Sherlock Holmes Crimes and punishments, la justice à pile ou face

Depuis plusieurs années, Frogwares enchaine les jeux estampillés Sherlock Holmes, affinant sa recette à chaque cuvée par des améliorations graphiques et des petites ajustements de gameplay. On pourrait croire qu’un studio ayant chopé ce filon se la coulerait douce en bâclant ses jeux, comptant seulement sur le nom pour vendre mais non, on peut reconnaitre aux développeurs ukrainiens le mérite de pas se foutre de notre gueule et de chercher un minimum de qualité dans leur déclinaison du détective à la casquette la plus classe du monde.

Après Sherlock Holmes contre Jack l’éventreur et Le testament de Sherlock Holmes, ils reviennent en 2014 avec « Crimes and Punishments » sur PC et consoles de salon. Ce nouvel épisode a la particularité de présenter 6 « petites » enquêtes de quelques heures chacune, le rapprochant plus du recueil de nouvelles vidéo-ludique que d’une bonne aventure bien grasse. On va suivre Sherlock et bien sûr son fidèle docteur médor Watson dans ces 6 histoires pleines de mystères. Le problème avec des personnages aussi iconiques est un peu le même qu’avec les super-héros : tout le monde y va de sa petite version mais personne n’ose vraiment gratter sous la surface, gardant la caractéristique monolithique du personnage (Seule la série anglaise Sherlock y  a vraiment insufflé du neuf, et peut-être l’excellent film « Le secret de la pyramide » mais là c’est ma nostalgie toute personnelle qui parle).

On retrouve ce syndrome dans ce nouvel opus, Sherlock Holmes correspond tellement à son image populaire qu’il ne surprendra personne, de même pour tout son entourage. Et vu qu’il n’y a pas vraiment de liant entre toute ces enquêtes, pas d’enjeu personnel le concernant, on reste vraiment à distance du personnage qu’on incarne, il est difficile de s’y attacher ou de s’intéresser à ses motivations. Pourtant, le titre arrive à captiver le joueur par ses histoires car le travail de détective se prête toujours aussi bien au jeu d’aventure, on prend beaucoup de plaisir à fouiller les scènes de crime et reconstituer les intrigues pas toujours évidentes à la manière d’un puzzle, interrogeant suspects et témoins, analysant les indices et faisant des recherches… Si on se fout complètement de la vie du héros, celle des victimes est beaucoup plus intéressante à fouiller.

Le système de jeu part d’une base de point n’ clic en 3D assez classique, voire même simplifiée car le jeu est vraiment facile et très guidé, mais il apporte quelques idées amusantes. Ainsi, pendant les interrogatoires, on pourra observer les suspects pour noter des détails et tirer des conclusions sur eux pour s’en servir par la suite. On a également des mini-jeux amenés par les phases d’analyse des preuves qui amènent un peu de casse-tête rafraichissant pour varier les plaisirs. Mais l’idée majeure de ce Crimes & Punishments, c’est bien son système de déduction, visant à offrir une liberté d’interprétation par rapport aux indices et aux preuves. Dans les faits, chaque nouvel élément dans votre enquête vous ajoutera un nouvel élément dans le tableau des déductions, formant un réseau de preuves menant petit à petit à la conclusion, mais la plupart du temps, on se retrouve avec des preuves pouvant être interprétées de plusieurs façons, et notre joli tableau va proposer de choisir entre plusieurs théories à chaque fois, formant tout un réseau de raisonnements aboutissant à une accusation.

Holmes et ouatson par Pierre !

Selon les choix qu’on va faire, on va pouvoir arriver à accuser deux ou trois personnes différentes avec les mêmes preuves tout à fait cohérentes. Seulement voilà, pour rendre ce travail d’interprétation intéressant, les devs ont bien du semer des preuves ambigües et pouvant être interprétées de plusieurs manières, et il arrive assez souvent qu’on ait toutes les preuves en main mais que rien ne fasse pencher la balance d’un côté ou de l’autre, aucun indice décisif ne disculpera le colonel moutarde, tout repose sur le feeling du joueur. Et là où un vrai Sherlock Holmes pourrait approfondir son enquête, continuer ses interrogatoires, tendre un piège à un suspect, etc… On en est réduit à tirer notre conclusion presque à pile ou face. Et ce qui est une bonne idée d’un point de vue purement « mécanique de jeu » devient une grosse source de frustration narrative, monsieur le game designer nous dit qu’on a terminé notre investigation et qu’on doit rendre notre verdict alors qu’on sait très bien qu’on n’a pas de certitude et que tout juge digne de ce nom acquittera nos suspects en deux secondes et demi.

J’ai eu ce sentiment sur plus de la moitié des mystères qui nous sont proposés et ça m’a vraiment gâché le plaisir de la résolution d’énigme. Les premières fois j’ai fouillé toutes mes preuves pendant trois plombes, recoupant tout plusieurs fois pour chercher un détail que j’aurai loupé et qui enlèverait toute trace de doute mais sans succès, j’ai fini par accuser untel « parce que j’aime pas sa gueule », un vrai travail de policier, du grand art… Le pire c’est qu’à la fin on peut vérifier la bonne réponse, et si on s’est trompé on peut revenir et changer sa décision, donc on apprend qu’on s’est gouré, mais rien ne nous dit notre erreur ou quel raisonnement imparable nous mènerait à la bonne conclusion.

C’est vraiment dommage parce que comme je l’ai déjà dit, c’est très agréable de découvrir ces petites histoires morbides et de jouer les détectives, d’autant plus que le jeu est plutôt beau, bien écrit, bien joué, c’est vraiment du beau boulot, mais cet aspect « enquêteur du dimanche » fait vraiment tâche.

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