Life is strange épisode 1, jolis clichés

Vous vous souvenez de Remember me, un jeu d’action que j’avais ‘achement aimé fait par les frenchies de Dontnod ? Les mecs avaient essayé de faire un jeu d’action AAA avec du gameplay un peu expérimental tout en racontant une histoire. Bien sûr la majorité de la presse et des joueurs l’ont rangé sur l’étagère « sympa mais moué bof, c’est trop linéaire, moi je veux de la liberté, mec », leur éditeur a fait le minimum syndical, donc succès mitigé, studio dans la merde, redressement judiciaire, tout ça, tout ça, on connait la musique. Sauf que d’habitude, dans l’industrie du jeu, quand on entend « redressement judiciaire » on sait que deux mois après le studio ferme et on passe à la liquidation, c’est l’hospice pour les entreprises, elles regardent Motus à la télé, se couchent à 19h30 après le récital de piano de Josiane et portent des couches.

Dontnod ils sont un peu têtus ils ont pas compris ça, dans « redressement judiciaire » ils ont lu « redressement » donc ils ont dit « OK, a pas peur, on redresse ». Ils sont partis sur un nouveau projet dont la première partie vient de sortir : Life is Strange, jeu d’aventure au format épisodique (oui, comme les Telltale, voilà… Non ils ont pas du l’entendre 1500 fois celle-là…) qu’ils ont réussi à faire éditer par Square Enix. Le premier épisode (sur 5) raconte l’histoire d’une lycéenne américaine passionnée de photographie, Max Caulfield, qui découvre qu’elle à le pouvoir de remonter le temps de quelques minutes au moment où elle sauve son ex-BFF Chloé.

Concrètement, le jeu se joue comme un Point’n click simplifié, vous vous baladez, vous parlez à des gens, vous interagissez sur des trucs avec des machins. La seule originalité étant cette mécanique de remonter dans le temps, reprise des memory remix de Remember Me (capitaliser sur un truc qui marche bien, en voilà une idée qu’elle est bonne), où l’action va se « rembobiner » sous vos yeux ébahis pour vous faire agir autrement, en conséquence de ce que vous savez de cet avenir… qui est passé… mais n’est pas passé… Bref… Et donc, l’intelligence du bousin, c’est de jouer avec cette mécanique au niveau de la narration, vous aurez la possibilité d’agir en toute connaissance de cause pour changer l’histoire immédiate, mais vous ne savez rien de l’impact à long terme de votre décision, et le jeu vous le fait bien sentir.

Mais sur ce genre de titre, c’est vraiment l’histoire et l’univers qui font tout, et Life is Strange commence très fort de ce point de vue. Max évolue dans le milieu scolaire américain tel qu’on le connait à travers notre culture télé et cinéma, ils reprennent presque tous les poncifs, les geeks, les pom-pom girls, le foot américain, les casiers où on peut enfermer le gringalet boutonneux local, le concierge un peu benêt, les petites pétasses riches qui se baladent en troupeaux, etc… C’est l’attirail complet, un univers qu’on connait pas vraiment mais qu’on a vu cent fois, on voit les ficelles, les codes, les relations de pouvoir, on sent à peu près tout d’instinct et le background est du coup instantanément posé.

Les développeurs se servent de ces clichés ambulants comme de pions sur leur échiquier scénaristique, on connait le mouvement de tel ou tel pièce par cœur, mais c’est l’ensemble qui sera intéressant. Car par-dessus tout ça, l’histoire ajoute une couche de fantastique à travers ce pouvoir, mais également grâce à des visions de Max qui annoncent un avenir apocalyptique inévitable (ou pas) pour la fin de la semaine, c’est ce mystère qui sera certainement le fil rouge du jeu (5 jours, 5 épisodes jusqu’à la date fatale), tandis qu’on découvre aussi petit à petit des indices sur la disparition inexpliquée d’une lycéenne, sûrement pas un hasard. La progression se fait par l’exploration, on fouille et on découvre plein de détails anodins ou importants qui donnent corps à l’histoire et aux protagonistes de manière intéressante et progressive.

L’atmosphère du jeu est bien marquée, on est dans une petite ville américaine, on écoute de la musique rock gentillette à base de guitare molassonne, c’est sans doute la partie qui m’a le moins touché, la musique est un peu fade à mon goût, chaque départ de gratte bloing-bloing dépressive me donnait envie de me tirer une balle. Mais à côté de ça, le graphisme permet de donner beaucoup d’identité au jeu, les lumières vives et les couleurs chaudes rendent vraiment super bien, les personnages sont pas de la modélisation hyper détaillée et réaliste mais y’a une personnalité dans la direction artistique qui rend l’ensemble très agréable.

Cet épisode introductif pose des bases très solides pour Life is Strange et donne vraiment envie d’en découvrir la suite. Jusqu’à maintenant, pour tous les jeux au format épisodique j’ai attendu d’avoir la saison complète avant d’attaquer car les devs (Telltale, souvent) s’amusent à faire des cliffhangers puputes qui m’énervent et jouent sur l’urgence des situations mais ce jeu-ci a un rythme plus posé, une atmosphère plus calme et la fin de l’épisode ne m’a pas paru brusque mais presque naturelle, et j’attends la suite avec plaisir mais sans frustration. Si vous aimez les jeux narratifs, vraiment, foncez, c’est d’la bonne, et en plus ça vient d’chez nous.

Le site du jeu, c’est par ici

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