Soldats Inconnus, la guerre c’est pas très drôle en fait…

A force de jouer, moi je croyais que la guerre c’était fun ! On headshot une armée entière à nous tout seul, on utilise la tourelle d’un char en criant « beeeuuuuaaaaaaah, fuck yeah ! » et si on est blessé on se baisse derrière une caisse et ça guérit tout seul. Et là, paf, Ubisoft ils débarquent avec leur jeu sur la guerre, la vraie, celle qui fait des morts qui respawn pas et où les soldats sont juste des gens normaux qui aimeraient bien rester planqués parce qu’un obus ça fait mal en fait…

Et donc le studio montpelliérain du développeur-français-mais-pas-trop nous livre son jeu « Soldats Inconnus, Mémoires de la grande guerre », et nous parle là-dedans de la première guerre mondiale, sans doute la moins fun à jouer en FPS. Imaginez le niveau 152 de Call of Duty, tranchée édition : « attendez 3 semaines en rampant dans le froid, et tirez vos deux balles sur un pigeon pour le manger ». Mais voilà, malins comme tout, les créateurs du jeu n’ont pas misé sur l’action mais sur l’histoire, en nous racontant les destins croisés et forcément touchants de plusieurs personnages ayant participé à cette guerre plus ou moins contre leur gré.

La première réussite du titre (oui, il y en a plusieurs, soyez patients, j’y arrive) vient selon moi du ton du récit, on nous raconte une guerre parfaitement horrible mais de manière à la fois touchante, tragique mais rigolote et légère. Non pas qu’il existe des guerres pas horribles, vous me direz, mais passons… Le jeu garde un ton léger pour nous raconter des évènements tragiques et ça rend le tout très équilibré, on se tape pas des franches rigolades mais on tombe jamais non plus dans une lourdeur pathos insupportable qu’on aurait pu craindre. Les doubleurs sont excellents dans leur performance, collant à ce ton assez particulier avec talent. La voix du narrateur principal, bien rocailleuse comme il faut en français, est parfaite, on imagine bien le vieux papy barbu qui nous raconte l’histoire en fumant sa pipe au coin du feu.

Et ce numéro de funambule tragi-comique passe aussi par les graphismes du jeu. Vous vous souvenez de l’Ubiart framework, ce moteur 2D magique qui a servi à Rayman et Child of Light, à propos duquel Michel Ancel avait balancé « ouais, j’aimerais bien le mettre open-source » avant de se faire bâillonner par trois gros bras venus de Bretagne dans une Audi aux couleurs des lapins crétins ? Ben voilà, c’est encore avec cet outil que les équipes d’ubi on fait des merveilles. On se retrouve ici avec une vraie BD qui bouge dans un style purement européen, très encré et très stylisé, et surtout très joli, et en mouvement c’est simplement excellent.

Quid du gameplay ? Comment ça se joue ce chose ? Le jeu alterne des phases d’énigmes pas très dures à base de « aller chercher ça », « soulever tel levier pour faire avancer ce chariot et débloquer le passage », etc… et des phases un peu plus arcade où on va éviter des obus, esquiver des rondes de gardes, ou conduire une voiture. Rien n’est vraiment difficile ni pointu et c’est ce que reproche au jeu la plupart des critiques, le gameplay reste assez léger (certains diront superficiel) mais de mon point de vue ça m’a permis d’apprécier le tout de manière fluide et agréable car ça reste plaisant, malin et varié, mais les joueurs qui ne jouent que pour la richesse et la profondeur de la mécanique de jeu seront certainement déçus.

Ce que je retiens, au-delà d’un jeu joli et fun, c’est le propos et l’intelligence de l’histoire qu’on nous raconte. Nous présenter la guerre de cette façon dans un jeu, comme un drame humain avant tout mais en gardant ce ton léger et cette finesse, je ne peux que saluer l’effort. En plus, le jeu est plein de petites informations et documents authentiques sur la guerre, histoire d’être carré et instructif au passage.

Le jeu est trouvable sur à peu près tous les supports actuels, vous avez pas d’excuse, y’en a un peu par ici, par ici, par ou encore par ici

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