre une aventure nouvelle dans un univers familier, de retrouver les codes de ce monde mais des enjeux innovants, des personnages jamais-vus, des problématiques inédites. Racontez-moi autre chose ! C’est sur ce point qu’échoue ce nouvel épisode, alors que même la prélogie, avec ses innombrables défauts, essayait d’innover dans ses thèmes et sa construction.

On est en plein dans l’époque où ceux de ma génération sont pris pour des billes, où le terme « Geek », qui ne veut plus rien dire, doit être écrit en gras et souligné de toutes les couleurs dans tous les manuels de marketing récents. Les studios passent leur temps à piller notre patrimoine culturel pour faire du neuf avec du vieux, on en arrive à des ersatz de Jurassik Park, Terminator, Total Recall, qui nous drainent dans les salles comme des lemmings mais violent nos souvenirs sur la table basse en encaissant notre fric (et le prochain Ghostbusters me fait flipper plus que jamais). Sans être aussi mauvais, Le réveil de la force sent la « nostalgie-exploitation » à plein nez. On en oublierait presque qu’il y a encore des gens qui savent inventer des trucs nouveaux, quelque part dans le monde. Les nouveaux Star Trek, et surtout le dernier Mad Max, ont montré qu’on peut allier nostalgie et film de qualité, et ici on n’y arrive qu’à moitié.

Star Wars le réveil de la force est un film qui se débat sous le poids considérable de sa marque et des costards de chez Disney, et quelque-part il s’en sort admirablement bien si on considère cette pression énorme. Mais s’il est un divertissement satisfaisant, il ne parvient pas à s’extirper de l’ombre de son passé et finit en remake à peine déguisé, gâchant le potentiel de sa géniale première partie, et l’invitation à l’aventure qui s’y cachait.

rennouveau design de sabre laser, bientôt dans toutes vos boutiques de jouets

3 réponses

  1. Bien d’accord avec toi ! Le rythme est bon, les persos attachants, la recette fonctionne, on ira voir les suivants avec plaisir mais…c’est foutrement laborieux dans le scénario.

    Dans le rang des subtilités manquantes…on notera l’ancien StormTrooper qui n’a aucun remord à dégommer ces ex-partenaires (alors que sa prise de conscience a l’air lié à la mort de l’un d’entre eux..). Bon, ok c’est américain…il y avait le même problème d’en le film Avatar, le mec est militaire, et à partir du moment ou il change de camp, il tue tout le monde sans scrupule…c’est vrai que les dilemmes humanistes, c’est un peu gonflants à développer. Les scénaristes feraient bien de revoir Danse avec les loups, bordel.

    Et oui la Force….autant dans les anciens on sentait le contexte de la guerre du Vietnam aux US, avec l’air de rien un discours pacifiste de Yoda (genre sois en paix, tu seras un jedi, uniquement pour te défendre et blabla). Aujourd’hui, rien à foutre, t’as un sabre, tu charges dans le tas parce que c’est fun.

    Mais finalement, moins d’humanisme et moins de paix, c’est peut-être ça la modernité…

    • Oui mais c’est pour les enfants, l’humanisme c’est compliqué quand même 😀

      Dans les trucs marrants à relever, je me suis demandé pourquoi la résistance s’appelait toujours « la résistance », et était toujours planquée dans une base secrète alors que bon, à priori ils ont gagné et instauré un nouveau gouvernement depuis 30 ans, ils devraient plutôt être l’armée officielle du coin. Ça aurait peut-être évité que des nazis construisent une planète-canon-nucléaire devant chez eux sans qu’ils disent rien…

Laisser un commentaire