Les immortels de Meluha, Le mythe banalisé

Dans la trilogie de Shiva, l’auteur Amish Tripathi souhaite ramener la divinité Hindoue à échelle humaine en en faisant un héros de chair et de sang. Bon, comme pour moi Shiva c’est juste l’invocation de glace dans Final Fantasy, la quasi-totalité des références aux mythes doit m’être passée sous le nez mais pour les indiens apparemment c’est un gros truc. Et pour un lecteur occidental inculte, qu’est-ce qu’il donne, Les immortels de Meluha ?

On suit donc Shiva, un guerrier Guna qui galère dans sa campagne quand le gentil peuple de Meluha leur propose de venir dans leur pays. « Hé, venez, on a la meilleure civilisation du monde, vous aurez la sécurité, le confort et des Dragibus ». Ça ne se refuse pas, donc Shiva et son peuple émigrent et apprennent à connaitre cette société d’apparence parfaite en presque tout point. Dès son arrivée pourtant, le jeune guerrier présente une particularité qui fait partir tous les Meluhans en vrille : Sa gorge devient bleue, signe qu’il est le Neelkanth, et d’après la légende il va exterminer le mal et défendre Meluha. Voilà tout un peuple qui se prosterne devant Shiva et le propulse en leader incontesté, à la tête de leur armée pour aller pourfendre l’ennemi.

Il est très agréable de découvrir un cadre original pour un roman de fantasy, cette ambiance indienne  nous permet de découvrir une atmosphère envoutante et rafraichissante. Bon, j’ai lu Meijo y’a pas longtemps mais quand même, en plus avec notre ami wikipedia on peut approfondir la chose et faire sa culture sur les divinités Hindoues, c’est pas beau ça ? La civilisation de Meluha est très « méthodique » dans son organisation, tout est créé pour que ses habitants soient épanouis et en bonne santé. Évidemment, on le voit venir de bien loin, tout ça cache quelques secrets, poussant parfois le bouchon sur le terrain du « Gattaca antique ». Pourtant j’ai été un peu refroidi par le côté neuneu de ce héros qui accepte la perfection de Meluha et se pose à peine quelques questions. « Oui, ça a l’air trop cool chez vous, OK, je vais défoncer la gueule de vos ennemis, topez-là ».

Globalement, j’ai pas beaucoup apprécié ce bouquin au-delà de l’aspect dépaysant. Il a un problème de positionnement pour moi. Il veux faire un Shiva réaliste mais son histoire est « simpliste », les réactions des personnages sont un peu absurdes (Shiva accepte à peu près tout ce qu’on lui fait avaler), leurs relations pas très approfondies (l’amitié entre Shiva et Nandi est parachutée, l’histoire d’amour en mode coup de foudre « Elle est trop belle, je suis amoureux » d’un autre âge, etc…). Il y a une impression de personnages vides et superficiels. D’un autre côté, tout ça pourrait coller à une histoire plus orientée vers le mythe ou le conte mais là il nous manque autre chose : La plume. Si tu veux évoquer ça il faut vraiment taper dans une écriture belle, qui t’emporte dans son monde de magie qui nous ferait gober des personnages survolés et une histoire de conte de fée. Mais non, Amish Tripathi (et/ou son traducteur ? :D) fait dans le minimum syndical niveau style, c’est descriptif, fonctionnel mais sans plus. Certains diront que c’est du niveau Young Adult mais ça serait pas très sympa pour ceux qui font du YA de qualité.

Le roman fait beaucoup de déballage de background, il nous explique son univers plus qu’il ne nous le fait vivre. On a une impression constante de suivre une visite guidée de Meluha, à la fois pour Shiva et pour le lecteur. C’est assez plan-plan, on suit notre héros dans sa découverte et il fait tout ce qu’on lui dit tout en s’esquivant de temps en temps pour dragouiller la demoiselle qui lui a tapé dans l’œil. Pourtant il aborde quelques thèmes intéressants à travers cette société « parfaite » qui se traine quand même quelques travers bien louches. Ça nous amène laborieusement vers une fin qui comporte à la fois un twist que tout le monde aura pu deviner en lisant ma chronique (n’est-ce pas ?) et un cliffhanger assez grossier. L’avantage c’est que ça se lit assez vite, donc j’ai pas non plus passé des semaines sur ce roman…

Une histoire convenue, des personnages un peu légers, sans l’aspect mythologique je n’aurais trouvé aucun intérêt à cette lecture. Il y a un côté presque désuet à cette fantasy au final, certains le comparent à Eddings et c’est peut-être cette naïveté excessive (des personnages et finalement de l’auteur lui-même) qui m’a empêché de rentrer dans le trip mais qui, peut-être, conviendra à d’autres lecteurs.

Livre reçu en Service Presse de la part de l’éditeur.

Lire aussi l’avis de : Boudicca (Le bibliocosme),

7 réponses

  1. En fait, ça n’a rien à voir avec la chronique en elle même en plus, la seule chose qui m’a un peu gêné dans ta chronique c’est le fait que tu dis que l’auteur n’en fait pas assez niveau style alors que tu lis une traduction et donc pas vraiment le style de l’auteur mais le style du traducteur.
    Même si le traducteur est génial ça ne sera jamais que son interprétation du style de l’auteur. C’est pour ça que je ne parle jamais du style sur les livres traduits, parce que je ne peux pas juger ce que je n’ai pas lu.

    En dehors de ça j’avoue que je n’avais pas super envie de le lire avant et que ton avis n’améliore pas la chose 😛

    • C’est sûr, je sais pas vraiment de qui ça vient, mais je pense quand même que le traducteur conserve l’esprit général de l’écriture. Si c’est un roman très poétique il va sûrement pas s’amuser à faire du familier, enfin je suppose.

      En lisant les critiques anglophones sur goodreads j’ai l’impression qu’il a même attenué la chose puisque certains parlent d’un style assez grossier en VO

  2. Ah ça me rassure, parce que je suis en plein dans la lecture et j’ai beaucoup beaucoup de mal ! J’ai atteint péniblement les deux cent premières pages et je trouve ça d’un pénible. Je pense que je vais le finir en accéléré et ma critique sera très similaire à la tienne.

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