Luther, la rage dans le sang

C’est marrant, mais quand je regarde la carrière cinéma d’Idris Elba, ça me fait pas vraiment rêver. Ses rôles dans Prometheus, Thor ou Pacific Rim le classent plutôt dans la catégorie « acteur pour nanar », rien de vraiment palpitant. Pourtant, même dans ces films il en impose, physiquement il habite l’écran sans presque rien dire.

Puis je jette un coup d’œil sur son CV série, le petit à côté, plié en 2 et glissé sous la pile, oui, voilà, là… « Sur écoute »… Ouaip… Stringer Bell, le business man calme et inquiétant dans ce qui est sûrement une des meilleures séries au monde, c’était lui. Et le revoilà dans le petit écran avec Luther, série policière anglaise comportant pour le moment deux saisons, une de 6 épisodes, et une de 4. Et en regardant cette nouvelle série, on se dit que les réalisateurs de cinéma ont rien compris au potentiel du bonhomme, contrairement à leurs collègues de la télé.

Luther est une série policière comme il y en a tant, un policier torturé pas très clean, des meurtriers, des coéquipiers, des supérieurs, etc… On connait la musique… Ce qui rend le personnage de John Luther si unique et bien construit, c’est qu’il est humain, c’est un monsieur qui se fout en rogne assez facilement et quand on fait ce métier ça peut être un peu problématique. Cette colère est toujours présente, elle habite et porte l’acteur toujours immense à l’écran (au sens propre), elle est contenue mais prête à déborder en permanence et la saison 1 en joue parfaitement. On retrouve un peu du Vic Mackey de « The shield » mais en beaucoup plus nuancé et moins pourri, et quand monsieur Elba cogne dans un mur, de rage, on y croit et on s’écraserait presque les phalanges avec lui (question d’immersion).

Oui, la série est clairement portée à bout de bras par l’acteur, il en est l’intérêt principal mais ça ne signifie pas que le boulot du reste de l’équipe est mauvais, bien au contraire. Le  casting vraiment excellent prend à revers pas mal de poncifs des séries policières. Par exemple on est habitués que le chef du détective soit toujours un maniaque qui essaye de le contrôler et passe son temps à lui coller des avertissements, mais c’est ici plutôt le contraire dès le début, sa supérieure lui laisse une marge qui frise la faute professionnelle, établissant d’entrée de jeu une relation de confiance et de crainte. On retrouve ce schéma sur le personnage de Justin Ripley qui prend une envergure énorme au fil de la première saison pour celui qu’on ne voyait que comme le jeune sidekick naïf.

Ce héros tout en tension et imprévisible, l’histoire le place au milieu de plusieurs enjeux qui se croisent sans cesse, entre ses enquêtes, son ex-femme, l’excellent et emblématique personnage d’Alice, tout va faire des aller-retours et se mélanger jusqu’à former un tout cohérent et indissociable pour aboutir à un final saisissant. Les scénaristes n’hésitent pas à bousculer le schéma propre aux cop-shows classiques, chaque épisode n’est pas sans conséquence sur la trame générale et le petit nombre d’épisodes empêche la série de stagner. Ce format anglais de saisons très courtes leur permet de produire des expériences plus intenses et sur ce genre de séries ça se prête particulièrement bien, le personnage aurait sûrement perdu en force si on l’avait dilué sur 24 épisodes. Déjà la saison 2 est légèrement décevante de ce point de vue là mais se rattrape pas des enquêtes vraiment intéressantes et un format encore plus resserré et plus proche d’un long-métrage puisque chaque enquête prend deux épisodes d’une heure.

Les américains ont relancé l’intérêt du grand public pour les séries télévisés en cassant les codes qu’ils avaient établi et en se permettant d’écrire pour surprendre, mais leurs séries policières sont revenues bizarrement dans des schémas vraiment gonflants du « spécialiste consultant qui épaule les gentil policiers avec son plus ou moins super-pouvoir toutes les semaines ». C’est rafraichissant de retrouver une originalité et du caractère dans un personnage de flic et, après Sherlock, c’est encore aux anglais qu’on doit cette petite étincelle de fraîcheur.

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