L’ombre du Mordor, Carpaccio d’orc

John Ronald Reuel Tolkien, je sais pas si vous connaissez, c’est un petit prof d’anglais qui a écrit quelques bouquins autour des années 50, pas grand chose, ça a eu un petit succès d’estime. Certains disent qu’il à créé la fantasy moderne, bon, ça se discute mais il a eu sa petite influence, ça c’est sûr, et son œuvre la plus connue c’est un truc qui s’appelle « le seigneur des anneaux », ils ont même fait des films avec des petits mecs qui sautent sur un lit avec un air niais et des grands blonds aux oreilles pointues qui font de la philosophie à deux balles, ça marchera jamais, j’vous le dis.

Ses bouquins se passent dans « La terre du milieu », même si on sait pas trop au milieu de quoi, et elle a inspiré plein de gens, y’a eu des films, des jeux, des BDs, et le dernier truc en date c’est à l’éditeur Warner et au studio Monolith qu’on le doit, un jeu vidéo qui s’appelle « La terre du milieu : L’ombre du mordor » sorti sur PS4, PS3, PC, Xbox One et Xbox 360, et bizarrement pour une adaptation, c’est pas trop trop pourri. Bon, je vais faire quelques références au seigneur des anneaux pour situer le contexte du jeu, si vous l’avez jamais lu ou vu vous allez peut-être avoir du mal, mais si vous êtes dans ce cas vous devez vraiment vivre dans une grotte et y’a peu de chance que vous ayez internet pour lire ma prose merveilleuse donc on s’en cogne.

L’ombre du mordor, donc, se passe avant la trilogie du seigneur des anneaux, une époque où le Mordor a encore deux trois brins d’herbes qui y poussent. C’est justement pile le moment où les armées de Sauron envahissent le lieu, crament les arbres, réduisent les paysans du coin en esclavage et commencent à construire des trucs pas beaux dessus. Au milieu du massacre, le joueur incarne Talion, un rôdeur du Gondor qui dès le début du jeu crève lamentablement après avoir assisté au meurtre de son fils et de sa femme. Mais voilà que la mort refuse de l’accueillir dans ses bras maigrichons et Talion se retrouve de retour, accompagné de l’esprit d’un elfe qui brille et ils vont aller se venger en tuant tout ce qui est vert et qui pue sur les terres du Mordor.

Concrètement, vous vous baladerez en trucidant de l’orc pour retrouver la main noire, le grand chef qui a tué votre famille. Le jeu allie des déplacements fluides à un système de combat dynamique dans un environnement ouvert où vous pourrez débloquer des zones en visitant des tours et ainsi dévoiler les missions annexes de la région en question. Vous aurez le choix entre la jouer furtif ou foncer dans le tas comme un gros bourrin, et les deux approches sont tout à fait satisfaisantes. Et là, si vous suivez un peu, vous devez vous dire « Mais nom d’un nain imberbe, j’ai déjà vu ça, non ? ».

Oui, d’un point de vue du gameplay, Shadow of Mordor réussit en un coup ce qu’Ubisoft essaye de pondre depuis 10 ans sans jamais trouver la recette idéale. Là où les Assassin’s Creed sont toujours déséquilibrés, bancals, buggés, boursouflés, avec plein de features mal branlées empilées les unes sur les autres, le jeu de Monolith se tient, avec un gameplay agréable, cohérent et équilibré, jamais frustrant et clairement inattaquable. Les combats, largement inspirés de la série des Batman Arkham Bidule, sont dynamiques et percutants. Se retrouver au milieu d’une forteresse orque en foutant clairement le bordel est jouissif et il y a assez de variété dans les manières d’approcher les situations pour s’amuser, vous pourrez attaquer par les toits, rester à distance, foncer dans le tas, libérez sur les orcs des monstres bien hargneux ou faire péter les feux ou les barils qui trainent pour faire un barbecue. Vous avez dans votre arsenal la bonne vieille épée des familles, un arc magique pour lequel vous débloquerez des attaques spéciales rigolotes et une dague pour les approches furtives.

Les gens du marketing nous ont aussi pas mal rabattu les oreilles avec leur fameux système « Nemesis » dont tout le monde a fait les louanges, les journalistes et les joueurs étaient en extases, prosternées devant l’innovation du siècle. J’dois vous avouer que j’ai trouvé la chose assez accessoire au final. Pour résumer, le jeu a trouvé un moyen de personnaliser l’aventure en créant une hiérarchie dans l’armée ennemie, et pour arriver en haut de la pyramide, vous devrez tuer ou corrompre les orcs en remontant les échelons, interrogeant certains capitaines pour identifier et localiser leurs supérieurs. Quand un orc de la hiérarchie vous tue, il gagne en pouvoir et grimpe, et quand vous tuez un capitaine gradé, il libère sa place et fait monter un de ses congénères. Ce système permet de suivre les différents gardes et de recroiser des capitaines qui nous ont tué ou qui se sont enfuis, ils se souviennent de nous et nous balancent une petite phrase genre « non mais tu veux pas rester mort, toi ? ».

Alors c’est rigolo dans l’intention, mais on finira quand même par cavaler partout en suivant les petits repères sur la carte et en bousillant tout ce qu’on croise, on bourrine les gradés jusqu’à avoir pété la gueule à tous les capitaines et ça débloque la suite du scénar’. Nemesis ou pas, on aurait à peu près fait la même chose, sauf qu’on aurait pas eu le joli tableau avec les bonhommes rangés en train de faire « beuah !! ». Pourtant, ce système avait pour but de donner une personnalité aux méchants, pour nous amener à vouloir retrouver « Kardoc le trouduc » pour lui faire ravaler son sourire après notre défaite, mais on atteint là le principal défaut du jeu à mon sens : Les personnages sont très superficiels. Les orcs n’ont pas vraiment de personnalité, c’est seulement leur nom et leur attitude qui les différencie mais ils n’ont pas d’histoire à proprement parler, pas de dialogues propres, ils ont chacun des mimiques, des faiblesses et des forces mais restent des coquilles vides donc au bout d’un moment, on s’en fout, et donc le système Nemesis de la mort, ben au final je m’en foutais aussi.

Et la faiblesse de l’écriture se retrouve surtout sur notre héros, Talion ne m’a pas intéressé une seule seconde, c’est l’archétype du guerrier qui cherche vengeance et c’est tout, ses dialogues avec l’esprit elfe qui l’habite sont très légers, ses relations avec les personnages secondaires expédiés en quelques phrases. On va aider la jolie elfe et épauler le chasseur nain bad-ass mais l’histoire se résume clairement à « chercher le grand méchant qui a tué ma famille pour me venger ». Le pire c’est qu’on sait très bien que les armées du Mordor finissent par envahir le pays, on la déjà lu ou vu, donc cet enjeu-là s’évanouit dès le début, il ne reste que cette vengeance. J’ai finalement rushé la fin du jeu après 15-16 heures parce que j’avais fait le tour de ce qu’offrait le bac à sable et je ne voyais pas l’intérêt de faire les dernières missions qui y trainaient.

Au-delà de ses qualités ludiques, le jeu déçoit donc dans son histoire donc si vous êtes plutôt un joueur comme moi qui cherche un univers fouillé et une narration travaillée, ce côté-là est clairement décevant et plombe le rythme de l’aventure, mais le gameplay sans grosse lacune en fait quand même un jeu à conseiller, la partie « jeu » pure est très impressionnante et crée une expérience complète, cohérente et fun, un défouloir haut de gamme. Et si vous vous foutez de l’histoire dans vos jeux, la question ne se pose donc pas…

2 réponses

  1. Je me suis marré tout fort en lisant « vouloir rerouver Kardoc le Trouduc ». C’est parfaitement ça manette en main.
    Je me suis fait repérer au boulot. Bon certes je suis au boulot et je ne devrais pas écumer tous les articles de ton site. Certes. Mais même. Si je me fais licencier je t’en voudrais. Un peu

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